• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Souvenirs de vies antérieures

Souvenirs de vies antérieures

 

Qu'advient-il de nous après la mort ? À cette question, près d'un milliard d'individus répondent que l'âme revient sur terre. Mais possède-t-on des preuves de la réalité de la réincarnation ?

Posté sur une hauteur surplombant le village turc de Hancagiz, le jeune Engin Sungur se tourne vers ses parents qui l'accompagnent et leur dit d'un air pénétré :

« C'est le village où nous habitions avant. »

Le petit Engin a l'air sûr de son fait... Pourtant, depuis sa naissance deux ans auparavant, il a toujours vécu à Tavla, un gros bourg situé à environ quatre kilomètres de Hancagiz. C'est donc la première fois qu'il contemple ce panorama. Les Sungur sont des musulmans Alevi. Contrairement à leurs frères de confession sunnite, ils croient en la réincarnation. Aussi les parents réagissent-ils au propos du bambin avec curiosité plutôt qu'avec ironie. Leur enfant serait-il en train de révéler qu'il habitait Hancagiz au cours d'une vie passée ?

« De qui es-tu le fils ? »

lui demandent-ils.

« Je suis Naif Çiçek »

répond Engin. Et il se met à leur parler de divers événements survenus au cours de sa vie antérieure, de son voyage à Ankara peu de temps avant sa « mort ».

Engin devient de plus en plus excité au fil de son récit ; il insiste pour que ses parents l'emmènent à Hancagiz. Dans un premier temps, les Sungur refusent, mais bientôt...

 

Retrouvailles familiales

Peu après, une rencontre guère anodine va confirmer les révélations de leur fils. Gülhan Çiçek, fille de la famille évoquée par le petit Sungur, se rend au lycée de Tavla. Apercevant la fillette, Engin l'interpelle sans hésiter.

« Ma fille ! Je suis ton père ! »

annonce-t-il à l jeune fille effarouchée. Comme avant cet incident, il n'y a eu aucun contact entre les deux familles, la mère d'Engin prend alors la décision d'emmener son fils à Hancagiz afin de rencontrer le reste de « la famille ».

À la vue de la veuve de Naif Çiçek, le garçon l'appelle « ma femme » et identifie nommément au moins sept autres membres de la famille. Pressé de question, Engin indique ensuite certaines terres dont il se dit propriétaire. Et, bien que ces terrains ne soient pas attenants à la propriété de Naif, il est exact qu'ils lui appartenaient autrefois. Il décrit également avec précision de quelle façon son fils l'a un jour renversé en passant la marche arrière de son camion. Enfin, peu avant sa mort, en décembre 1979, à l'âge de 54 ans, Naif s'est effectivement rendu à Ankara pour consulter un médecin, ainsi qu'Engin l'affirme... Engin qui naîtra près de trois ans après cette date, le 8 octobre 1982.

L'histoire d'Engin Sungur n'est pas un cas isolé. Au cours de trente années de recherches méticuleuses sur la réincarnation, une sommité mondiale en la matière, a rencontré environ 2 000 cas analogues.

 

Profil : Ian Stevenson

Le plus grand spécialiste mondial en matière de réincarnation est sans nul doute le professeur Ian Stevenson. Canadien d'origine, il vit aux Etats-Unis où il enseigne la psychiatrie à l'Université de Virginie.

Dans son livre, hélas épuisé, Vingt cas suggérant la réincarnation (Editions Sand), Stevenson souligne que les témoignages de réincarnation sont beaucoup plus fréquents en Asie (Inde, Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande), en Afrique de l'Ouest et parmi les tribus indiennes d'Amérique du Nord. Sur ce dernier continent, il a relevé 250 cas chez les Indiens contre 150 seulement chez les « blancs » (à noter qu'il n'a identifié que 30 cas en Europe).

Pour Stevenson, la fréquence des cas en Asie est liée au fait que les hindouistes et les bouddhistes croient en la métempsycose, c'est-à-dire en la transmigration d'une même âme dans plusieurs corps successivement.

Stevenson a par ailleurs étudié des cas de phobies (par exemple la peur de l'eau) se manifestant chez les nouveaux-nés. Ainsi, des enfants ayant refusé de se baigner dès leur plus jeune âge lui ont affirmé, dès qu'ils purent parler, être morts noyés.

Enfin, Stevenson a longuement travaillé sur les traces de naissance apparaissant sur l'épiderme de bébés : grains de beauté, zones de peau sans pigmentation ou sans pilosité. Il a constaté qu'un tiers des enfants disant se souvenir d'une vie antérieure sont porteurs de traces de naissance qu'ils affirment être des blessures reçues lors de leur vie précédente. Stevenson a pu vérifier le dossier médical des personnes mortes dont les enfants disaient être la réincarnation : dans 20% des cas, il a découvert une concordance parfaite entre les traces de naissance et les blessures !

