• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Les Démons et Esprits Maléfiques

Dmons-et-Esprits-Malfiques

Les démons et esprits maléfiques des mythes et folklores du monde entier reflètent toutes les peurs et les angoisses des hommes. D’une variété considérable, monstres, dragons, hybrides semi-humains, géants, nains, diables et démons livrent un combat perpétuel contre les dieux.

Certains sont même sans forme, comme les oni du Japon qui servent des divinités chthoniennes et passent pour être responsables des tempêtes.

En Ecosse, les légendaires kelpies hantent les étangs, prêts à attirer au fond de l’eau les voyageurs imprudents.

Dans le christianisme, le démon devient un ange déchu, capable de dévoyer les hommes pour les mettre au service de son maître : Satan. Appelé aussi Lucifer (Porteur de lumière en latin), du nom qu’il portait avant sa déchéance, il est très puissant, intelligent, beau, orgueilleux, séducteur, rusé, rebelle à toute loi, fourbe et pervers. C’est le " Prince de ce monde " comme Jésus le nomme.

L’idée d’un salut final de Satan remonte à Origène ; mais elle est tenue pour hérétique et condamnée par le concile de Constantinople II, car Satan n’a pas été rejeté par Dieu : il s’est au contraire séparé de lui. Dieu ne peut pardonner à qui ne demande pas le pardon. Le premier engagement libre de la volonté de Satan est définitif, son péché est irréversible ; il « est irrémédiable parce qu’il l’a commis sans que personne le lui eût suggéré, sans qu’il eût non plus quelque penchant au mal lui venant d’une suggestion antérieure : d’aucun péché de l’homme on ne peut en dire autant ». (Thomas d’Aquin)

Les Yezidi, Kurdes du djebel Sindjar (Irak), qui pratiquent une religion curieusement syncrétiste associant des éléments juifs, chrétiens, musulmans et païens, sont appelés, par les musulmans, "Adorateurs d’Iblis" (le diable) car ils croient à sa réhabilitation : repentant, ce dernier a éteint l’enfer avec ses larmes.

Au XIXe siècle, Satan est présenté comme le symbole de la révolte et de la liberté, la liberté absolue ne pouvant être qu’une revendication de soi contre Dieu.
De manière symétrique, certains chrétiens condamnent toute revendication de liberté comme satanique, et même, à la fin du siècle, une hostilité vis-à-vis de la franc-maçonnerie leur fait assimiler cette dernière à une contre-Église satanique.

Selon Freud, "le diable n’est pas autre chose que l’incarnation des pulsions anales érotiques refoulées".

Les démons sont innombrables et invisibles : chaque humain en 1 000 à sa droite et 10 000 à sa gauche (Talmud de Babylone, traité Berakoth 6a).

Ils habitent de préférence les lieux isolés et impurs, le désert, les ruines.

Ils sont à redouter, surtout la nuit. Ils s’attaquent aux bêtes comme aux hommes.

Ils sont cause des maladies physiques et des troubles psychiques, ils font naître des passions désordonnées, ils provoquent la colère et attisent la jalousie.

Les démons sont tentateurs.

Dès l’origine, sous la forme du serpent, Satan séduit Eve. Il lui dit : « Est-il vrai que Dieu vous a dit « Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ». Le serpent ajouta : « Il est faux que vous mourrez. Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux ». (Genèse 3, 1 5)

La tentation est grande pour les hommes d’utiliser la puissance des démons : Merlin l’Enchanteur, Robert le Diable, Tannhäuser et Faust nouent des alliances avec eux et tirent de ces contrats des pouvoirs merveilleux (Goethe utilise dans Faust le démon médiéval Méphistophélès (celui qui hait la lumière).

Toutes les pratiques magiques sont illicites, funestes et vaines.

Celui qui prétend faire appel à des puissances supérieures, toujours démoniaques, pour utiliser leurs pouvoirs prend un grand risque. En effet il n'est pas au pouvoir de l'homme de commander aux démons. Seul Dieu (et celui qui est mandaté par Lui) le peut. Par conséquent, celui qui s'imagine se servir d'eux est dans l'illusion ; les démons ne lui obéissent pas, ils y condescendent momentanément. Et il y a un prix à payer pour la prestation de services…

Lorsque le sorcier fait explicitement appel aux démons, ceux-ci peuvent donner à son action une efficacité particulière, dite praeter-naturelle, à cause de leur puissance angélique toujours intacte. D'où les prodiges subjectifs (hallucinations) ou sensoriels (bruits, apparitions diverses) qui accompagnent certains sortilèges.

