• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Salomon Reinach - Récit d'histoire

Salomon Reinach - Récit d'histoire

M. Salomon Reinach ne se lasse point d'être le bienfaiteur attitré des archéologues. Alors même qu'on le sait engagé le plus avant dans ces recherches sur l'origine et l'histoire des religions qui lui tiennent au cœur plus que toute autre chose , il prend en pitié le malheureux sort de ceux des adeptes de nos études, maîtres déjà notoires ou apprentis à leurs débuts, qui n'ont pas à leur disposition une grande bibliothèque publique et qui ne peuvent consacrer qu'une faible somme à l'entretien de leur bibliothèque privée. Ce qu'il veut, avec cette passion qu'il porte dans tout ce qu'il entreprend, c'est rendre service à ceux de ses émules qui sont privés des avantages dont il jouit. Il s'attache à leur fournir des instruments de travail dont la qualité donne toute garantie d'exactitude à ceux qui s'en servent, sans que le prix d'acquisition dépasse les ressources des bourses les plus modestes.

Ce qui stimule l'ardeur avec laquelle M. Reinach poursuit cette tâche, c'est la colère qu'il éprouve et qu'il a souvent manifestée contre maints éditeurs, surtout des éditeurs d'Outre-Rhin, qui, à force d'agrandir les formats, d'élargir les marges et d'épaissir les cartons des recueils de planches qu'ils publient, arrivent à en hausser si fort les prix qu'ils paraissent les destiner plutôt à de très riches amateurs qu'aux savants de profession. Les Académies mêmes ne trouvent pas grâce à ses yeux. A plusieurs d'entre elles il reproche de s'être souvent laissé entraîner à perdre de vue, avec leurs somptueux et chers in-folio, les intérêts dont elles auraient dû se préoccuper tout d'abord. Ces compagnies avaient le devoir de donner le bon exemple. Si, dans les entreprises de librairie dont elles supportent les frais, elles avaient moins visé au luxe et à l'effet, il leur aurait été facile, en s’imposant quelques sacrifices, de faire arriver ces livres à leur adresse, de les mettre aux mains des seuls lecteurs qui soient vraiment en mesure d'utiliser ces suites d'images et ces levés d'architecture.

M. Salomon Reinach ne s'est point contenté de protester, en toute occasion, sans aucun ménagement, contre les ruineuses fantaisies des éditeurs mégalomanes. Il ne s'en est pas tenu à la critique ; il s'est fait un point d'honneur de passer à l'action. H a voulu montrer, par des exemples topiques, comment un éditeur qui serait uniquement préoccupé de rendre service devrait s'y prendre pour mettre les archéologues à même de meubler les rayons de leur bibliothèque sans risquer de plonger leur famille dans la misère. C'est de cette pensée que procède une part de l'œuvre considérable qui porte son nom. Nous ne saurions citer toutes celles de ses publications qui offrent ce caractère ; nous nous bornerons à rappeler les titres des plus importantes.

Dès 1888, M. Reinach ouvrait cette série en réimprimant, ramenées aux dimensions de l'in-octavo sans que cette réduction leur eût rien fait perdre de leur netteté, les belles planches du Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure de Philippe Le Bas. Cet ouvrage était né sous une mauvaise étoile ; il était voué à l'inachèvement. Malgré le mérite de l'artiste distingué que Le Bas avait attaché à sa mission, malgré celui des collaborateurs qui sont venus, après sa mort, reprendre et poursuivre la tâche à peine ébauchée, aucune partie de ce recueil complexe n'a jamais pu être conduite à son terme. MM. Waddington et Foucart ont ajouté beaucoup de nouveaux textes épigraphiques à ceux dont Le Bas n'avait donné que de simples copies et ils ont fait, preuve d'une véritable maîtrise en expliquant tous ces textes ; mais le commentaire de l'un et de l'autre s'arrête au milieu d'une phrase. Ce qui, d'ailleurs, faisait surtout le désespoir des bibliothécaires, c'était la section de l'ouvrage que formaient les planches où étaient reproduits les monuments figurés. Ces feuilles étaient empilées en désordre dans des cartons où elles se froissaient et se piquaient.

