• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Pourquoi des guides spirituels ?

Pourquoi des guides spirituels ?


Vous dites qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un guide mais comment puis-je trouver la vérité sans l’aide et l’assistance que seul un sage, un gourou, peut me donner ?

La question est de savoir si un guide est nécessaire ou non. La vérité peut-elle être découverte par l’entremise de quelqu’un ? Les uns l’affirment, d’autres le nient. Nous voulons savoir où est la vérité. Il ne s’agit donc pas d’émettre des  » opinions  » contradictoires : je n’ai pas d’ » opinions  » à ce sujet. Il est nécessaire, ou il n’est pas nécessaire d’avoir un gourou ; l’une de ces deux assertions doit être vraie, et nous voulons savoir laquelle l’est, en fait, en réalité. Cela n’est pas une affaire d’opinion, quelque profonde, érudite, populaire, universelle qu’elle puisse être. Tout d’abord, pourquoi voulons-nous un gourou ? Étant dans un état de confusion, nous disons que le gourou est une aide, qu’il nous indiquera la vérité, qu’il nous aidera à comprendre, qu’il connaît la vie beaucoup mieux que nous ; qu’il nous instruira à la façon d’un père, qu’il a une vaste expérience tandis que la nôtre est limitée, etc., etc. Le fait fondamental est notre état de confusion. Si tout était clair pour vous, vous ne vous approcheriez même pas d’un gourou. Si vous étiez profondément heureux, si vous n’aviez pas de problèmes, si vous compreniez la vie complètement, vous n’iriez consulter personne.

J’espère que vous voyez ce que tout cela signifie. Parce que vous êtes dans la confusion, vous allez demander à un guide spirituel de vous indiquer une façon de vivre, d’éclairer votre jugement, de vous aider à trouver la vérité. Parce que vous êtes dans la confusion, vous choisissez votre gourou en espérant qu’il vous donnera ce que vous demandez. En fait, vous choisissez le gourou qui vous donnera la réponse que vous souhaitez, vous le choisissez selon la satisfaction qu’il vous apporte ; votre choix dépend de votre satisfaction. Vous n’allez pas chez celui qui vous dit :  » ne comptez que sur vous-même « . Vous choisissez selon vos préjugés. Donc, puisque votre choix est déterminé par votre satisfaction, ce n’est pas la vérité que vous cherchez, mais une issue à la confusion ; et l’issue à la confusion est, par erreur, appelée vérité. Examinons d’abord l’idée qu’un gourou peut éclaircir notre confusion. Celle-ci étant le résultat de nos réactions, qui donc pourrait l’éclaircir pour nous ? Car c’est nous qui l’avons créée. Pensez-vous que ce soient  » tes autres  » qui créent cette misère, cette bataille à tous les échelons de l’existence, en nous et hors de nous ?

Cette confusion est le résultat de notre manque de connaissance de nous-mêmes : c’est parce que nous ne connaissons pas nos conflits, nos réactions, nos misères, que nous allons chez un gourou pour qu’il nous aide à en sortir. Mais nous ne pouvons nous comprendre que dans nos rapports avec le présent ; ces rapports mêmes sont le gourou et non pas quelqu’un en dehors de nous. Si je ne comprends pas mon monde de relations, tout ce que me dira un gourou sera inutile ; si je ne comprends pas mes relations avec les possessions, avec tes hommes, avec les idées, qui donc pourra résoudre ce conflit en moi ?

Pour le résoudre, c’est moi qui dois le comprendre, ce qui veut dire que je dois être parfaitement conscient de ce qui se passe en moi, au cours de mes relations. Pour me percevoir tel que je suis, aucun gourou n’est nécessaire ; et si je ne me connais pas, de quelle utilité est le gourou ?

De même qu’un chef politique est choisi par ceux qui sont dans la confusion, et dont le choix, par conséquent, est à l’image de cette confusion, ainsi je choisis un gourou. Je ne peux le choisir que selon ma confusion : donc, tout comme le chef politique, lui aussi est dans la confusion.L’important n’est pas de se demander si c’est moi qui ai raison ou celui qui dit qu’un gourou est nécessaire. L’important est de savoir  » pourquoi  » vous avez besoin d’un gourou. Les gourous existent pour exploiter les gens de différentes façons ; mais là n’est pas la question. Cela vous est très agréable d’avoir un guide spirituel pour vous dire que vous avancez dans la voie de la vérité ; mais la question n’est pas là non plus. « Pourquoi » avez-vous besoin d’un gourou ?

