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Origines du jeu d'échecs

Origines du jeu d'échecs

 

Echecs et mat ou al-shah-mat – le roi est mort –

La finalité de ce jeu millénaire : capturer le roi adverse.

D’après la légende, un brahmane indien nommé Sissa aurait inventé le chaturanga pour distraire son prince de l’ennui, tout en lui démontrant la faiblesse du roi sans entourage. Souhaitant le remercier, le monarque propose au sage de choisir lui-même sa récompense. Sissa demande juste un peu de blé. Il invite le souverain à placer un grain de blé sur la première case d’un échiquier, puis deux sur la deuxième case, quatre grains sur la troisième, huit sur la quatrième, et ainsi de suite jusqu’à la soixante-quatrième case en doublant à chaque fois le nombre de grains. Cette demande semble bien modeste au souverain fort surpris et amusé par l’exercice. Mais le roi n’a jamais pu récompenser Sissa : tout compte fait, il aurait fallu lui offrir non pas un sac, mais 18 446 744 073 709 551 615 grains… soit toutes les moissons de la Terre pendant environ cinq mille ans !

Si l’origine des échecs est sujet à controverses, on s’accorde tout de même sur les écrits mentionnant le jeu d’échecs, il semblerait que leur origine remonte au "VI ème siècle aprés  J.C".

Les textes anciens constituent la première source de connaissance pour l'étude de l'origine du jeu d'échecs.

"Néanmoins il faut rester prudent car ces textes ne constituent pas forcément la vérité absolue."

Le chaturanga du sanskrit chatu (quatre) et anga (membres) fait référence aux quatre corps de l’armée indienne : l’infanterie, les chars, la cavalerie et les éléphants, "souvent cité comme l'ancêtre le plus probable".

Origine dans les textes anciens :

Texte en langue sanskrit : le Manasollasa (XII ième siècle)
Ce texte décrit les échecs en mentionnant deux variantes : une très proche des textes pelhvi et une autre appelé le Chaturanga, se jouant à quatre joueurs.

Textes en langue perse (pelhvi ou palahvi)
le Chatrang-namak (= l'invention des échecs) recueil de contes perses vers l'an 800 décrivant l'arrivée du jeu d'échecs en Perse en provenance de l' Inde.

le Shah Namah (= le livre des rois), histoire de la Perse par le poète Abu Kasim Mansur, plus connu par son pseudonyme Firdursi.

Avec les textes anciens, les découvertes archéologiques représentent la deuxième source de connaissance pour éclairer l'origine du jeu d'échecs. Mais comme pour les textes il faut rester prudent sur la datation des découvertes et aussi sur l'authentification des pièces.

Les découvertes les plus importantes :

Le site d'Afrasiab, 8ième siècle, près de Samarcande en Ouzbékistan
Le jeu de Charlemagne, 11ième siècle
Le jeu de Lewis : 12ième siècle, île de Lewis (dans le nord de l'Ecosse)

Avant l'an 600, aucun texte ne fait référence au jeu d'échecs. On peut donc affirmer que ni les égyptiens, ni les grecs, ni les romains ne connaissaient les échecs. Néanmoins il est intéressant de connaître les jeux de l'antiquité, qui au gré des contacts des civilisations ont probablement influencé la naissance des échecs en Asie.

Le senet : jeu de pions égyptien (jeu de parcours)
La petteia (jeu grec de stratégie)
L'Ashtapada (jeu indien). Probablement le premier échiquier 8x8. C'est un jeu de parcours sur un échiquier de 64 cases.
Le xiangqi (échecs chinois toujours joués aujourd'hui)

Le cas des échecs chinois est très intéressant. Il est parfois cité comme ancêtre, mais également comme variante des échecs ! Il existe des similitudes qui démontrent un lien entre ces deux jeux. Le jeu d'échecs est décrit se jouant avec un échiquier de 64 cases avec les pièces suivantes : fantassins (pions), chars (tours), éléphants (fous), chevaux (cavaliers), roi et son conseiller le vizir (la reine).

De l'an 600 à 1500, Le jeu d'échecs se diffusera au gré des voix de commerces (sel, soie, épices...) et des invasions. D'après un texte pehlvi (ou pahlavi : en langue perse) le jeu d'échecs a été introduit en Perse sous le règne du roi Khosroe Nushirwan (531-578).

De son origine indo-persane le jeu d'échecs sera vite acquis par les arabes qui écriront les premiers livres consacrés à ce jeu. Les meilleurs joueurs sont alors auprès des califes de Bagdad. Ce jeu - prenant le nom de shatranj -, son expansion suivra les conquêtes de l'Islam, de l'Afrique du nord à l'Espagne, un des pays par lequel le jeu d'échecs sera connu en Europe. Les échecs se diffuseront également à travers la Russie, les pays scandinaves et les pays de l'est. De même il se répandra très vite en Asie en donnant souvent lieu à des variantes toujours jouées aujourd'hui comme le Shogi (échecs japonais).