Avait-on, par miracle, réussi à mettre la main sur celle que l'on cherchait, bien souvent on n'était pas beaucoup plus avancé, faute de savoir à quoi se rapportait l'image et où avait été découvert l'objet représenté ; la légende de la figure ne donnait pas ces indications. Quant au texte explicatif qui avait été promis , il n'a jamais paru. Les papiers de Le Bas ne contenaient point de notes qui pussent servir à le rédiger. Pourtant, M. Reinach a réussi à nous le donner, concis et précis, grâce à l'enquête laborieuse qu'il a instituée. Cet atlas incomplet n'était jusqu'alors qu'un fouillis qui décourageait la curiosité même la plus éveillée ; il ne s'est vraiment prêté à l'étude que depuis le jour où le nouvel éditeur a mis l'ordre dans ce chaos et rétabli l'état civil de chacun des monuments qu'avait dessinés M. Landron.

Cette même méthode, M. Reinach l'a appliquée, avec autant de suite et de succès, à toutes les publications de même sorte qu'il a cru devoir entreprendre. Tantôt, comme dans ses Peintures de vases antiques (1891) et dans ses Pierres gravées (1895), dans son Répertoire des vases grecs et étrusques (1899-1900), ce qu'il offre à la clientèle dont il s'est assuré la reconnaissance, c'est une fidèle reproduction, en un format réduit, des planches de recueils qui sont devenus introuvables ou qui, lorsqu'ils se rencontrent en librairie, atteignent des prix exorbitants, plutôt en raison de leur rareté que pour leur valeur scientifique. Tantôt, comme dans le Répertoire de la statuaire grecque et romaine (189-7-190/1), les réimpressions d'albums antérieurement publiés ne forment qu'une part de l'ensemble. Le premier de ces trois volumes porte comme sous-titre : Clarac de poche. C'est une réédition, à plus petite échelle, des planches du Musée de sculpture de Clarac ; mais le second volume présente Six mille statues antiques réunies pour la première fois et classées d'après le sujet qu'elles figurent. Enfin, il y a des albums, tels que le Recueil de têtes antiques idéales et idéalisées (1908), qui ne comprennent que des dessins exécutés tout exprès, d'après les marbres, sur des moulages ou sur des photographies.

Quel que soit l'élément qui domine dans chacun de ces recueils, ils ont tous un caractère commun : parmi les myriades de monuments qui remplissent ces milliers de pages, il n'en est pas un qui ne soit accompagné de sa notice. Ces notices, dans le Répertoire de la statuaire, ont à elles seules, avec index qui y fait suite, fourni la matière de tout un volume, le troisième de l'ouvrage. Ailleurs, inscrites au bas des pages, elles n'ont souvent que deux ou trois lignes ; mais, là même où elles sont le plus brèves, elles indiquent les dimensions du monument, sa provenance, quand elle est connue, et son domicile actuel. Elles renvoient, lorsque le monument a quelque importance, à l'ouvrage où il a été le mieux étudié. Parfois elles relèvent et corrigent les bévues des premiers éditeurs. Il en est de très courtes qui ont du coûter à M. Reinach bien des heures de recherches et de travail.

L'effort que M. Reinach s'est imposé pour la préparation et la rédaction de son Orpheus ne lui a pas fait oublier ce que l'on peut appeler son vœu, le serment qu'il s'était prêté d'être la providence des archéologues qui ne sont pas millionnaires. Le voici qui reprend l'exécution de son dessein en leur offrant le Répertoire de reliefs grecs et romains. Une remarque à ce propos : sur les premiers albums de cette série, on voyait se répéter, au-dessus du titre particulier de chaque recueil, cette mention : Bibliothèque des monuments figurés. Pourquoi, tout en poursuivant son entreprise dans des conditions qui n'ont pas changé, M. Reinach a-t-il renoncé à cette étiquette ? Elle avait l'avantage d'indiquer très nettement, dès l'abord, le caractère des publications qui se succédaient à bref intervalle. Nous aimerions à la voir rétablie en haut du premier feuillet de ceux de ces recueils dont il existe encore des exemplaires chez l'éditeur. À plus forte raison souhaiterions-nous qu'elle reparût au titre des nouveaux recueils auxquels songe M. Reinach et que ne tardera point à nous donner son infatigable libéralité.