Là est la clé. Il peut arriver que quelqu’un vous indique le chemin, mais c’est à vous de faire tout le travail, même si vous avez un gourou. Ne voulant pas affronter ce fait, vous rejetez la responsabilité sur le gourou. Or, celui-ci devient inutile dès qu’il y a la moindre parcelle de connaissance de soi. Cette connaissance, aucun guide spirituel, aucune écriture sacrée, ne peuvent vous la donner. Elle vient lorsque vous êtes exactement conscient de ce qui se passe en vous, au cours de vos relations. Ne pas comprendre celles-ci – et en particulier vos rapports avec les possessions – est une source de souffrances, de confusion, et de conflits de plus en plus graves dans la société. Si vous ne comprenez pas l’état de vos relations avec votre femme, votre enfant, qui donc peut résoudre les conflits qui naissent de cette ignorance ?

Et il en est de même de vos rapports avec le monde des idées, des croyances, etc. Étant partout dans Ja confusion, vous allez en quête d’un gourou.

Si c’est un vrai guide il vous dira de vous comprendre vous-mêmes. C’est  » vous  » la source de tous les malentendus, et vous ne pourrez résoudre ces conflits qu’en vous comprenant dans vos relations. Car  » être  » c’est être en relation. Vous ne pouvez donc pas trouver la vérité ailleurs qu’en vous-mêmes. Comment cela serait-il possible ?

La vérité n’est pas quelque chose de statique; elle n’a pas de demeure ; elle n’a ni fin ni but. Au contraire, elle est mouvante, dynamique, vivante. Comment pourrait-elle être une fin ?

Si la vérité était un point fixe, ce ne serait pas la vérité, ce ne serait qu’une opinion. La vérité est l’inconnu et l’esprit qui la cherche ne la trouvera jamais, car tous les éléments qui le composent appartiennent au connu. L’esprit est le résultat du passé, le produit du temps. Vous pouvez l’observer vous-mêmes : l’esprit est l’instrument du connu, il ne peut donc pas découvrir l’inconnu ; il ne peut qu’aller du connu au connu.

Lorsqu’il cherche la vérité, celle dont lui parlent des livres, cette vérité-là n’est qu’une projection de lui-même, car il ne fait que poursuivre un  » connu « , un connu plus satisfaisant que le précédent. Lorsque l’esprit  » cherche  » la vérité, c’est une projection de lui-même qu’il cherche, et non la vérité. Un idéal n’est en somme qu’une projection, une fiction, une irréalité. Le réel est ce qui  » est « , et non pas son opposé. Le Dieu auquel vous pensez n’est que la projection de votre pensée, le résultat d’influences sociales. Vous ne pouvez pas  » penser  » à l’inconnu,  » méditer  » sur la vérité. Dès que vous  » pensez  » à l’inconnu, vous avez affaire à une projection du connu. Vous ne pouvez pas « penser » à Dieu, à la Vérité. Sitôt que vous pensez, ce n’est pas la vérité. La vérité ne peut pas être recherchée : elle vient à vous. Vous ne pouvez poursuivre que le connu. Lorsque l’esprit n’est plus torturé par le connu, par les effets du connu, alors seulement la vérité se révèle. Elle est en chaque feuille, en chaque larme ; elle ne peut être connue que d’instant en instant. Personne ne peut vous conduire à elle ; si quelqu’un vous conduit, cela ne peut être que vers le connu. La vérité ne peut se présenter qu’à l’esprit qui s’est vidé du connu.

Elle vient lorsqu’on est dans un état d’où le connu est absent. L’esprit est l’entrepôt du connu, le résidu du connu ; et pour qu’il soit dans l’état où l’inconnu entre en existence, il doit être lucide en ce qui le concerne, en ce qui concerne ses expériences conscientes et inconscientes, ses réponses, ses réactions et sa structure. La totale connaissance de soi est la fin du connu et l’esprit est alors complètement vide de connu. Ce n’est qu’alors que la vérité peut venir à vous, non conviée. La vérité n’appartient ni à moi ni à vous. Vous ne pouvez pas lui rendre un culte. Aussitôt qu’elle est connue, elle est irréelle. Le symbole n’est pas réel, l’image n’est pas réelle, mais lorsqu’il y a compréhension de soi, lorsqu’il y a cessation de soi, l’éternité peut entrer en existence.

Extrait de Première et dernière liberté, par Krishnamurti

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lundi 19 novembre 2018

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