À la demande du professeur Stevenson, le cas d'Engin Sungur est réexaminé par le psychologue Jürgen Keil en 1994. sur 22 déclarations d'Engin relatives à sa vie précédente, 17 sont exactes et seuls 5 n'ont pu être confirmées.

Rappels spontanés

Divers éléments sont habituellement présentés comme preuves de l'existence de vies antérieures, notamment le phénomène du « déjà vu » ou paramnésie – cet étrange sentiment de revivre une scène pour la seconde fois – ou encore des informations sur une vie passée captées et transmises par un médium. Mais pour un scientifique comme le docteur Stevenson, ces arguments ne sont pas recevables : dans de nombreux cas, ces souvenirs sont soit trop flous, soit invérifiables. En même temps des détails précis peuvent être confirmés par la suite, une coïncidence ne peut pas être exclue.

Les cas semblables à celui d'Engin Sungur sont toutefois d'un tout autre intérêt. Stevenson a en effet constaté que les rappels spontanés de vies antérieures sont généralement plus nets et plus complets chez de jeunes enfants que chez des adultes. En outre, l'avantage pratique des informations révélées par de jeunes enfants réside dans le fait que leurs souvenirs peuvent être facilement corroborés par les familles concernées ou être confrontés à des lieux existant encore.

« On dispose d'éléments suffisants pour affirmer l'existence d'un phénomène réel, qui n'est ni le fruit de l'imagination, ni une supercherie. »

Andrew Selby, spécialiste de la réincarnation

Typiquement, dans un cas de cette nature, l'enfant commence à raconter sa vie antérieure entre l'âge de deux et quatre ans, c'est-à-dire dès qu'il sait s'exprimer correctement. Ensuite, vers six ou sept ans, ses souvenirs commencent à s'estomper. Il est remarquable de constater que l'enfant persiste souvent dans ses rappels d'événements passés malgré l'incrédulité et l'agacement de son entourage familial.

La mémoire de vies antérieures s'accompagne fréquemment de gestes et de façons de parler correspondant à la personnalité antérieure. Dans le cas d'Engin, la veuve de Naif va non seulement remarquer que l'enfant s'exprime et se comporte comme un adulte lorsqu'il évoque ses souvenirs, mais surtout qu'il ponctue ses propos de gestes de la main lui rappelant ceux de son défunt mari.

 

Un phénomène inexpliqué

À première vue, les remarquables « rappels spontanés » d'Engin et bien d'autres semblent indiquer qu'une certaine partie de la personnalité d'un mort survit au-delà du trépas, pour réapparaître chez un individu bien vivant. Pour de nombreux parapsychologues, cet extraordinaire phénomène possède toutefois une explication parfaitement naturelle. La plupart des cas de rappels spontanés apparaissent en effet dans des cultures où la croyance en la réincarnation est forte. Ils surviennent souvent quelques années seulement après la mort de la personne antérieure et à faible distance du lieu où elle vivait. Ceci incite certains chercheurs à rationaliser le phénomène. Ou bien la famille se livre, inconsciemment, à une « création fantasmatique » - les parents implantent l'idée d'une vie antérieure dans l'esprit de leur enfant qui complète les détails –, ou alors toute l'histoire relève purement et simplement de la supercherie. Ainsi, de nombreux cas de réincarnation survenus en Inde concernent des enfants issues de familles pauvres prétendant avoir appartenu à une caste plus élevée. Des parents n'auraient-ils pas « alimenté » la mémoire de leurs enfants avec de fausses données dans l'espoir d'un gain financier ? Peut-être, admet Stevenson, mais les nombreux cas où l'enfant et ses parents résident dans un lieu très éloigné de la famille du défunt restent inexpliqués car il ne peut y avoir eu de contact entre les familles. D'innombrables témoignages indiquent également l'existence des rappels de vies antérieures parmi les cultures occidentales, où la croyance dans la réincarnation n'est pourtant pas très largement admise. Quelle que soit d'ailleurs leur opinion sur la réincarnation, bon nombre de personnes semblent être capables d'évoquer des souvenirs de vies antérieures, dans un état de conscience modifiée sous hypnose.