Ici, dans sa très courte préface, M. Reinach nous avertit que le nouveau répertoire comportera deux volumes. C'est qu'il ne prétend pas reproduire tous les bas-reliefs grecs et romains. « Il y en a trop, dit-il, et beaucoup trop sont insignifiants. » C'est donc un choix de reliefs que l'on nous apporte aujourd'hui . Nous ne serions pourtant pas surpris de voir dépassées, un jour ou l'autre, les limites de ce programme. Dans cette même page, M. Reinach ne nous annonce-t-il pas que le Répertoire de la statuaire va s'augmenter, à bref délai, d'un quatrième volume, qui est déjà sous presse ? Les fouilles qui se poursuivent un peu partout, dans les terres classiques, font découvrir plus encore de reliefs que de statues. C'est surtout les bas-reliefs funéraires qui ne cessent pas de foisonner, dans la Grèce d'Europe comme en Syrie et en Asie Mineure. Il n'y a pour ainsi dire pas de semaine, voyez les Notizie degli scavi , où l'on ne découvre en Italie quelques nouveaux fragments du décor dont étaient parés les édifices de la Rome impériale.

« Le présent volume, dit l'auteur, contient ce que j'appelle les ensembles, à l'exclusion de ceux que l'on a déjà sous la main dans le Répertoire de la statuaire, comme les frontons de Tegine, d'Olympie, de Samothrace, du Parthenon. « Tai pourtant fait exception pour la frise d'Assos, mieux connue aujourd'hui que lorsque Clarac la publia. Le terme « ensemble » est assez vague ; c'est, à mes yeux, sa principale qualité. J'appelle ici ensembles les groupes de figures en relief qui ont décoré des édifices antiques ou qui ont été découverts au même endroit, de telle sorte qu'il n'y ait pas intérêt à les étudier isolément. Ainsi, une frise, un fronton sont des ensembles, et j'ai même donné le fragment d'un fronton (celui de Topolia en Béotie), qui se compose d'une seule figure, mais qui en laisse deviner d'autres qui sont perdues. Les trésors d'orfèvrerie ornés de reliefs sont pour nous des ensembles et c'est pourquoi l'on trouvera dans ce volume ceux de Berthouville , de Bosco- Reale, de Nagy, de Noire-Dame d'Alençon, de Pompéi. »

Pour classer dans ce volume les monuments qu'il reproduit, M. Reinach a adopté Tordre des localités d'origine. Cet ordre « lui a semblé être le plus clair, sinon le plus scientifique. De la sorte, ajoute-t-il, la table des matières peut servir en même temps d'index provisoire ». Je ne comprends pas bien la raison qu'il allègue pour justifier le parti qu'il a pris. De quelque manière qu'eussent été distribués les monuments, toute table où auraient été répétés, dans l'ordre suivi par l'éditeur, les titres des divers articles n'aurait pas rendu la recherche moins facile. J'avoue d'ailleurs n'avoir pu me défendre d'éprouver, pendant que je feuilletais cet album, un certain malaise qui tenait à l'imprévu et à l'étrangeté de l'ordre dans lequel m'apparaissaient les monuments qui défilaient sous mes yeux. Je venais de prendre plaisir à revoir les reliefs qui ont décoré, au temps où l'art atteignait la perfection, les plus beaux édifices d'Athènes et, en tournant le feuillet, je me trouvais soudain transporté de Grèce en Italie, d'Athènes à Bénévent, du Ve siècle avant Jésus-Christ au Ier siècle de notre ère. De même façon, un peu plus loin, je passais de l'Asie Mineure au Danemark, des bas-reliefs qui s'enroulaient autour des colonnes de la façade, dans le temple ou plutôt dans les deux temples de l'Artémise éphésienne, à ce chaudron de Gundestrup qui date peut-être du Ve ou du VIe siècle de notre ère. Désorienté et dépaysé, on le serait à moins ; on se sent comme étourdi, quand on touche terre après une de ces brusques envolées, après un de ces bonds qu'il a fallu faire à travers l'espace et le temps, par déférence pour l'ordre traditionnel des lettres de l'alphabet.

