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Un 3ème sexe reconnu désormais en Allemagne

Un 3ème sexe reconnu désormais en Allemagne
Une loi allemande autorise à ne pas faire mention du sexe de l'enfant sur les registres de naissance.
 
Ses enfants l'appellent papa, sa boulangère monsieur, mais son cercle proche sait bien que Vincent ne se considère pas tout à fait comme un monsieur. « Mon corps a été masculinisé à ma naissance par les interventions chirurgicales », explique Vincent Guillot, 48 ans, un visage fin et rectangulaire. Vincent est une personne intersexuée, un intersexe. Ces différents termes regroupent les individus « possédant des caractéristiques génétiques, hormonales et physiques ni exclusivement masculines, ni exclusivement féminines, mais typiques des deux sexes », selon un rapport de la Commission européenne de 2011.
 
Vendredi [1er novembre 2013 NDLR] est entrée en vigueur en Allemagne une loi concernant les bébés intersexués. Elle dispose que « si un enfant ne peut être désigné comme étant de sexe masculin ou de sexe féminin, il sera inscrit sur le registre des naissances sans cette mention ». Cette loi dispose que « si un enfant ne peut pas être désigné comme étant de sexe masculin ou de sexe féminin, il sera inscrit sur le registre des naissances sans cette mention ». Une impression d'avancée, mais en réalité la France permet déjà cela depuis 1955, et pour les concernés, le problème ne se situe pas du côté de l'état civil. Vincent, qui a fondé en 2002 l'Organisation internationale des intersexes francophonie (OII) explique : « Le changement de sexe sur les papiers est possible en France, mais si un intersexe a été opéré petit pour rectifier le “garçon raté” ou la “fille ratée” qu'il était comme disent certains médecins, revenir en arrière est impossible ». L'un des enjeux principaux de cette loi, selon le ministère de l'Intérieur allemand, est d'alléger la pression pour les parents. Mais Vincent s'insurge : « C'est le seul cas de la médecine contemporaine où on intervient sur le corps d'un enfant pour atténuer la souffrance des parents ». 
 

100 à 500 bébés naissent intersexués en France chaque année

 

En France, 100 à 500 nourrissons naissent chaque année intersexués. 10000 personnes seraient donc concernées à l'échelle de la population française. Dans l'Hexagone, la plupart sont opérés entre leur naissance et l'âge d'un an pour leur attribuer un sexe. Début 2013, le rapporteur de l'ONU sur les actes de tortures a appelé les États à interdire toute opération sur des organes génitaux sans le consentement de la personne concernée. Un avis « injuste » pour le Pr El Ghoneimi, chef de service de chirurgie viscérale pédiatrique à l'hôpital Robert-Debré, qui y prépare une réponse avec des collègues européens.
 
« Il n'y a aucune nécessité médicale de nous couper des organes », se désole Vincent. « La chirurgie n'est jamais vitale, concède le Pr El Ghoneimi, mais opérer permet d'être en accord avec le sexe choisi collégialement par les médecins - endocrinologues, chirurgiens, généticiens, psychologues - et les parents pour élever leurs enfants ».
 
Dans la communauté scientifique, les avis divergent. Blaise Meyrat, chirurgien pédiatrique au CHUV de Lausanne, refuse depuis une dizaine d'années de pratiquer des « opérations mutilantes et irréversibles - comme enlever le vagin, les gonades, ou l'utérus - pour faire correspondre le sexe anatomique au sexe civil ». Il remarque que « la tendance actuelle, pas encore en France, est d'attendre que l'enfant puisse participer à la décision, quand il commence au moins à se rendre compte de son genre ».
 
L'OII revendique « l'arrêt des mutilations sur les enfants et un droit à l'autodétermination du patient ». Suite à des travaux menés avec la Suisse, l'OII affirme que la meilleure solution serait de « déclarer l'enfant avec le sexe le plus probable, sans qu'il soit opéré à la naissance, pour qu'il puisse choisir lui-même s'il se vit comme un garçon ou une fille ». D'autant que les opérations chirurgicales sont lourdes : une à trois interventions dans l'enfance puis de nouvelles une fois adulte, pour élargir l'orifice vaginal par exemple. Vincent a subi dix opérations depuis le début de sa vie. « On nous abîme », souffle-t-il, alors qu'une mèche de cheveux gris foncés lui tombe sur les yeux. 
 
Les douleurs sont parfois quotidiennes. La perte de sensibilité des zones érogènes est une des complications possible. Parmi les filles que le Dr Blaise Meyrat a opérées, une quinzaine environ, la plupart n'ont pas de rapports sexuels aujourd'hui. 
 
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Invité
jeudi 15 novembre 2018

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