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Les mystères de l'histoire - Les statues de l'île de Pâques

Les mystères de l'histoire - Les statues de l'île de Pâques

Plus besoin de présenter l'île de Pâques, perdue au fin fond de l'océan Pacifique, où plusieurs centaines de statues colossales, appelées "moaïs", tournent le dos à l'océan. Tant de choses ont été écrites sur cet endroit mystérieux. Mais, au fond, que sait-on vraiment ? Des zones d'ombre planent toujours. La tradition orale avec ses légendes, les restes archéologiques et l'analyse des pollens permettent, cependant, d'élaborer des théories. Plusieurs mystères ont été résolus, notamment celui du transport des monumentales statues. Si les hommes ont toujours su pousser des pierres, ceux qui ont fait "marcher" ces colosses avaient mis au point un système ingénieux. Oui, mais comment ont-ils fait ?

Des scientifiques font marcher les statues

La question cristallise toujours les énergies. Il y a près de 900 statues et 300 terrasses de pierre, les ahû. On sait qu'elles sont extraites du volcan nommé Rano Raraku. De là, elles étaient acheminées tout autour de l'île. Depuis le volcan, il fallait parcourir plus de 25 kilomètres. Taillées dans le basalte, elles mesurent 4 mètres de hauteur en moyenne et pèsent entre 20 et 80 tonnes. En 2005, le biologiste évolutionniste Jared Diamond soutient que, face à la pression démographique, les tribus auraient organisé des compétitions pour faire rouler les oeuvres grâce aux bras disponibles. En juin dernier, deux anthropologues, Terry Hunt de l'université d'Hawaï et Carl Lipo de Long Beach en Californie, se prêtent à un test grandeur nature. Selon eux, les statues auraient été déplacées debout, par un mouvement de balancier régulé par des tireurs de cordes, avec parfois des ratés, d'où les restes de statues brisées.

Des statues qui ressemblent aux Incas

Le consensus général estime que la première vague de colonisation est partie des îles Marquises. Selon la principale légende rapanuie, peuple autochtone, un roi déchu, Hotu Matua, est venu s'installer sur l'île avec son épouse Avareipua, après que sept éclaireurs l'eurent découverte. Il emmena hommes, femmes et enfants ainsi que des vivres. Par la suite, les Rapanuis ont immortalisé les premiers découvreurs de l'île en représentant sept moaïs à leur effigie. Ceux-ci sont disposés sur l'Ahu Akivi, la seule plate-forme sacrée construite dans les terres et non sur le rivage. Orientés vers la mer, ils regarderaient symboliquement en direction de leur île polynésienne natale.

Qui sont les habitants de l'île ? Des analyses génétiques effectuées sur des squelettes prouvent qu'ils sont identiques à la population polynésienne actuelle. Pourtant, un détail intrigue. Pourquoi les statues ressemblent-elles aux Incas ? Celles-ci représentent des personnes aux longues oreilles, aux nez fins, dotées de coiffes rouges, des caractéristiques qui appartiennent à la civilisation inca et non aux Polynésiens. Jean-Hervé Daude, chercheur québécois, pense que l'influence inca aurait été minimisée à tort sur la base de préjugés concernant leur capacité de navigation. Des Sud-Américains ont bien foulé le sol de l'île de Pâques. C'est le cas de Tupac Yupanqui, qui aurait atteint l'île au XVe siècle. Toujours selon Daude, son armée était accompagnée d'Orejones, une troupe d'élite, coiffés d'un turban et aux lobes d'oreille allongés. Ainsi, deux peuples se partageaient l'île. La tradition orale mentionne la présence des "courtes oreilles", qui seraient d'origine polynésienne, et des "longues oreilles", d'origine inca. Si l'empreinte inca est perceptible dans les vestiges des ouvrages de pierre, elle ne l'est plus dans la population. Les Incas sont arrivés sans femmes. En s'intégrant au groupe polynésien, ils ont perdu leur langue et leurs caractéristiques génétiques. Mais le mystère plane toujours.

Prisonniers de leur île après avoir dilapidé les ressources

Une autre énigme persistait à propos du paysage totalement dénudé. Lorsque le 5 avril 1722, jour de Pâques, le navigateur hollandais Jacob Roggeveen visite pour la première fois l'île, il n'y a pas d'arbres et donc aucun moyen de fabriquer des rondins, des plates-formes roulantes et des leviers. Depuis, l'analyse pollinique a démontré qu'une forêt recouvrait la région par le passé. De cette forêt millénaire, les Pascuans avaient donc tiré le bois indispensable pour faire tourner l'industrie des moaïs. Une autre partie servait de combustible, aggravant ainsi la déforestation de l'île, amorcée vers l'an 800 après J.-C. Bien qu'imprécise, l'élaboration des moaïs aurait débuté vers 850 après J.-C. Basées à l'origine sur le culte des ancêtres et du mana (puissance spirituelle), elles sont devenues, au fil du temps, un symbole de puissance tribale. Une douzaine de clans vivaient sur l'île. Une compétition s'était instaurée. C'était à celui qui érigerait la plus monumentale. Vers le XVIe siècle, les os de dauphins disparaissent des restes de repas. Hypothèse la plus probable : les gros arbres servant à la construction de bateaux ont disparu, mettant un terme à cette pêche. Prisonniers de leur île, après avoir dilapidé massivement leurs maigres ressources naturelles, les Pascuans auraient porté le coup de grâce à leur civilisation.