C'est que chacun de ceux qui consultent ce recueil a plus ou moins présent à l'esprit, par l'effet de ses études antérieures, le tracé de l'évolution par laquelle les arts du dessin, après les essais ingénus et laborieux de la statuaire archaïque, sont arrivés à produire, pendant près de deux siècles, des chefs-d'œuvre où la nature était interprétée avec une liberté souveraine, et ont ensuite aspiré à varier leurs effets et à se renouveler par la recherche du pittoresque, dans les bas-reliefs alexandrins, et par l'exagération du mouvement et de l'expression, avec les écoles de Rhodes et de Pergume, pour finir par se prêter, avec les sculpteurs qui s'étaient mis au service des nouveaux maîtres du monde, à figurer les traits et à raconter les campagnes des Césars romains. Nous aurions aimé à voir le recueil suivre et rappeler par ses divisions les phases successives de ce développement organique. Rien n'aurait été plus facile, ce semble, que d'obtenir ce résultat. Deux grandes sections : reliefs grecs, reliefs romains. Dans la première section, trois subdivisions : reliefs archaù/ues, reliefs de style libre, reliefs de l'âge hellénistique. A la suite des bas-reliefs romains, qui ont tous des caractères communs, on aurait rangé, comme en appendice, les quelques monuments de basse époque et de facture barbare que M. Reinach a bien voulu admettre dans cet album, le chaudron de Gundestrup et le trésor de Magy-Szent-Niklos. Peut être y aurait-il eu lieu d'hésiter sur la place qu'il convenait d'assigner à certaines pièces, telles que les vases d'argent de Berthouville, de Bosco-Reale et d'Hildesheim ; mais personne n'aurait cherché querelle à M. Reinach s'il les avait groupées à la suite des reliefs hellénistiques. N'est-on pas d'accord, entre archéologues, pour chercher dans les ateliers d'Alexandrie les modèles dont se sont inspirés les artistes auxquels on doit toute cette riche et brillante orfèvrerie ?

Le parti que M. Reinach a pris serait encore plus déconcertant si les figures qu'il présente étaient d'assez grande taille pour que Ton eût, en les considérant, l'impression très nette des différences de style ; mais, avec le système qu'il a dû adopter, ici comme dans ses autres albums, de ne donner que des croquis au trait où l'image a subi une très forte réduction, ces différences s'atténuent au point de devenir à peine sensibles. Toute trace des particularités du modelé s'est effacée. L'œil même du connaisseur, s'il ne devait juger que sur ces esquisses, serait souvent fort embarrassé pour distinguer un bas-relief attique d'un bas-relief pergaménien ou même, la composition mise à part, d'un bas-relief de l'époque romaine. Dans ces conditions, les contrastes qui s'offrent, d'une page à l'autre, paraissent moins choquants qu'ils ne le seraient si les dissemblances et les inégalités de l'exécution étaient plus accusées par les dimensions de la figure et la fidélité du rendu. Nous n'en persistons pas moins à regretter de ne pas trouver ici un plan et une distribution des monuments qui correspondent aux grandes lignes de l'histoire des arts plastiques et qui puissent ainsi concourir à faire l'éducation de l'apprenti dont la curiosité prétend s'initier à ces études.

Ce regret, nous n'espérons guère le faire partager à M. Reinach. Sa préoccupation dominante a toujours été d'assurer aux travailleurs un rapide et facile emploi des recueils, manuels ou albums, qu'il met à leurs ordres et, à tort ou à raison, il a cru mieux atteindre ainsi le but qu'il visait. Sans plus nous attarder à cette légère critique, hâtons-nous de dire quel profit l'archéologue tirera des matériaux qui lui sont offerts. Pour en donner une juste idée, il faudrait transcrire toute la table des matières ; mais quelques exemples suffiront, pris presque au hasard.

