• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Quelle est, de nos jours, la place de l’Homme dans notre société et la vision qu’il a de celle-ci ?

Quelle est, de nos jours, la place de l’Homme dans notre société et la vision qu’il a de celle-ci ?

« L’obscurantisme des Lumières peut prendre la forme d’un fétichisme de la raison et d’un fanatisme de l’universel qui restent fermés à toutes les manifestations traditionnelles de croyance et qui, comme l’atteste par exemple la violence réflexe de certaines dénonciations de l’intégrisme religieux, ne sont pas moins obscurs et opaques à eux-mêmes que ce qu’ils dénoncent.  »

 Pierre Bourdieu 

Notre société, qui a pour objectif la création d’une société idéale où il n’y aurait plus de conflits, a pour cela évité le plus possible tous conflits cherchant chaque fois la 3ème voie qui serait unificatrice et bienséante. Certes, cette société est créatrice de division, de chaos, mettant toujours plus d’huile sur le feu, sur de nombreux thèmes : montrant votre voisin comme un probable ennemi. Mais Lorsque l’on discute de ces nombreux débats publics créateurs de division, écoute-t-on les idées et arguments opposés au nôtre, ou tente-t-on de cherche une 3ème voie, de chercher à éduquer ou à expliquer à notre interlocuteur qu’il est dans l’erreur et que s'il comprenait la question on serait finalement d’accord ? C’est à ce niveau que je montre que le conflit (la multiplicité des idées, des visions) est rejeté pour aller vers ce qui nous semble La voie à suivre. 

Une répercussion politique : 

Un problème des plus importants en découle du coup dans le présent : comment faire politique, c’est-à-dire débat et confrontation d’idée, dès lors que le postulat de base est qu’il ne peut y avoir de débat, mais juste une voie à suivre pour arriver à créer par une certaine forme (principalement basée sur l’éducation) cette paix universelle. Toute autre vision ou idée ne serait-ce que divergente de celle-ci devient de fait, non plus une idée à débattre pour créer une société, mais bien un problème viral (voir le champ lexical de la médecine qui se développe en politique des plus fortement) à supprimer pour accéder à cette paix sur terre espérée par tous. Nous créons une nouvelle forme de fascisme volontaire, ce qui crée du coup cette incroyable sensation d’impossibilité d’action traduite par « que peut-on faire ? » ou par « on cherche le moins pire qui nous guide vers ce lendemain radieux » qui remplace le « il n’y a qu’à faire ou proposer, pour améliorer notre réalité » créateur de dynamique et de mouvement inhérent à tout ce qui est vivant. La vie politique en est désertique, il n’y a plus la moindre conception idéologique, ni mot d’ordre ni programme à long terme. Nos hommes politiques se transforment en gestionnaires, au point que, très logiquement, un peuple comme le peuple Italien met au pouvoir celui qui s’est illustré comme homme d’affaires.

Que doit-on être dans cette société ?

Cette société en devenir, est basée de plus, sur la vision d’un Etre humain (peut-être une fallacie ? ) qui ferait ses actes de manière totalement raisonnée s‘il en comprend toutes les nuances, ne voulant pas naturellement faire le mal pour le mal. Ce postulat a malheureusement créé une situation inattendue liée à la confrontation au réel. La vie de tous les jours nous montrant que nous ne vivons apparemment pas dans cette société dite idéale ; nous nous poussons, pour y arriver, à créer une forme d’individu artificiel vidé de toute substance, et lien avec le réel, pour supprimer tout ce qui pourrait être créateur de conflit. Cette attitude est poussée inconsciemment par l’image que devrait être la personne idéale prôner dans chaque revue bien-être, émission télé et personnage fictif des romans aux films d’action. Nous pouvons du coup voir apparaître des personnages fictifs totalement lisses représentant une forme de héros universel auquel tout le monde tente de ressembler supprimant de fait toutes formes de caractères ancrant ce même héros dans une forme de réel. Nous nous retrouvons donc à passer d’une époque de la représentation (recherche d’idéal) à la présentation (nous vivons un idéal possible, corrompu par des accidents), à supprimer toute distance propre au sacré qui hébergeait des thèmes comme la sexualité la mort… La disparition de tout caractère sacré au profit d’une transparence absolue, entraîne une économie de la psyché et de la pensée qui semble être des plus inquiétantes pour l’individu. Il s’agit aujourd’hui d’exhiber. Il n’y a plus aucune limite à l’exigence de transparence, le regard devenant cette sorte de tortionnaire devant lequel rien ne peut être dissimulé. Ceci se retrouve jusque dans la structure même du langage qui devient de plus en plus clair et technique, sans équivoque « on appelle un chat un chat », là où autrefois on appréciait jouer de symbolique et de métaphore. Les dernières figures de style présentes dans le discours sont celles des techniciens qui tentent de nous manipuler (que ce soit un garagiste, ou un politicien.)