Le Dragon Symbolisme et Mythes

Vivant dans les entrailles de la Terre, doté d’un corps de lézard, d’une queue de serpent, d'ailes d'aigle, de griffes de lion et de poumons crachant le feu, le dragon (du grec dracôn = serpent géant) symbolise à lui seul les 4 éléments de la tradition occidentale, ainsi réunis en une seule créature capable d'inspirer les plus épouvantables cauchemars.
Il offre des significations contradictoires et exprime le paradoxe qui réside au cœur même de la vie l'interdépendance de la lumière et des ténèbres, de la création et de la destruction, du masculin et du féminin.
Mais, plus que ces opposés, le dragon personnifie la source unique dont ils tirent leur origine. II n'est ni bon ni mauvais en lui-même : il symbolise l'énergie primordiale du monde matériel (le chaos des origines) qui peut être indifféremment utilisée pour le Bien ou pour le Mal (le bon ou le mauvais côté de la Force).
Le dieu babylonien Mardouk attaque Tiamat, la Mer salée qui, sous la forme d'un dragon-serpent, symbolise le chaos primordial qu'il doit vaincre avant d'ordonner l'univers. Les armes de Mardouk sont la foudre, la massue et le filet (Texte Enuma Elisha, v. 2000 av. J.-C.).
Avant même la grande lutte qui opposa Mardouk à Tiamat, le dieu sumérien Enki, dieu de la mer, avait dû livrer un assaut redoutable contre un monstre du nom de Kur qui avait enlevé une déesse du nom d'Ereshkigal. Le dieu Enki arma un bateau et livra combat au monstre sur les eaux. Kur jeta pierre sur pierre contre la barque divine, déchaîna contre l'esquif les eaux de la mer primordiale mais en vain : Enki finit par arrêter ces assauts et par délivrer la déesse. (Récit du IIIe millénaire avant J.-C.).
Le dieu-solaire égyptien mène un combat quotidien contre le dragon des ténèbres Apophis. Cette lutte est relatée dans un livre étrange, le Livre de l'Am Douat (ou Livre du monde inférieur), qui décrit le parcours souterrain du soleil pendant les heures de la nuit.
Selon un mythe hittite, Teshub, le dieu de l'Orage et un compagnon (peut-être son fils) attaquent le dragon Illuyanka et déversent sur lui des torrents de grêle. D'abord vaincu par le monstre, le dieu finira cependant par triompher.
On peut rattacher l'image biblique de la baleine rejetant Jonas à la symbolique du dragon, monstre qui avale et recrache sa proie, après l'avoir transfigurée. Cette image d'origine mythique solaire représente le héros englouti dans le dragon obscur. Le monstre vaincu, le héros conquiert une éternelle jeunesse. Son voyage aux enfers accompli, il remonte du pays des morts et de la prison nocturne de la mer vers la lumière.
Dans tous les textes hébraïques, le dragon est assimilé au mal ou à la mort (le prophète Daniel tue le dragon qui protège le dieu Mardouk des Babyloniens (Daniel 14,23-32) ; le christianisme héritera de cette symbolique.