Rien de plus connu, depuis 1838, que les reliefs qui ornaient l'architrave du temple dorique d'Assos ; mais on chercherait en vain, dans plus d'une bibliothèque, le Report of investigations at Assos, de l'architecte américain Clarke, dont les fouilles, en 1881, ont ajouté de nouvelles plaques sculptées à celles que possède le Louvre. On a ici tous les restes de ce décor. L'attention n'avait guère été attirée, jusqu'à ces derniers temps, sur une frise de marbre qui est conservée dans l'église de la Panaghia Gorgopiko à Athènes. C'est un calendrier liturgique, où les différents mois sont indiqués par les signes du zodiaque et les fêtes ou autres événements périodiques par des figures et des scènes appropriées. J'avoue ne l'avoir jamais remarquée, pendant les divers séjours que j'ai faits à Athènes. Puis, ce sont les débris de la frise de l'Erechthéion. Elle était d'une exécution aussi soignée et d'un goût aussi fin que les moulures des chambranles, des colonnes et de l'entablement ; mais le temps l'a terriblement maltraitée et il n'en subsiste, si l'on peut ainsi parler, qu'une poussière de figures. On sera heureux de trouver ici rapprochés tous ces fragments qui ont été découverts et publiés en plusieurs fois. Le décor sculptural du Parthenon a moins cruellement souffert ; mais tous les archéologues ne possèdent pas l'ouvrage de Michaëlis, qui seul en présente l'ensemble ; ils se féliciteront de rencontrer réunis tous les reliefs des métopes et de la frise du portique, avec l'exacte indication de la place qu'ils occupaient dans l'édifice. Toutes ces séries sont d'ailleurs ici complétées par l'adjonction de fragments qui avaient échappé aux recherches de Michaëlis et qui n'ont été signalés que tout récemment.

De même encore, jusqu'à ce que soit achevée la grande publication entreprise par M. Homolle, c'est à ce recueil qu'il faudra demander toute la suite des reliefs que les fouilles françaises de Delphes ont mis au jour, depuis les métopes archaïques du Trésor des Sicyoniens jusqu'au monument de Paul Emile. L'Académie de Berlin n'a pas non plus donné la partie de ses Alterthuemer von Percjamon où seront publiés intégralement les reliefs de Pergame. Il est commode d'en avoir ici la série, reproduite d'après les petites gravures au trait qui illustrent le Guide du Musée de Pergame.

Le bénéfice à retirer de l'emploi du présent recueil sera plus grand encore pour l'étude des monuments de l'art romain. Ceux-ci, jusqu'à ces derniers temps, avaient été traités par les archéologues avec moins d'égards que les monuments de l'art grec. De beaucoup d'entre eux on n'avait pas même de fidèles images. Voici par exemple Y Arc de Bénévent, élevé en l'honneur de Trajan. Les planches de M. Reinach, exécutées d'après des photographies, sont les premières qui donnent, à quelques morceaux près, la reproduction complète d'un riche ensemble dont toutes les scènes n'ont pas encore été expliquées d'une manière satisfaisante. Si les reliefs de Bénévent représentent bien l'art du siècle des Antonins, le meilleur spécimen peut-être que l'on puisse offrir de l'art augustéen nous est fourni par ce qui reste des sculptures de ce grand autel, dit de la Paix Auguste, qui fut consacré parle Sénat à l'empereur, en l'an 13 avant notre ère.

Il s'élevait sur l'emplacement actuel d'un des palais du Corso, le palais Fiano, et les Musées de Paris, de Florence et de Rome se sont partagé les fragments de ce décor, dont de nouveaux débris ont été exhumés dans ces dernières années. En trois pages, M. Reinach a groupé tous les reliefs épars qui peuvent, avec plus ou moins de vraisemblance, être considérés comme ayant appartenu à Y Ara Pads. Quiconque voudra s'intéresser à l'art romain ou seulement s'occuper de l'histoire romaine aura profit à étudier, ailleurs que dans de rares et pesants in-folio, la longue série des bas-reliefs qui ornent les colonnes aurélienne et trajane, les arcs de Titus, de Septime-Sévère et de Constantin ; on y suit pas à pas la marche des légions en pays ennemi ; on les voit aux prises avec les difficultés du terrain et les hordes barbares ; on assiste aux assemblées militaires où les plus braves soldats reçoivent la récompense de leur valeur ; on regarde se dérouler, sur la Voie sacrée, les pompes du triomphe. Cette sculpture narrative garde quelque prix jusque dans sa décadence, par l'intérêt des scènes qu'elle figure. Les bas-reliefs d'une colonne détruite de Théodose sont donnés ici d'après d'anciens dessins, qui avaient été reproduits dans des ouvrages vieux de deux siècles et qu'il est aujourd'hui difficile de se procurer.