L’un des problèmes de plus en plus visible dans nos sociétés qui suivent cette idée est l’augmentation des visites chez un thérapeute, ou la prise de tranquillisant, d’anxiolytique ou d’antidépresseur d’un côté et la prise de risque allant jusqu’à l’augmentation des prises de drogues de l’autre. Toutes ces attitudes ayant souvent une cause commune, la confrontation entre la vision dite normale et surtout normative de ce que devrait être toute personne telle que les médias nous la présentent, et que l’on s’est fortement appropriée, et la réalité qui nous met face à nos contradictions, notre inconscient, nos désirs parfois opposés, bref à ce qui compose un être réel. De ces formes de conflits sortent 2 types de personnes : les premières qui tentent de rester le plus possible dans le cadre de la personne artificielle vide d’elle-même prenant médicament ou thérapie pour trouver ce qui cloche chez elle, culpabilisant à chaque singularité pouvant être conflictuelle avec l’image que l’on doit devenir et les deuxièmes qui,  de l’autre côté, veulent au contraire s’échapper fortement de ce personnage fictif passant soit par des drogues diverses et variées, soit partant vivre dans la nature en pouvant être comme bon leur semble.

 Une complication face à l’actualité :

Le réel revenant de manière de plus en plus virulente, à une époque où les tensions deviennent de plus en plus visibles, la population intériorise de fait que l’objectif de société, qui est une paix absolue, est fortement retardé si ce n’est annulé et du coup entrant dans une forme d’angoisse inconsciente, préfère avoir comme objectif de vie à court terme la jouissance, au bonheur d’un certain idéal autrefois recherché. Aucune société n’a jamais connu une expression de son désir aussi libre pour chacun. Il est évident que chacun peut publiquement assouvir toutes ses passions et, qui plus est, demander à ce qu’elles soient socialement reconnues, acceptées, voire légalisées. Une formidable liberté mais en même temps absolument stérile pour la pensée. Tout nous conduit désormais à considérer que notre besoin et notre droit d’avoir du plaisir le plus intensément possible, le plus rapidement possible et le plus facilement possible sont légitimes. Il en faut toujours plus. Notre société de consommation rendant les plaisirs très accessibles, la frustration n’est désormais pas bonne du tout à supporter, elle fait souffrir et, dans notre monde actuel, la souffrance comme la douleur sont interdites, car cela fait névrosé, fait problématique à guérir…

On n’a jamais aussi peu pensé quoi que ce soit. Cette liberté est là, mais au prix de ce qui serait la disparition de la pensée qui fait sens avec le réel donc apportant une confrontation idéologique avec l’autre. L’excès devient peu à peu la nouvelle norme et pour freiner cela vient le règne de l’hygiénisme : la santé comme loi. Attention, l’interdit moralisateur et le droit au plaisir sont l’un et l’autre des nécessités vitales pour l’équilibre humain, mais en devenant tyrannique, le « tout plaisir » devient une drogue toute aussi dangereuse que l’était, il n’y a encore pas si longtemps, le « tout interdit ». Alors qu’avant, la dignité reposait sur l’honneur, elle repose de nos jours sur la préservation de la vie. La société est fondée sur la libre expression des désirs cherchant donc une harmonie avec un objet de satisfaction, le père qui était symbole d’interdit se retrouve allant à l’encontre du culte social et donc perdant toute légitimité. Seulement, un père (symboliquement) qui n’a plus d’autorité, de fonction de référence a une fonction anachronique que tout invite à rejoindre la fête et, de ce fait, l’autorité disparait en l’amalgamant à l’autoritarisme, déviance violente de cette dernière. 

Une forme de protection ?

La seule protection face à ce présent en crise et futur incertain revient à fuir le réel dans l’imaginaire qui était jusque-là un objectif fixé, créant de fait un singulier renversement (basé sur l’expression : « je préfèrerais vivre dans le monde de la théorie, au moins là-bas tout y est plus simple. ») pour prendre nos idées et concepts théoriques pour la réalité et le réel comme complication à dépasser freinant la construction de cette nouvelle réalité. Les gens préféreraient donc des légendes qui les sécurisent à des vérités qui les inquiètent. 

Conclusion ?

Face à ces différents constats, que faire pour tenter de dépasser cette situation qui nous déshumanise rendant chaque personne vide de leur sens pour créer un personnage artificiel qui pourrait vivre dans un monde tout autant artificiel ?

La première chose serait de comprendre comment nous fonctionnons : c’est-à-dire en passant par Lacan et son nœud borroméen que toute personne doit se situer entre le réel, l’imaginaire, qui est ce qu’il pense ou imaginerait être activement (utopie entre autres), et symbolique, que l’on pourrait expliquer par Jung comme tous les archétypes qui agissent inconsciemment avec notre manière de percevoir et d’interférer avec le monde qui nous entoure. Lorsque l’on se fixe trop sur l’un des nœuds la psyché s’y perd et crée, de ce fait, des conflits internes qui, par la suite, se retrouvent dans le fonctionnement de la société.

De plus il serait intéressant de comprendre que la multiplicité des idées est bien plus enrichissante qu’une pensée commune uniformisante et que pour cela l’on doit accepter les formes de conflit inhérentes à l’être humain qui servent à confronter des idées différentes entre des personnes singulières qui vivent des expériences pas toujours égales.

Par le Veilleur basé sur des écrits entre autres de : M. Benasayag, C.Melman, C. Lasch et T.Todrov

source : http://r-eveillez-vous.fr/quelle-est-de-nos-jours-la-place-de-lhomme-dans-notre-societe-et-la-vision-quil-a-de-celle-ci/

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samedi 17 novembre 2018

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