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Père François Brune, l'oreille des morts

Père François Brune, l'oreille des morts

La transcommunication instrumentale est la capacité que semblent avoir certaines personnes de communiquer avec les morts, au moyen d'outils techniques modernes : téléphone, téléviseur, magnétophone...

Le père François Brune est l'un des spécialistes de ce domaine de recherche. Cet intérêt pour un sujet si rarement abordé par l'Eglise lui est venu très tôt, au séminaire des Carmes où il suivait des études de philosophie et de théologie. C'est donc dans cet univers religieux qu'il a commencé à se consacrer aux phénomènes paranormaux. Enfant, le père Brune était certes sensible aux contes et légendes mais, cette fois, il s'agissait bel et bien de réalité. Depuis 15 ans, il donne des conférences dans le monde entier – de Porto Rico à l'Allemagne en passant par le Québec, la Nouvelle Calédonie ou le Brésil – et ses recherches ont fait l'objet d'un ouvrage, devenu un best-seller traduit dans plusieurs langues. Et parce que le père Brune pense que la Science et la Foi peuvent se servir mutuellement, il a complété ce livre par un second, En direct de l'au-delà (éd. Robert Laffont), co-écrit avec le professeur Rémy Chauvin, biologiste de réputation mondiale. Facteur X a voulu en savoir plus sur sa vocation.

 

Comment en êtes-vous venu à aborder ce phénomène de transcommunication ?

J'avais initialement eu des indications assez précises sur ce phénomène de voix enregistrées par magnétophone chez une Italienne, madame Alvisi. Puis, à l'occasion de conférences données en Allemagne sur les icônes ou sur la théologie, je profitais de mon voyage pour écumer les librairies. Passés les rayons sur les Ecritures saintes ou la théologie, je recherchais des livres sur les expériences de mort imminente ou ayant trait à l'écriture automatique. C'est ainsi que j'ai découvert Théorie et pratique de la transcommunication, l'ouvrage de référence écrit par Hildegard Schäfer.

Mais mon éditeur m'a encouragé à rencontrer des chercheurs et à ne pas me contenter uniquement de livres. Je me suis donc enhardi et j'ai téléphoné à Hildegard Schäfer. Très aimable, elle a pris rendez-vous pour moi avec des amis au Luxembourg. Je m'y suis rendu le 22 juin 1987 et j'y ai été reçu. Ces personnes avaient demandé l'autorisation préalable de me recevoir... à leurs correspondants réguliers dans l'au-delà et avaient heureusement obtenu le feu vert ! Ils leur avaient même demandé de ma donner une copie de l'enregistrement à venir parce que, affirmaient-ils, je ferai beaucoup pour faire connaître ce genre de phénomène. Ce qui, a posteriori, semble exact !

J'ai été conduit à un petit laboratoire rempli d'appareils, où nous avons reçu un message transmis par le haut-parleur radio. Nous avons, hélas, un peu trop tardé en prenant le café et, lorsque nous sommes arrivés, la communication avait déjà commencé. Je pouvais comprendre le texte immédiatement parce qu'il était assez clair : seuls un ou deux mots m'échappaient, mais j'ai pu les identifier lors de la réécoute de l'enregistrement. Il s'agissait d'un message du chercheur Constantin Raudive, l'un des pionniers de la transcommunication instrumentale.

Quel était le contenu du message ?

Ce message disait que nous avions tort de craindre la mort (il est vrai que ce qui précède la mort peut être fort pénible mais pas la mort elle-même. Au contraire, de l'autre côté, la vraie vie commence). Puis venait ensuite le message d'une entité étrange qui prétendait ne jamais avoir été incarnée, ni sur Terre ni dans un autre monde. Cette entité s'exprima tout d'abord en allemand, puis fit tout un discours en français, dont une citation de saint Paul sur le corps spirituel :

« De la même façon qu'il y a des corps de poissons, d'oiseaux, d'hommes, il y a aussi des corps célestes et des corps spirituels. »

Enfin, il y eut à nouveau quelques mots de Raudive évoquant ses premiers contacts et ses hésitations à admettre que cela venait vraiment de l'au-delà.

Quelle émotion ressent-on face à ce genre de phénomène ?

Honnêtement, cela ne m'a fait aucun choc. Cela m'a même paru tout à fait normal, d'abord par conviction religieuse et ensuite parce que les témoignages de la vie des Saints sont remplis de phénomènes étranges. Ces phénomènes se sont répétés bien des fois et ont été constatés par des milliers de témoins : il n'y a qu'à compter les ouvrages qui paraissent sur le sujet. La vie dans l'au-delà ne fait aucun doute pour moi depuis longtemps, et cela ne me choque pas qu'il puisse y avoir, de temps en temps, une communication entre l'au-delà et ce monde-ci. Ce qui est plutôt anormal, c'est que les communications soient aussi difficiles !