 

Complément d'enquête : Le cycle de la renaissance

« Dalaï-Lama » est le nom porté par le chef spirituel du bouddhisme tibétain. Chaque dalaï-lama est considéré comme la manifestation physique de Boddhisattva, la voie d'accès à l'état de Bouddha, et il est considéré par les bouddhistes comme une réincarnation de son prédécesseur. Lorsqu'un dalaï-lama meurt, on cherche parmi de jeunes garçons sa nouvelle incarnation. L'enfant est identifié grâce à sa faculté de pouvoir sélectionner, parmi un ensemble d'objets, ceux ayant appartenu au précédent dalaï-lama.

Lorsque l'équipe chargé de cette mission trouve le dalaï-lama actuel, 1937, l'enfant alors âgé de deux ans reconnaît immédiatement l'un des lamas, pourtant déguisé. Il lui saute sur les genoux en l'appelant

« Lama ! Lama ! »,

un vocable qui n'existe pas dans le dialecte parlé par l'enfant. L'enfant saisit ensuite un rosaire donné à ce lama et s'écrie :

« Mais c'est le mien ! Puis-je l'avoir ? ».

Un examen physique de l'enfant apporte une preuve supplémentaire : la présence sur sa peau d'une marque en forme de conque et deux petites protubérances situées sous ses omoplates, des caractères physiques traditionnellement associés au dalaï-lama.

L'hypnose

La majorité de ceux ayant étudié cette question, y compris Stevenson, affichent une certaine méfiance envers la pratique appelée « régression dans les vies antérieures ». Sous hypnose, des adultes sont en effet capables d'adopter de façon convaincante une identité différente de leur personnalité de tous les jours, mais cette nouvelle identité demeure fréquemment un pur fantôme.

Il est plus délicat d'évaluer les cas de personnes prétendant avoir incarné tel ou tel personnage historique, et qui fournissent des détails probants qu'ils sont convaincus d'ignorer dans leur vie actuelle. Sur ce point, les sceptiques font valoir que l'inconscient possède une remarquable faculté de stockage d'informations acquises lors de lectures, en regardant la télévision, ou même en entendant des bribes d'une conversation à laquelle l'individu ne participe pas. Selon ce processus, baptisé cryptomnésie, le subconscient serait capable d'absorber des informations relatives à un personnage ou à une période historique donnée et les réutiliser pour créer un souvenir de vie antérieure.

« Sur le plan scientifique, il est très difficile de vérifier les prétendus cas de réincarnation. »

Richard Wiseman, parapsychologue

D'autres détracteurs de la régression hypnotique affirment que les souvenirs de vies antérieures qui en résultent sont l'expression combinée de questions orientées, posées par le thérapeute et de l'imagination féconde du sujet. Dans un état de conscience modifiée, l'esprit peut désirer plaire, et par conséquent être en mesure d'assembler des réponses correspondant à celles désirées par le thérapeute. Ceci est régulièrement vérifié lorsque l'hypnose est pratiquée sur scène.

 

Analyse : erreurs de mémoire

La complexité du processus de mémorisation est l'un des principaux problèmes auxquels se heurte l'exploration scientifique de la réincarnation. Même dans les cas les plus impressionnants de souvenir spontané ou obtenu sus régression, quelques souvenirs inexacts suffisent à discréditer le cas.

La mémoire est un phénomène très complexe et peu fiable, comme le sait quiconque a tenté de se rappeler avec précision les détails d'événements passés de sa vie présente. Pourtant, certains chercheurs pensent que de nombreux cas de vies antérieures restent sans explication satisfaisante ni convaincante du fait que des détails essentiels d'un récit, notamment des noms de personnages ou de lieux, s'avèrent erronés par la suite.

Plus pragmatique, le docteur Stevenson pense que dans tout rappel de vies antérieures, on retrouve un cocktail d'informations mélangeant de « vrais » souvenirs d'une vie antérieure – qu'ils soient exacts ou bien déformés par une mémoire défaillante -, des choses purement inventées mais aussi des souvenirs relatifs à la vie présente. Conclusion : faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain sous prétexte que cette dernière est polluée de diverses matières ?

 

Des régressions convaincantes

Malgré ces critiques, les thérapeutes pratiquant lé régression dans des vies antérieures sont de plus en plus consultés. L'hypnose et d'autres techniques de relaxation amènent le patient à remonter le temps. Objectif : cerner la véritable nature de problèmes vécus dans une vie présente et qui trouvent leur source dans l'« héritage » de vies antérieures. De remarquables guérisons sont à mettre au crédit de la méthode, particulièrement en matière de phobies.

Autre fait troublant : de nombreux sujets sous régression hypnotique fournissent des informations qu'ils devraient normalement ignorer. L'hypnotiseur britannique Joe Keeton nous rapporte le cas d'un sujet retourné sous hypnose dans une vie antérieure vécue au début du siècle, en tant qu'ouvrier agricole du comté d'Essex, au sud de l'Angleterre. Keeton demanda à son sujet de revenir jusqu'à l'âge de quatre ans, précisément à la date du 22 avril 1884. Le sujet prit alors un air terrifié, et déclara

« La maison tremble et les assiettes tombent des étagères ».