Les Dragons de l’Occident

En Occident, le dragon représente la nature primitive sauvage, de l'homme, qui doit être dominée par la force et l'autodiscipline dans le christianisme, il personnifie la puissance de Satan et du monde souterrain, vaincue par l'archange Michel.
Avec l'association du serpent à Satan, le Tentateur, le christianisme a fait du dragon un symbole effrayant du chaos, de la force destructrice aveugle, du Mal intrinsèquement lié au monde de la matière.
Le Christ lui-même est parfois représenté foulant aux pieds les dragons qui représentent l'armée de Lucifer opposée à l'armée des anges de Dieu.
Georges triomphant du dragon, symbolise la victoire de l'esprit sur la matière, du Bien sur le Mal, de la lumière divine (figurée par la lance) sur les ténèbres infernales.
Marguerite (ou Marina) s’échappe d’un dragon qui l’a avalée (elle perce le dos du monstre avec une croix) et Marthe en soumet un autre : Jacques de Voragine affirme dans La Légende dorée que c’est à Marthe, venue des Saintes-Maries-de-la-Mer, et patronne de Tarascon, qu’il faut attribuer le mérite d’avoir débarrassé la région de la monstrueuse Tarasque ; elle la neutralisa en lui présentant la croix et en l’aspergeant d’eau bénite, avant de la livrer à la fureur de la foule qui la lapida.
Au Moyen Age, le dragon est le gardien jaloux d'un trésor (la sagesse spirituelle) ou le geôlier impitoyable d'une jeune vierge (la pureté) prisonnière dans son antre souterrain.
Par extension, le dragon en est venu logiquement à symboliser, dans la civilisation occidentale, le monde des émotions et les profondeurs insondables de l'inconscient.
Il figure l'animal tapi à l'intérieur de nous, les énergies primitives qui, si nous les libérions, nous ramèneraient immanquablement au niveau des bêtes.
Pour les Grecs et les Romains, les dragons possèdent la faculté de comprendre les secrets de la terre et de les transmettre aux mortels, et l'animal figure fréquemment sur les étendards romains.
Un féroce dragon sévit dans le poème épique anglo-saxon "Beowulf" (VIIIe siècle). Le dragon crache du feu et possède des ailes lui permettant de voler dans la nuit. La mort du roi danois Beowulf, empoisonné par le souffle venimeux, fait écho à celle de Thor qui, à la dernière bataille du Ragnarok, tue le Serpent du Monde mais succombe ensuite à son venin.
Les guerriers celtes qui envahissent l'Angleterre choisissent, pour leur part, le dragon comme emblème héraldique, symbole de souveraineté. Le dragon figure sur les boucliers des tribus teutoniques qui envahissent tour à tour l'Angleterre et, jusqu'au XVIe siècle, sur les pavillons de guerre des rois d'Angleterre ainsi que sur les armoiries traditionnellement portées par le prince de Galles.
Le dragon rouge est l'emblème du Pays de Galles. Le Mabinogi de Lludd et Llewelys raconte la lutte du dragon rouge et du dragon blanc, ce dernier symbolisant les Saxons envahisseurs.
Finalement les deux dragons, ivres d'hydromel, sont enterrés au centre de l'île de Bretagne, à Oxford, dans un coffre de pierre. L'île ne devrait subir aucune invasion tant qu'ils n'auront pas été découverts. Le dragon enfermé est le symbole des forces cachées et contenues : les deux faces d'un être voilé. Le dragon blanc porte les couleurs livides de la mort, le dragon rouge celles de la colère et de la violence. Les deux dragons enterrés ensemble signifient la fusion de leur destin. La colère est tombée, mais les dragons pourraient resurgir ensemble. Ils demeurent comme une menace, une puissance virtuelle, prompte à se lancer contre tout nouvel envahisseur.
Les Scandinaves ornaient la proue de leurs navires d'une sculpture représentant un dragon (drakkar).
Un récit scandinave raconte que le dragon Fafnir est tué par le jeune héros Sigurdr le Vôlsungr. Sigmundr, père de Sigurdr, est l'un des plus valeureux héros d'Odin (en fait, il pourrait bien être le tueur du dragon, le nom de Sigurdr n'étant pas mentionné dans les sources anciennes). Ce même récit réapparaît plus tard dans la tradition germanique avec Siegfried pour héros.
La geste de Sigurd est le plus ancien texte épique de la poésie nordique. Ses racines historiques sont établies : le prototype de Sigurd est le roi mérovingien Sigebert qui avait pour épouse Brunehaut, modèle probable de la Brunehilde de l'épopée. L’œuvre sous sa forme la plus ancienne fut écrite au Xème siècle et reprise par la suite, à partir du XIIème, en Scandinavie et en Germanie.
Dans les contes serbes et russes, le dragon est « le Serpent flamboyant ». II a des liens avec le feu, l'eau et les montagnes, c'est-à-dire avec les frontières de l'Autre Monde.
En Russie préchrétienne, on croit que les éclairs sont des dragons et on les associe au dieu du tonnerre Perun.
L'Epopée de Dobrynia, vainqueur du dragon, exprime sous une forme allégorique la conversion de la Russie (à la fin du Xe siècle).
Le dragon slave apparaît habituellement comme un ravisseur de femmes, soit une femme proche du héros, qui est transportée dans l'Autre Monde, soit des jeunes filles qu'il terrorise. Il joue également le rôle de gardien du pont en bois de tremble qui enjambe une rivière tumultueuse et mène à l'Autre Monde. Dans un cas comme dans l'autre, le héros doit vaincre le monstre et, au moment opportun, délivrer la prisonnière. Avant d'essayer de décapiter le dragon, il doit ignorer les railleries et lutter contre une irrésistible envie de dormir.
Les chansons serbes et bosniaques sur "Zmaj Ognjeni Vuk" (le dragon-loup de feu) font le lien entre un loup-garou et un roi du XVe siècle : Vuk le Tyran. Les chansons rapportent qu'il est né avec une tache de vin (une marque rouge en forme de sabre sur son épaule droite) et des touffes de poils de loup, et qu'il crache le feu. Grandissant à une vitesse prodigieuse, il devient un guerrier, et il est seul capable de vaincre le dragon (peut-être parce que dragon lui-même).
Le dragon nous apparaît essentiellement comme un gardien sévère ou comme un symbole du mal et des tendances démoniaques.
Il est en effet le gardien des trésors cachés, et comme tel l'adversaire qui doit être vaincu pour y avoir accès. C'est en Occident le gardien de la Toison d'or et du Jardin des Hespérides ; en Chine, dans un conte des T'ang, celui de la Perle.
La légende de Siegfried confirme que le trésor gardé par le dragon n'est autre que l'Immortalité. Mais ces aspects négatifs ne sont pas les seuls, ni les plus importants.
Le symbolisme du dragon est ambivalent, ce qu'exprime d'ailleurs l'imagerie extrême-orientale des deux dragons affrontés, qu'on retrouve dans l'art médiéval, et plus particulièrement dans l'hermétisme européen et musulman, où cet affrontement prend une forme analogue à celle du caducée.
C'est l'alliance des contraires, la neutralisation des tendances adverses, du soufre et du mercure alchimiques (alors que la nature latente, non développée, est figurée par "l'ouroboros", le dragon qui se mord la queue).
En alchimie, le dragon est le symbole du mercure philosophal.
Deux dragons qui se combattent désignent les deux matières du Grand Œuvre, l'un est ailé et l'autre pas, pour signifier la fixité de l'une, la volatilité de l'autre. Lorsque le soufre, fixe, a changé en sa propre nature le mercure, les deux dragons font place à la porte du jardin des Hespérides, où l'on peut cueillir sans crainte les pommes d'or...