Quelles sont les techniques utilisées en transcommunication instrumentale ?

On a le magnétophone, le haut-parleur radio, puis l'écran de télévision. Il semble que le premier à l'avoir utilisé soit Klaus Schreiber, à Aix-la-Chapelle, même si des Italiens avaient déjà constaté le phénomène sans en faire état. Il y a eu ensuite l'écran d'ordinateur, sur lequel apparaissent des images mais aussi des textes. Enfin, il y a le téléphone et même le fax. En ce qui concerne les communications de l'au-delà reçues par téléphone, je possède la copie d'un livre édifiant sur le sujet, paru au Brésil en 1925. Mais l'écho de cet ouvrage s'est assez vite atténué, et il est finalement tombé dans l'oubli.

La teneur des messages est-elle compatible avec la foi ?

À travers les médias électroniques, nous avons quelquefois des messages d'une grande valeur spirituelle, mais ils sont souvent très brefs. En revanche, les messages en écriture automatique peuvent remplir des volumes entiers, et on peut y trouver une très forte aide spirituelle pour sa foi. Même si ces messages n'utilisent pas toujours les termes de la théologie officielle, on y retrouve l'essentiel du message chrétien.

La théologie officielle est-elle ouverte à ces phénomènes ?

Vous savez, je n'étais pas du tout satisfait de la théologie qu'on m'avait enseignée, alors j'ai cherché ailleurs. J'étais particulièrement déçu par Saint Thomas d'Aquin, considéré comme représentant la théologie officielle mais dont la première lecture fut pour moi épouvantable, à peine chrétienne. Par chance, je connaissais bien le grec ancien et j'ai pu lire directement les textes des pères grecs que les traducteurs avaient faussé en ramenant tout aux catégories connues en Occident.

La communication avec les morts est-elle officiellement autorisée par l'Eglise ?

Pendant très longtemps l'Eglise ne s'est pas du tout occupée de cela car, traditionnellement, il y avait une extrême réticence sur le sujet, en grande partie manifestée par le clergé. Cette attitude était notamment fort développée chez les Protestants qui sont plus proches de l'Ancien Testament et dont les textes sont en effet très clairs :

« Tu n'invoqueras pas les morts, tu n'auras aucun contact avec ceux qui commettent ces abominations... »

Dans le Nouveau Testament, rien n'interdit la communication avec l'au-delà et il existe même deux textes, l'un de saint Paul et l'autre de saint Jean, qui évoquent la relation avec les esprits. Ces textes parlent plutôt de la nécessité de bien discerner entre les esprits pouvant nous nuire ou nous perturber et ceux qui peuvent nous aider. En réalité, si l'on est fidèle au Nouveau Testament, aux Evangiles et aux Epitres, il n'y a pas d'interdiction absolue. Le clergé a beau avoir manifesté une extrême hostilité envers la communication avec les morts, celle-ci était tolérée de fait...

La situation évolue-t-elle avec les progrès techniques ?

En novembre 1996, un collaborateur régulier de l'Osservatore Romano, le journal « officieusement officiel » du Vatican, a transmis à l'ANSA, l'une des grandes agences de presse italienne, la publication suivant : l'Eglise n'interdirait plus le dialogue avec les morts, à condition que ce dialogue soit instauré dans un but religieux ou scientifique.

Que peuvent réellement apporter ces communications avec l'au-delà ?

Je constate que tout s'effondre dans la théologie occidentale, qu'elle soit catholique ou protestante. Nos théologiens et nos exégètes ne croient plus à grand chose et certainement pas aux phénomènes surnaturels survenant dans ce monde-ci. Peu à peu, ils éliminent tous les miracles et considèrent qu'il n'y en a jamais eu, ni dans l'Ancien, ni dans le Nouveau Testament. Ceux qui sont rapportés dans les Evangiles ne seraient, d'après eux, que des symboles, des métaphores destinées à faire comprendre un message. Tout devient évanescent. La foi s'effondre de l'intérieur, même si l'Eglise dispose encore de l'aide discrète des gouvernements qui espèrent maintenir ainsi l'un des derniers facteurs d'ordre moral. Dans les églises orthodoxes, heureusement, la foi chrétienne reste intacte.

Aussi, selon moi, la possibilité de communication avec l'au-delà, les expériences proches de la mort et même plus généralement les phénomènes paranormaux peuvent aider, soit à trouver la foi soit à la conserver. Sans cela, Dieu deviendrait une sorte de « dieu honoraire », qui aurait pris sa retraite et aurait abandonné sa Création.