L'hypothèse d'un gigantesque El Niño

Cette thèse caricaturale est très controversée. Les habitants constituaient, certes, des tribus guerrières, anthropophages, qui se livraient aux sacrifices humains, mais ils ne passaient pas leur temps à mettre leur territoire à feu et à sang. Ils ont bâti sur l'île la plus isolée du monde, à 4 000 km des côtes, là où personne d'autre qu'eux-mêmes n'est allé, une civilisation remarquable et bien adaptée à son environnement. Quelle folie collective aurait pu pousser ce peuple de marins à se détruire, une hache à la main ? Si beaucoup de statues gisent, brisées, face contre terre, la casse liée au transport n'explique pas tout. Certaines têtes gigantesques sont à peine ébauchées, d'autres inachevées, comme si les sculpteurs avaient été contraints d'abandonner brutalement leur ouvrage pour des raisons que l'on ignore. Une chose est sûre : l'action unique de l'homme n'explique pas tout. D'après les vestiges archéologiques, la biodiversité s'est sensiblement amenuisée au cours d'une courte période, entre 1650 et 1722. L'hypothèse la plus plausible est qu'une sécheresse drastique, provoquée peut-être par un gigantesque El Niño, s'est abattue sur l'île, provoquant la destruction des récoltes et la disparition des poissons côtiers, du fait du réchauffement des eaux. La végétation, originaire d'une région de Polynésie plus humide et fragilisée par les hommes, n'aurait pas résisté au stress hydrique et thermique.

Les idoles abattues

Les habitants de l'île auraient alors imploré les dieux et construit des moaïs de plus en plus nombreux et de plus en plus démesurés. La statue la plus gigantesque, sculptée sur plus de 30 mètres de long, est encore sertie dans la roche et aurait pesé jusqu'à 270 tonnes. Se rendant compte que la pluie ne venait pas, ils se seraient révoltés en abattant eux-mêmes leurs idoles dans un déchaînement collectif brutal plongeant l'île dans le chaos. Face à la raréfaction des ressources, des guerres de clans ont dû éclater. La production des grandes statues aurait d'ailleurs cessé brusquement à cette période. Hervé Claude est convaincu que la présence simultanée de l'homme et d'une multitude de rats polynésiens a empêché l'île de Pâques de se remettre des conséquences du dernier grand El Niño. Ces deux-là auraient consommé les noix de palmiers de plus en plus rares, empêchant la forêt de se régénérer. Victimes de la famine, les Pascuans ont dû faire face à des conditions extrêmes de survie. Les récits des premiers explorateurs décrivent un paysage stérile et une population exsangue. En 1786, La Pérouse tente d'implanter un élevage de porcs et de chèvres, et de semer quelques graines, mais l'expérience échoue, tous les animaux sont mangés par la population. Dans ce chaos, le culte de l'homme-oiseau remplace celui des moaïs. Une écriture se met en place, le Rongo-Rongo, sous la forme de tablettes de bois sur lesquelles sont gravées des signes.

Le mystère des tablettes

En débarquant sur l'île de Pâques, les Occidentaux n'ont pas seulement apporté de bonnes graines, mais aussi des virus redoutables comme la syphilis et la tuberculose. Le glas de la population sonne en 1862, quand des bateaux viennent enlever hommes et femmes pour les revendre comme esclaves en Amérique du Sud. En 1868, le capitaine français Jean-Baptiste Dutrou-Bornier s'y installe et asservit les survivants. Beaucoup s'exilent en Polynésie française. En 1877, il n'y a plus que 111 âmes. La civilisation de l'île de Pâques est morte à ce moment-là. Des centaines de tablettes qui ont dû exister, il n'en reste plus que 21. Les uns disent que les missionnaires les auraient brûlées, les autres qu'elles ont été cachées justement pour les sauver. Qui croire ? La plus belle collection est celle du musée de Braine-le-Comte, en Belgique. Outre ces plaquettes, on a retrouvé des pétroglyphes dont la signification précise est perdue mais dont la répétition des symboles rappelle les hymnes généalogiques polynésiens : "Les oiseaux ont copulé avec les poissons et ainsi ont été engendrés les premiers hommes." Certaines dalles de pierre sont sous clé au Vatican. Les ordinateurs les plus puissants ont été incapables de déchiffrer l'écriture Rongo-Rongo. Les grands prêtres qui détenaient le savoir de la culture ancestrale sont morts. L'île, aujourd'hui possession chilienne, compterait une trentaine d'authentiques Pascuans de souche. À peine un cinquième des sites archéologiques a été exploré sérieusement.

Par NATHALIE LAMOUREUX
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lundi 19 novembre 2018

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