Les Dragons de l’Orient

En Orient, où l'accent est toujours été mis sur les aspects positifs de cette énergie, le dragon est traditionnellement appréhendé comme la synthèse des caractères bénéfiques des éléments.
Unissant l'eau (écailles, forme reptilienne), la terre (caverne) et l'air (ailes, souffle), il représente l'union de la matière et de l'esprit.
Le dragon comporte des aspects divers en ce qu'il est animal aquatique, terrestre (voire souterrain), et céleste à la fois ; ce en quoi on a pu le rapprocher de "Quetzalcoatl ", le serpent à plumes des Aztèques.
En réalité, il ne s'agit que d'aspects distincts d'un symbole unique, qui est celui du principe actif et démiurgique : puissance divine, élan spirituel.
Symbole céleste en tout cas, puissance de vie et de manifestation, il crache les eaux primordiales ou l’œuf du monde, ce qui en fait une image du Verbe créateur.
Principe K'ien, origine du Ciel et producteur de la pluie, il est la nuée qui se déploie au-dessus de nos têtes et va déverser ses flots fertilisants.
Si le symbolisme aquatique demeure évidemment capital, si les dragons vivent dans l'eau, font naître des sources, si le Roi Dragon est un roi des nâga (mais il s'identifie, ici encore, au serpent), le dragon est surtout lié à la production de la pluie et du tonnerre, manifestation de l'activité céleste.
Unissant la terre et l'eau, il est le symbole de la pluie céleste fécondant la terre.
Les danses du dragon, l'exposition de dragons de couleur appropriée permettent d'obtenir la pluie, bénédiction du ciel.
En conséquence le dragon est signe de bon augure, son apparition est la consécration des règnes heureux. Il arrive que, de sa gueule ouverte, sortent des feuillages : symbole de germination.
La montée du tonnerre, qui est celle du yang, de la vie, de la végétation, du renouvellement cyclique, est figurée par l'apparition du dragon, qui correspond au printemps, à l'Est, à la couleur verte.
Le dragon s'élève dans le ciel à l'équinoxe de printemps et s'enfonce dans l'abîme à l'équinoxe d'automne ; ce que traduisent les positions des étoiles kio, et takio, Epi de la Vierge et Arcturus, les cornes du dragon.
Astronomiquement, la tête et la queue du Dragon sont les nœuds de la lune, les points où ont lieu les éclipses : d'où le symbolisme chinois du dragon dévorant la lune et celui, arabe, de la queue du Dragon comme région ténébreuse.
Mais l'ambivalence est constante : le dragon est yang comme signe du tonnerre, du printemps, de l'activité céleste ; il est yin comme souverain des régions aquatiques. Yang en ce qu'il s'identifie au cheval, au lion (animaux solaires), aux épées ; yin en ce qu'il est métamorphose d'un poisson ou s'identifie au serpent. Yang comme principe géomantique ; Yin comme principe alchimique (mercure).
L'axe des dragons, dans le thème astrologique, est aussi nommé axe de destinée.
La tête du dragon, qui indique le lieu du thème où doit se construire le foyer de l'existence consciente, est opposée à la queue du dragon, qui brasse toutes les influences venues du passé, le karma dont il faut triompher. Ces deux parties du dragon sont également appelées nœuds lunaires, nord et sud ; il s'agit des points ou la trajectoire de la lune croise celle du soleil.
En Inde, il est principe primordial et s'identifie à Agni ou à Prajapâti. Le Tueur de Dragon est le sacrificateur qui apaise la puissance divine et s'identifie à elle. Le dragon produit le soma, qui est breuvage d'immortalité. Indra, roi des Cieux, tue Vitra, le dragon des eaux, pour libérer la pluie.
En Chine, Tchouang-Tseu enseigne que la puissance du dragon est chose mystérieuse : elle est la résolution des contraires. C’est pourquoi Confucius vit, selon lui, en Lao-Tseu la personnification même du dragon. Par ailleurs, si le dragon-soma procure l'immortalité, le dragon chinois y conduit également : les dragons volants sont les montures des Immortels. Houang Ti, qui avait utilisé le dragon pour vaincre les tendances mauvaises, monta au Ciel sur le dos d'un dragon. Mais il était lui-même dragon, de même que Fou-hi ou Fuxi, le souverain primordial (2852-2737 av. J.-C.), qui avait torse humain et corps de poisson.
Dans cette Chine, où il draina la Terre au début des temps, le dragon accompagne les saisons. Il est le principe K’ien, origine du Ciel et producteur de la pluie et l'on croyait autrefois que les images de dragons portant des perles (le tonnerre) pouvaient amener la pluie. Son sang est noir et jaune, couleurs primordiales du Ciel et de la Terre. Les 6 traits de l'hexagramme k'ien, qui figurent traditionnellement les 6 six étapes de sa manifestation, sont 6 dragons attelés.
La semence du dragon, déposée dans les entrailles de la terre, est devenue jade.
Les 5 griffes de Lung, le dragon impérial chinois, représentent les 5 éléments de la tradition extrême-orientale (eau, feu, bois, métal, terre). Elles rappellent l'autorité que l'empereur, représentant du Ciel, était supposé exercer sur la totalité du monde. Puissance céleste, créatrice, ordonnatrice, le dragon était le symbole de l'empereur. Yu le Grand (2205-2197 av. J.-C.), fondateur mythique de la dynastie des Xia, aurait été à l'origine un dragon (ou fut conseillé par un dragon), et chaque empereur était considéré comme l'incarnation de cet animal.
Il est remarquable que ce symbole du pouvoir s'applique non seulement en Chine, mais aussi chez les Celtes (le légendaire Roi Arthur était le fils d’Uter Pendragon = Uter à tête de Dragon), et qu'un texte hébreu parle du Dragon céleste comme d'un roi sur son trône. Il est associé à la foudre (il crache du feu) et à la fertilité (il amène la pluie). Il symbolise ainsi les fonctions royales et les rythmes de la vie, qui garantissent l'ordre et la prospérité.
En Orient, le dragon sortant de la mer ou du fleuve est associé à l'acquisition de la connaissance et à l'esprit créateur alors qu'en Occident, on y voit le symbole du surgissement brutal des énergies maléfiques de l'inconscient.
Au XIIIe siècle, Phajo Drugom Shigpo fait de l'école Drug-pa Kagyu-pa du bouddhisme Mahayana, l'école dominante. La lignée Drug-pa Kagyu-pa, qui appartient au véhicule de Diamant, signifie « lignée du dragon Kagyu-pa » ; ses enseignements sont magnifiquement exposés dans Vie et Chants de Drug-pa Kun-Legs le Yogin qui vécut au XVe siècle, et dont le nom signifie « Beau Dragon ». Il est vénéré au Bhoutan, près du Tibet (le Bhoutan étant "Druk Yul" : Pays du Dragon). Le Bhoutan est un royaume dont le souverain est "druk gyalpo" (roi-dragon). Le dragon en est le symbole national.
Le patriarche zen Houei Nêng fait des dragons et des serpents les symboles de la haine et du mal.
Le terrible Fudo Myô-o nippon, le plus important des « rois de sagesse », dominant le dragon, vainc par là même l'ignorance et l'obscurité.