Enfin, M. Reinach n'a pas été moins heureusement inspiré en réservant ici leur place à des trésors d'orfèvrerie tels que ceux de Berthou- ville ou Bernay, de Bosco-Reale et d'Hildesheim. Des pièces de ces deux derniers il n'avait été donné d'images satisfaisantes que dans des ouvrages qui, par leur format et leur prix élevé, ne sont pas à la portée de tous. Quant au Trésor de Bernay, qui appartient à notre Cabinet des antiques, croirait-on qu'il n'en existe pas, à l'heure présente, de publication complète ? Pour ne rien omettre qui ait quelque importance, M. Reinach a dû emprunter des planches à divers ouvrages, dont plusieurs sont aujourd'hui presque introuvables.

Nous arrêterons ici ces mentions ; il n'en faut pas davantage pour faire comprendre quelle économie d'argent et de temps représentent, pour un étudiant en archéologie, la possession d'un recueil de ce genre et l'habitude de s'en servir. Quant à l'historien de l'art, sans doute, il ne pourra se contenter de ces légers croquis. Pour traiter les questions de facture, pour définir un style, il sera toujours tenu de se reporter aux originaux ou, si ceux-ci ne sont pas à sa portée, aux moulages et aux photographies. Ce n'en sera pas moins pour lui un avantage inappréciable que d'avoir toujours ouverts sur sa table des albums tels que le Répertoire de la statuaire grecque et romaine ou le Répertoire des reliefs grecs et romains. Très vite, quand il aura appris à en user, il y trouvera des données qui l'aideront à nettement délimiter la tâche qu'il se propose d'entreprendre et à en simplifier l'exécution. Veut-il étudier, dans le legs de la plastique grecque, le développement de tel ou tel type et les variations qu'il a subies, veut-il distinguer les différentes épreuves qui ont été tirées de ce type, simultanément ou successivement, par les diverses écoles, les premiers éléments de la comparaison qu'il institue lui seront fournis par les esquisses que la plume agile de M. Paride Weber a tracées pour M. Reinach. Celles-ci, sans doute, ne sauront rien lui dire de ces finesses et de ces particularités du modelé où l'on reconnaît la marque de tel ou tel maître, de tel ou tel atelier ; mais, là même, il notera, d'une figure à l'autre, des différences de vêtement, d'attributs et de poses qui l'aideront à opérer un classement sommaire par lequel lui sera facilitée la suite du travail.

La marche à suivre sera la même si l'enquête a pour objet de fixer les traits par lesquels se caractérise l'art de telle ou telle période. Rien qu'aux allures des mouvements et à l'arrangement de la draperie, il pourra faire, parmi toutes ces images, un premier choix des figures qui appelleront ensuite une étude plus détaillée. Ce qu'un archéologue avisé goûtera peut-être plus encore dans tous ces recueils, ce sera la sobriété des notices qui y sont partout jointes aux monuments. Il y trouvera, du premier coup, de sûres références, un renvoi aux seules sources que, dans l'espèce, il importe vraiment de consulter. Personne mieux que M. Rcinach n'a su se mettre en garde contre ce charlatanisme de la bibliographie redondante qui est une des maladies de l'érudition contemporaine. Il ne cite jamais que des livres qu'il a lus et dont il a pu, par sa propre critique, apprécier la valeur. Son exemple serait bon à suivre.

 

Georges PERROT.

Perrot Georges. Répertoires de monuments figurés [Salomon Reinach. Répertoire de reliefs grecs et romains. Tome I. Les ensembles.]. In: Journal des savants. 7ᵉ année, Novembre 1909. pp. 506-515.

Source : www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1909_num_7_11_3469Lien version pdf : http://www.persee.fr/docAsPDF/jds_0021-8103_1909_num_7_11_3469.pdf

Salomon Reinach. Répertoire de reliefs grecs et romains. Tome ï. Les ensembles. 1 vol. in-8°. Paris, Ernest Leroux, 1909.

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mardi 20 novembre 2018

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