 

Le nom des pièces

sanskrit

persan

arabe

latin

ancien français

français

Chaturanga

Chatrang

Shatranj

Scaci, Ludus scacorum

Esches

Echecs

Rajah

Shah

Shah

Rex, (scacum)

Roy

Roi

Mantri

Farzin

Firzan, Fiz (ou Vizir)

Ferzia

Fierge

(Reine) dame

Roka (bateau)
Nauka (navire)

Rukh

Rukh

Rochus

Roc

Tour

Hasti

Pil

Fil

Alphiles

Alphin, Aufin

Fou

Ashwa

Asp

Faras

Equus

Chevalier

Cavalier

Padati

Piyadah

Baidaq

Pedes

Paon

Pion

Tableau est extrait du livre "L'univers des échecs"


En moins d'un siècle, les échecs se répandent dans toute la société médiévale. Ils connaissent un grand succès tant auprès de l'aristocratie européenne dont c'est rapidement la distraction favorite, que dans les classes populaires où l'on jouait avec des dés et pour de l'argent. Bien des éléments du jeu arabo-persan déroutent cependant les Occidentaux. Près de deux cents ans seront nécessaires pour transformer ce jeu de guerre en un jeu de cour en adéquation avec les valeurs de la société féodale.

Le jeu subit alors plusieurs modifications :

Les pièces ont évolué, prenant une forte connotation symbolique : l'échiquier représente la ville nouvelle du Moyen Âge où prennent place les différentes catégories sociales de la société médiévale.

Les règles changent à la Renaissance, se dotant d'une marche plus rapide, telle que nous la connaissons aujourd'hui.

  • Le plateau devient bicolore avec les cases rouges et noires (qui deviendront plus tard blanches et noires)
  • Le vizir devient fierge (ou vierge), puis reine et/ou dame (il est difficile de déterminer lequel des deux termes prévalait — sans doute étaient-ils utilisés indifféremment)
  • L’éléphant (al fil en arabe, qui reste alfil en espagnol aujourd’hui) devient aufin, puis fou (bishop : “évêque” en anglais)
  • Le roukh arabe devient roc (ce nom donnera rook en anglais, le verbe « roquer » en français et désignera la tour d’échecs en héraldique), puis tour vers la fin du XVIIe siècle (les tours de guet étant souvent placées en hauteur)

L’aspect des pièces le plus courant aujourd’hui, le style « Staunton », date de 1850. C’est également durant la seconde moitié du XIXe siècle qu’émergent les échecs modernes.

Le jeu moderne se met en place. Des compétitions confrontent les meilleurs joueurs du monde, rassemblés dans une Fédération internationale des échecs créée en 1924. La guerre froide offre une nouvelle symbolique au jeu : les deux blocs s'affrontent à travers leurs champions dans des compétitions fortement médiatisées. Dans les années 1990, les ingénieurs d'IBM conçoivent le programme Deep blue capable d'analyser cinquante milliards de positions en trois minutes. Un défi homme-machine relevé par Garry Kasparov et finalement perdu en 1997.

Depuis janvier 2000, les échecs sont devenus, en France, un sport reconnu par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. L’importance des échecs dans le monde est telle que depuis le début de l’année 2008, on discute l’entrée de ce sport aux Jeux olympiques.

Le jeu d'échecs nous est aujourd'hui familier. Mais son histoire remonte à plus de 1 500 ans. Jeu de guerre dans un continent indien déchiré par les luttes intestines, jeu de cour dans l'Occident médiéval, jeu "moralisé" mettant en scène la place des différents métiers à la fin du Moyen Âge, jeu "amoureux" suivant les méandres de l'amour courtois, jeu de compétition à l'aube des Temps modernes…

L’évolution du jeu d’échecs, de ses pièces et de ses règles, témoigne des cultures qui l'ont adopté. La civilisation islamique fixe le jeu et en assure la diffusion au XIIième siècle, le Moyen Âge chrétien transforme les pièces et leur confère une dimension symbolique, la Renaissance modifie les règles et en accélère la marche ; avec les Temps modernes s'ouvre l'ère de la compétition. À toutes les époques, l’échiquier apparaît comme le théâtre du monde et nous éclaire sur ses valeurs sociales.

 

Réf de publication :
http://classes.bnf.fr/echecs/histoire/ind_hist.htm
http://classes.bnf.fr/echecs/histoire/ind_leg.htm
http://www.iechecs.com/origine.htm#intro
http://www.history.chess.free.fr
Bibliographie :
L'art des échecs (C. Schafroth - Editions de la martinière).
Offrir du Muguet le 1er mai : Caractéristique, Ori...
Le temple de Goseck... Un calendrier vieux de 7000...

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Invité
mardi 20 novembre 2018

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