Les Démons Babyloniens

Certaines civilisations anciennes, notamment celles d’Egypte et de Babylone, pensent que certains démons sont responsables du fonctionnement des organes et qu’ils provoquent certaines maladies. La religion babylonienne a une démonologie compliquée, et l’on y pratique des exorcismes nombreux pour délivrer les personnes, les choses, les lieux ensorcelés ; ces rites essentiellement magiques constituent une part importante de la médecine. Les démons babyloniens sont les enfants de la Terre et du Ciel. Ils ne peuvent être reconnus ni par les dieux ni par les hommes, car ils sont entourés d’un halo qui les rend invisibles. Ils sont brillants comme des étoiles, mais sales et puants. Ils détruisent la force sexuelle de l’homme. Ils pénètrent partout subrepticement, comme des serpents, enlèvent l’épouse à son mari, séparent le fils du père. Ils se nourrissent de sang et sécrètent un venin redoutable. Le démon Alû n'a pas de bouche, pas de membres, pas d'oreilles, pas de visage. Il tombe sur l'humain comme un mur, de préférence la nuit, et lui lie bras et jambes, langue et âme. Il est à l'origine de la maladie, appelée « main du démon Alû », caractérisée par une somnolence avec bourdonnements d'oreille. Démon de l'ouragan, il peut se présenter sous la forme d'un taureau écumant. Sorti de l'enfer (arallû) comme Gallû, il est, comme lui, assimilé aux spectres qui sortent des tombeaux. Mutu, démon de la mort et de la maladie, est combattu avec des simulacres de cire et de faïence. Idpa est le démon de la fièvre. Namtar « saisit l’homme par les cheveux ». Serviteur d’Allat, la déesse des Enfers, il est le démon de la peste. La démone Lamashtu ou Labartu (akkadien), ou encore Dimme (sumérien), fille du dieu An, est également considérée comme une déesse. Stérile, elle provoque des fausses couches et kidnappe les nourrissons pendant l'allaitement ainsi que les jeunes enfants. Elle boit le sang des hommes et consomme leur chair. Elle donne des cauchemars, empoisonne les eaux et apporte la maladie. Elle est représentée, juchée sur un âne, avec une tête de lionne, des serres en guise de pieds, un serpent (parfois à 2 têtes) dans chaque main, allaitant un cochon à son sein droit et un chien à son sein gauche. On utilise, pour la tenir éloignée des malades, des femmes enceintes et de leur nourrisson, des représentations du démon Pazuzu, son époux, sous forme d'amulettes, de plaques de bronze ou de statuettes. De nombreuses incantations et prières servent à la chasser ou à attirer ces faveurs. Lamashtu sera confondue avec Lilith, autre démon femelle, avec lequel elle partage de nombreux points communs. Pazuzu, fils du dieu Hanpa (ou Hanbi) et époux de Lamashtu, est le roi des démons du vent (pour les Sumériens, il commande particulièrement le vent du sud-ouest qui apporte la malaria, la sécheresse et la famine pendant la saison sèche et des inondations pendant la saison humide). Il est souvent représenté avec le corps d'un homme mais avec la tête d'un lion ou d'un chien, avec des griffes à la place des pieds, 2 paires d'ailes, une queue de scorpion et un pénis en forme de serpent. Il a la main droite levée, et la main gauche baissée, ce qui symbolise la vie et la mort, la création et la destruction. Il protège les humains contre la peste et les forces mauvaises.

Les Raksasas de l’Inde

Ce sont des dieux déchus ou des hommes « grands pécheurs » condamnés à assumer pour un temps la fonction démonielle : le raksasa s’acharne à découvrir celui qui doit le remplacer et, pour cela, à détourner les hommes du droit chemin.
Ils ont tantôt des allures séduisantes, tantôt des formes horribles : chevaux, tigres, lions, buffles, monstres à cent têtes et à de nombreux bras.
Les sacrifices sont troublés par leur présence ; on leur jette une portion de riz pour les apaiser et ils viennent la chercher sous la forme d'oiseaux.
Ils pénètrent les cadavres abandonnés, en mangent la chair, et les animent ensuite pour répandre le mal autour d’eux.
Le chef des raksasas est Ravana, un énorme géant avec dix têtes et vingt bras ; il sera tué par le dieu Rama.
Les Indiens ont nommé raksasas des races de peuples voleurs, et entre autres ceux de l'île de Ceylan et de la partie méridionale de la presqu'île. Les esprits et les êtres démoniaques constituent un élément important de l’hindouisme.
Les textes sacrés hindous, appelés Veda, composés vers 1000 av. J.-C., décrivent divers êtres démoniaques, notamment les asuras et les pani, qui tourmentent les gens et œuvrent contre les dieux hindous.
En sanscrit, le mot asura signifie littéralement "vivant".
Primitivement, le nom d'Asura était donné à l'Etre suprême, à l'intelligence supérieure, qui est la cause et l'origine de tout ; on l'appliqua ensuite au dieu Mithra.
Bizarrement, les Aryas attachèrent peu à peu à ce nom un sens tout aussi défavorable que celui que prit insensiblement le daimôn des Grecs, devenu notre démon ; et les asuras ne furent plus, dans la mythologie hindoue, que de mauvais esprits contre lesquels ont à lutter les hommes et les dieux.
De même, les Iraniens donnèrent au mot deva (qui signifie « dieu » chez les Aryas de l'Inde), l'acception de démon, diable, qui s'est conservée intacte dans le persan moderne "div".
Le Sittim, démon de forme humaine, vit dans les bois.