Quelle est la place de Dieu dans tout ceci ?

On réduit peu à peu l'action de Dieu à ce qui s'est passé avant le « Big Bang » et à ce qui se passera après le « Big Crunch » : c'est à peu près la seule place que les scientifiques laissent encore libre aux théologiens, de plus en plus cernés par la vision scientifique du monde.

Or les communications avec l'au-delà se multiplient et je pense que cela fait partie du plan de Dieu. L'Eglise étant en rapide perte de vitesse, Dieu passe par d'autres voies qui nous amènent irrémédiablement à un renouveau spirituel. Grâce à ce processus, nous allons pouvoir rétablir le contact. Dieu ne nous abandonnera pas, cela ne fait aucun doute.

 

ANALYSE : les premières voix de l'au-delà

Le 17 septembre 1952, deux physiciens du laboratoire de physique expérimentale de l'Université Catholique de Milan, le père Gemelli et le père Pellegrino Ernetti, travaillent à l'aide d'un oscillographe sur des enregistrements de chants grégoriens : il s'agit d'obtenir un son plus pur. Les bandes magnétiques sont d'une fragilité extrême. Le père Gemelli grommelle « Aide-moi papa ! », invoquant son père décédé, chaque fois que la bande se casse. Lorsque Gemelli réécoute la bande pour vérifier sa réparation, il entend à sa grande surprise la voix de son père prononcer très clairement : « Mais bien sûr que je t'aide, je suis toujours avec toi ! ». « Il eut un choc et transpira beaucoup » racontera plus tard Ernetti. Les deux hommes interrogent à nouveau le mystérieux intrus : « Mais oui, gros benêt, bien sûr que c'est bien moi ! ». En italien, « gros benêt » se dit « zuccane »... le surnom qu'utilisait le père de Gemelli pour appeler son fils !

Les deux physiciens vont au Vatican pour entretenir le pape Pie XII sur ce phénomène. Le Saint Père leur dit alors :

« Rassurez-vous, ceci semble relever du scientifique et non du spiritisme. L'enregistreur est un appareil objectif incapable d'être suggestionné : il ne peut capter que les vibrations sonores, quelles que soient leurs sources. Cette expérience pourra peut-être marquer le début de nouvelles études scientifiques pour confirmer la foi dans l'au-delà. »

Le phénomène se reproduit spontanément pour deux pionniers de la transcommunication instrumentale : le Suédois Friedrich Jürgenson (1959) et le Letton Constantin Raudive (1964), épaulés par des techniciens comme Hans Bender ou des experts de l'Institut Max Planck de Munich. La recherche scientifique prophétisée par Pie XII pouvait commencer...

 

COMPLEMENT D'ENQUETE : voix et images enregistrées

La transcommunication électronique utilise essentiellement, pour entrer en contact avec les esprits des morts, le magnétophone ou le magnétoscope.

La transcommunication par magnétophone a été découverte par hasard, en juin 1959, par le cinéaste Friedrich Jürgenson. Après avoir enregistré, pour un reportage, des chants d'oiseaux sur bande magnétique, Jürgenson s'aperçut en écoutant la bande qu'elle contenait des voix humaines. Persuadé que ces voix provenaient de parents et d'amis morts, Jürgenson a continué d'expérimenter cette technique pour obtenir des voix. Voici sa méthode :

  • opérer en intérieur plutôt qu'en extérieur ; créer un bruit de fond constant ; par exemple, l'écoulement d'un robinet ;
  • poser, après avoir enclenché la touche d'enregistrement, une question simple du type : « Y a-t-il quelqu'un de l'au-delà qui veuille intervenir ? » ou bien « X, qui est dans l'au-delà, veut-il intervenir ? » ;
  • enregistrer durant 2 minutes environ puis écouter ce qui a été enregistré : il se peut que des voix métalliques se manifestent sous la forme de quelques mots isolés (une dizaine au maximum). Le débit des voix étant plus rapide que celui de la vie courante, ne pas hésiter à ralentir la vitesse de lecture du magnétophone.

La transcommunication utilisant la télévision ou le magnétoscope a été développée en 1985 par l'Allemand Klaus Schreiber. Sa technique consiste à brancher son téléviseur sur un canal sans programme : l'écran est alors blanc ou piqueté de neige. Schreiber affirme avoir ainsi obtenu, en laissant tourner une cassette vidéo, des images – d'abord floues puis de plus en plus reconnaissables – de personnes décédées, comme la comédienne Romy Schneider (voir photo ci-dessous).

                                  
                                

Facteur X n° 12 (1998)

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mardi 13 novembre 2018

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