Or, à la différence de son hypnotiseur, le sujet ignorait que les historiens venaient d'établir qu'un tremblement de terre s'est effectivement produit dans l'Essex en ce jour du XIXe siècle. Des cas comme celui-ci ou l'aventure d'Engin Sungur semblent défier toute explication logique. La réalité de la réincarnation est-elle attestée pour autant ?

 

Arguments : la première régression sous hypnose

La technologie de régression dans les vies antérieures s'est rendue pour la première fois célèbre avec le cas de Bridey Murphy.

Entre 1952 et 1953, un hypnotiseur amateur, Morey Bernstein, va conduire six séances d'hypnose avec Virginia Tighe, durant lesquelles cette Anglaise va régresser vers une vie vécue en Irlande, au XIXe siècle. Dans un livre relatant ces séances (publié en 1956 et dont on tirera un film plus tard), Morey Bernstein rapporte des faits troublants.

Sous hypnose, Mme Tighe parlera avec un accent irlandais très prononcé, fournissant toute une série de détails concernant sa vie en tant que Bridey Murphy, jeune fille censée avoir habité la ville de Cork, puis Belfast après son mariage. Certaines informations n'ont pu être vérifiées ou se sont révélées inexactes. Mais de nombreux autres détails, par exemple le nom de deux obscurs épiciers du Belfast de l'époque, ont été confirmés.

Tout bien considéré, il semble peu vraisemblable que Mme Tighe ait pu apprendre tout cela dans un livre. Car pour vérifier une bonne part de ses dires, le journaliste William Barker dut se rendre en Irlande, pays où Mme Tighe ne s'était elle-même jamais rendue.

Thèses explicatives

Le professeur Stevenson déclare simplement que

« ces affaires font penser à un phénomène de réincarnation ».

Les sceptiques recherchent l'explication ailleurs, dans des phénomènes mieux connus. Ainsi, selon certains parapsychologues, ce type d'informations peut être obtenu par une forme de perception extrasensorielle (PES). Le rappel d'une vie antérieure s'effectuerait alors par « intrusion télépathique » dans la vie de quelqu'un d'autre. Mais, outre que cette interprétation soulève plus de mystères qu'elle n'en résout, la thèse des PES n'explique pas pourquoi la grande majorité des gens arrivant à se « brancher » sur des vies antérieures ne présentent aucune autre faculté extrasensorielle ?

D'autres chercheurs avancent que la rappel des vies antérieures est un phénomène d'ordre biologique, le résultat d'une mémoire ancestrale, raciale ou collective qui s'étendrait sur de nombreux siècles. À travers un processus inconnu, sans doute génétique, le sujet se brancherait sur les expériences ou les processus mentaux d'un ancêtre, d'un homme ou d'une femme du même pays. Là encore, le mystère reste entier. L'existence d'un lien entre les souvenirs de vies antérieures et des troubles multiples de la personnalité a aussi été avancée. Dans certains cas, on a vu apparaître accidentellement des sous-personnalités, notamment lorsque l'hypnose était utilisée à des fins médicinales. Cette faculté pour l'esprit d'opérer une sorte de « scission » existe sans doute dans une certaine mesure chez tout individu, et ne se révèle que lorsque nous nous laissons glisser dans un état de conscience modifiée. Il demeure néanmoins délicat d'expliquer tous les détails historiques, précis ou obscurs, pouvant surgir à l'occasion d'une séance d'hypnose...

En définitive, ces différentes thèses explicatives n'abordent que partiellement les cas de rappels de vies antérieures et ne prennent pas en compte toutes les données de façon satisfaisante. Selon le docteur Stevenson, la réincarnation reste l'explication la plus vraisemblable. Si beaucoup d'éléments indiquent que la personnalité semble survivre à la Mort, d'importantes questions restent toutefois sans réponses. Par exemple, si nous avons tous vécus plusieurs vies, pourquoi se souviendrait-on de certaines plus que d'autres ? Et, plus incompréhensible encore, pourquoi la plupart d'entre nous n' aucun souvenir de vies antérieures ?

Article paru dans Facteur X n° (magazine publié de 1997 à 2000)   

Vingt cas suggérant la réincarnation :

PDF Ian Stevenson - 20 Cas Suggérant Le Phénomène de Réincarnation

Entretiens avec une Reptilienne, traduction enrich...
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mercredi 14 novembre 2018

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