Les Kouei Chinois

Les kouei sont des êtres répugnants, de grande dimension, au visage noir ou vert, portant de grandes dents longues et aiguisées, couverts de poils très longs sur toute la figure.
Ils errent dans les lieux corrompus et les ordures, se changent en démons de l’eau et entrent dans la respiration des hommes pour introduire en eux des matières nuisibles et mortelles.
Les maladies, les accidents et les catastrophes sont leurs œuvres. Il convient de les apaiser par des exorcismes et des sacrifices. Rarement, cependant, ils deviennent favorables aux humains.
Ils sont l’incarnation des p’o, esprits mauvais qui investissent les cadavres quand ces derniers sont libérés de leurs âmes supérieures.
On les confond souvent avec les esprits des morts, surtout de ceux qui sont décédés par accident, suicide ou meurtre. Tch’e-yeou est un démon célèbre. Il a un corps d’homme, des pieds de taureau, quatre yeux et six mains. Sa tête est faite de cuivre et son front de fer. Il a inventé les armes et se plaît à la guerre. Dans la légende, il combattit longtemps Houang-ti, l’empereur jaune, mais fut vaincu par lui. On en a fait une image pour inspirer la terreur. Tch'eng-Houang est l’un des plus puissants démons chinois. Il oblige les hommes à lui rendre un culte sous menace de représailles. Yen-Vang est le roi de l'enfer. Il exerce des châtiments horribles sur ceux qui n'ont rien à lui offrir. A Taiwan, les Yeou-Ying-Kong sont les protecteurs des prostituées.

Les Tengu Japonais

Etroitement liés aux montagnes, les tengu surgissent subitement. Ils ensorcellent les êtres humains et possèdent des pouvoirs magiques : ils changent d’apparence, se téléportent, peuvent se rendre invisibles, parlent sans ouvrir la bouche et s’introduisent dans les rêves. Ils enlèvent les enfants, sèment la discorde, font s’écrouler les bâtiments, troublent les cérémonies religieuses et même incendient les temples.
Ils sont habituellement représentés sous forme de corbeaux ou d’oiseaux aux griffes puissantes mais aussi sous forme de lutins aux longs nez ou à becs de rapaces.
A la période d’Edo (à partir de 1603), on leur attribue un rôle complètement opposé à celui d’origine : aider à retrouver les enfants disparus et garder les temples (leurs effigies sculptés sont placées autour des lieux sacrés). Dans la mythologie japonaise, Bakou est un démon mangeur de songes. Goguis, démon sous forme humaine, accompagne les pèlerins dans leurs voyages.

Les Démons dans le Judaïsme et le Christianisme

L’ancien Orient donne un visage personnel aux mille forces obscures dont la présence est soupçonnée derrière les maux qui assaillent l’homme.
C’est pour les païens une tentation constante de chercher à se concilier les esprits mauvais en leur rendant un culte sacrificiel, en un mot, d’en faire des dieux.
Israël n’est pas à l’abri de la tentation. Abandonnant son créateur, il se tourne aussi vers les « autres dieux » (Deutéronome 13,3-7-14), autrement dit vers des démons (32,17), allant jusqu’à leur offrir des sacrifices humains (Psaumes 106,37). Il se prostitue aux satyres (Lévitique 17,7 ; Isaïe 13,21 et 34,13) qui hantent ses hauts lieux illégaux (2 Chroniques 11,15).
Les traducteurs grecs de la Bible systématisent cette interprétation démoniaque de l’idolâtrie, identifiant formellement aux démons les dieux païens (Ps 96,5 ; Baruch 4,7), les introduisant même dans des contextes où l’original hébreu ne parle pas d’eux (Ps 91,6 ; Isaïe 13,21 ; 65,3). Ainsi le monde des démons devient un univers rival de Dieu.
L’Ancien Testament leur voue des lieux maudits comme Babylone (Is 13) ou le pays d’Edom (Is 34).
Le rituel de l’Expiation ordonne de livrer au démon Azazel le bouc chargé des péchés d’Israël (Lévitique 16,10).
Autour de l’homme malade, on pressent des forces mauvaises qui le tourmentent. Primitivement des maux tels que la peste (Psaumes 91,6 ; Habaquq 3,5), la fièvre (Deutéronome 32,24 ; Ha 3,5) sont regardés comme des fléaux de Dieu. Il les envoie sur les hommes coupables, comme il envoie son esprit mauvais sur Saül (I Samuel 16,14-23 ; 18,10 ; 19,9) et l’Ange exterminateur sur l’Egypte, sur Jérusalem ou sur l’année assyrienne (Exode 12,23 ; 2 S 24,16 ; 2 Rois 19,35).
Le Livre de Tobie sait que ce sont les démons qui tourmentent l’homme (Tb 6,8) et que les anges ont mission de les combattre (Tb 8,3). Cependant, pour présenter le pire d’entre eux, celui qui tue, l’auteur ne craint pas de faire encore appel au folklore perse en lui donnant le nom d'Asmodée (Tb 3,8 ; 6,14). 1
La Bible parle de démons ou génies, comme d’esprits impurs, malfaisants et tentateurs.
Personnalisation de toutes les puissances maléfiques, ils revêtent souvent les visages des dieux étrangers : Bêelzéboul, l’ancien dieu-guérisseur d’Ekrôn (II Rois 1,2), Lilith (Isaïe 34,14), Asmodée (Tobie 3,8), Dagon, dieu phénicien de la fertilité (Juges 16,23 ; I Samuel 5,7), Nergal, dieu babylonien dont le culte s’établit en Samarie (D2 Rois 17,30), Adramélech et Anamélech dieux de Sépharvaïm (2 Rois 17,31).
Les démons ont un nom collectif (les Seirim) ou personnel (Lilith, Azazel, Abaddon, Asmodée, Beelzebul ou Belzébuth, etc.)

Lilith

Parfois donnée pour une fille maléfique d’Adam, premier homme de la tradition hébraïque, la démone Lilith semble dériver d’un esprit mésopotamien hantant le désert, de nature similaire et portant un nom de même consonance.
Lilith, également connue sous les noms de "Lilitu", "Lillake", "Belet-ili", "Belili", "Baalat", "Ardat-Lilli", est présente dans les mythes juifs, babyloniens, sumériens, arabes et même teutons.
Lorsque Dieu créa le monde et son jardin d'Eden, il décida de façonner l'Homme : il prit un peu de glaise afin de modeler le corps d'Adam, le fit cuire et lui insuffla le souffle de la vie. Adam vécut ainsi seul dans le Jardin d'Eden pendant un certain temps et observa les animaux tout autour de lui, constatant que chaque espèce était composée de mâles et de femelles, alors que lui était le seul être de son espèce. Ne comprenant pas pourquoi, il posa la question à Dieu, lui manifestant le souhait d'avoir une autre créature de son espèce. Dieu, reconnaissant la justesse de la demande de l'Homme décida de lui attribuer une compagne : il prit un peu de terre du Jardin et façonna la première femme : Lilith. Mais la terre était impure.
Lorsque se posa la question de l'autorité dans le couple, Adam voulut s'imposer comme chef de la famille mais Lilith refusa, arguant qu'elle avait été créée égale à lui. Ce conflit, auquel s'ajouta le courroux de Dieu devant la désobéissance de Lilith encouragea cette dernière à s'enfuir de l'Eden : elle invoqua le nom de l'Ineffable et reçut une paire d'aile qui lui permit de s'envoler hors du Jardin. Elle s'installa sur le bord de la mer Rouge où elle passa ses journées à s'accoupler aux démons.
Adam, le cœur brisé, prévint Dieu et lui demanda de lui ramener sa compagne. Dieu envoya 3 Anges pour convaincre Lilith de retourner auprès d'Adam mais elle refusa.
Les Anges décidèrent donc, pour la punir, de tuer 100 de ses fils (des démons) par jour. Désespérée par un châtiment si cruel, elle tenta de se suicider en se jetant dans la Mer Rouge. Mus par le remords, les 3 Anges décidèrent de lui accorder, en compensation, tout pouvoir sur les enfants nouveau-nés, pendant 8 jours pour les garçons et 20 pour les filles et un pouvoir illimité sur les enfants nés hors mariage. Cependant, elle devait s'engager à perdre ses prérogatives sur les enfants portant une amulette présentant l'image de ces anges, ce qu'elle accepta.
Dieu, n'ayant pu ramener Lilith, donna à Adam une nouvelle femme, Eve, qu'il créa à partir de la chair de l'homme afin qu'elle lui obéisse.
Mais Lilith vouait à cette nouvelle femme une jalousie haineuse et tenace. Elle épousa Samaël [l'Ange de la Mort, le Serpent de la tentation (Genèse 3, 1-5), condamné à ramper, fuyant et sournois, dont le venin est particulièrement redouté] à qui elle demanda de corrompre Adam et Eve afin qu'ils soient, eux aussi, chassés du Jardin d'Eden.
Ainsi, Adam goûta le fruit défendu et subit le même préjudice que Lilith qui se considéra vengée.
Une autre version fait d'elle le Serpent tentateur et non son époux, et une autre la présente comme la séductrice d'Adam après sa chute (de cette union seraient nés les mauvais esprits).
Lilith est la princesse des démones succubes (lilims) qui tentent les hommes et les enfants mâles dans leur sommeil. Jalouses, luxurieuses, impudiques et sanguinaires, elles tuent en grand nombre leur progéniture. Des théologiens ont distingué les succubes (tentatrices venant, la nuit, rejoindre les hommes) et les incubes (tentateurs rejoignant les femmes).
Lilith possède 180.000 servantes, toujours prêtes à envahir notre univers ; elles sortent la nuit et se nourrissent de pus et de vermine.
Les histoires démoniaques babyloniennes expliquent que Lilith n’était pas un démon à part entière mais simplement une humaine possédant un grand savoir et quelques pouvoirs spéciaux. Repoussé par les démons qui ne voulaient pas d'elle, elle profita de connaître leur nom pour les invoquer, signant ainsi quelques pactes qui lui permirent d'accroître ses pouvoirs. Ce n'est que plus tard qu'elle devint un démon à part entière, elle hantera les légendes et superstitions juives durant le Moyen Age.
Lilith est également connue sous le nom de Déesse Noire, apparenté à Empousa, fille d'Hécate, séduisant les hommes dans leur sommeil pour leur sucer le sang et dévorer leur chair. Dans l'astrologie, Lilith est associée à la Lune noire. Dans la nuit noire, gare à celui qui désire Lilith car elle s'emparera de lui, lui permettant de remplir le monde de sa descendance de démons. Son véritable domicile se trouverait dans les profondeurs de la mer, ce qui l’apparente aux sirènes.

Satan, Lucifer, le Diable, le Démon, le Malin, le Serpent, le Dragon, Léonard

En face des anges fidèles, la Bible présente les anges rebelles ayant à leur tête Satan (de l’expression hébraïque ha-satan = le satan ; dans Zacharie et dans le Livre de Job, il s’agit d’un nom commun, le satan (d'un verbe hébreu signifiant "accuser, s'opposer"), qui désigne un des anges serviteurs de Dieu, l’accusateur de l’homme, un espion rassemblant des renseignements sur les êtres humains lors de ses voyages terrestres ; ce n’est que dans les Chroniques qu’il devient un nom propre, celui de l'adversaire de Dieu) 16 ou Lucifer [celui qui « porte la lumière », c’est également le nom de Vénus (astre ou étoile du matin) et celui du roi de Babylone dans Isaïe (14,12)] ou le Diable (en grec diabolos = celui qui désunit) ou le Serpent ou le Dragon (Léviathan, Béhémoth) ou la Bête ou Bélial ou le Prince des ténèbres ou le Malin ou Moloch (auquel Moïse fait allusion) qui, depuis Adam, attire l’homme vers le mal, ou encore Azazel et Samaël.

Pour certains démonologues, Satan est un prince révolutionnaire dans l'empire de Belzébuth.

Dans la tradition juive tardive et donc dans la pensée chrétienne primitive, on commence à considérer Satan comme un adversaire non seulement des hommes mais aussi et surtout de Dieu. Ce développement est probablement le résultat de l’influence de la religion zoroastrienne, avec ses pouvoirs opposés du bien (Ahura Mazda) et du mal (Ahriman). Mais dans le judaïsme et dans le christianisme, le dualisme est toujours provisoire ou temporaire, le diable étant finalement soumis par Dieu. En France, au XIe siècle, le diable est appelé Aversier (Adversaire).

Dans les écrits de la secte de Qumran conservés dans les Manuscrits de la mer Morte, le diable est personnifié par Bélial, l’esprit de la méchanceté.

Le plus beau de tous les esprits purs, un séraphin ou un chérubin, prend la tête des anges rebelles : il veut être heureux en lui-même par ses propres forces. Tout au moins, il veut mériter strictement cette béatitude que Dieu lui donnerait alors comme un salaire. Il veut ne rien tenir du Créateur et, tout en étant maître des autres créatures, se soustraire à la règle imposée par le Supérieur de toutes choses : « C'est vouloir commander et ne pas obéir, et en cela consiste le péché d'orgueil ; aussi a-t-on raison de dire que le premier péché du démon fut l'orgueil » (Thomas d'Aquin).

Jésus déclare : « Il (le Diable, ndlr) a été homicide dès le commencement, et n'est point demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a point de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur et père du mensonge » (Jean 8,44)

C'est au Moyen Âge que le diable connaît sa gloire, dans la tradition occidentale. On le représente sous les traits d'un serpent, mais aussi d'un crapaud, d'une chauve-souris, d'un léopard, d'un chat noir, d'un bouc ou d'un singe... Il est dragon, créature hybride, corps velu à tête de bouc, mais peut aussi se révéler, surtout auprès des dames, un homme très séduisant. On prétendait, au Moyen Âge, que les coquettes qui passaient trop de temps devant leur miroir finiraient par y voir le diable, et que leur visage deviendrait aussi laid que l'arrière-train qu'il leur montrait. Héritage celtique ? Comme le dieu gaulois Cernunnos qui porte sur son front de splendides cornes de cerf, le diable a des cornes. C'est aussi en se référant au dieu Moloch que l'on a façonné l'image du diable, empruntant à la cruelle idole ses cornes, sa fourche (sur certaines statues, le bras se terminait par un gril sur lequel était exposée la victime jusqu'à ce que son corps bascule dans un bassin d'airain disposé aux pieds de Baal-Moloch) et l’allusion au feu « infernal ».

La figure médiévale traditionnelle de personnage cornu et barbu aux pieds de bouc est également due à l’influence du dieu Pan et des satyres antiques qui, au moment où l’empire romain se convertit au christianisme, devinrent les démons et les mauvais esprits de la nouvelle religion. Pan, fils de Zeus et de la nymphe Callisto, principalement adoré en Arcadie, présidait aux troupeaux et passait pour l'inventeur d'un instrument de musique qualifié de chalumeau. Muni de cornes, de pieds de chèvres et d'une petite queue, on lui donnait pour compagnons les égipans, les faunes et les satyres, et il passait pour un grand amateur de filles vierges et de jeunes éphèbes. Certaines nymphes, telles que Syrinx et Echo, avaient cependant repoussé ses avances. Est-ce de là que provenaient ses accès de méchanceté, la terreur que son apparition soudaine provoquait parmi les voyageurs et les populations superstitieuses des montagnes de la Grèce ? Considéré à la fin du monde antique comme le Grand Tout, la vie universelle, il fut rapidement assimilé à un démon, puis au Prince des incubes ayant Lilith pour parèdre. Pour les psychanalystes, Pan représente la libido. Il est le symbole de l'élan vital, de toutes les forces de la nature débordante.

Sous son apparence caprine, le diable prend le nom de Léonard, le grand Bouc noir qui préside au sabbat des sorcières. Démon des premiers ordres, grand maître des sabbats, Léonard est le chef des démons subalternes et inspecteur général de la sorcellerie, de la magie noire et des sorciers. On l'appelle souvent "le Grand Nègre". Il préside au sabbat sous la figure d'un bouc de haute taille. Il a trois cornes sur la tête, deux oreilles de renard, les cheveux hérissés, les yeux ronds, enflammés et fort ouverts, une barbe de chèvre et un visage au derrière, des pieds en pattes d’oie. Les sorciers l'adorent en baisant son visage inférieur, une chandelle verte à la main.


Quelquefois, il ressemble à un lévrier ou à un bœuf ou encore à un grand oiseau noir ou un tronc d'arbre surmonté d'un visage ténébreux. Léonard est taciturne et mélancolique, mais dans toutes les assemblées de sorciers et de diables où il est obligé de figurer, il se montre avantageux et déploie une gravité superbe. Maître Léonard est aussi identifié à Azazel et à Baphomet. Le Dragon, incarnation de Satan, donne sa puissance à la Bête (Apocalypse 13,1). L’ange qui tient la clef de l’abîme "se saisit du Dragon, l’antique Serpent, qui est le Diable et Satan" et l’enchaîne pour mille ans (Ap 20, 1-2). Les aspects du démon sont incroyablement variés et c’est pourquoi la subtilité des théologiens prêta au diable une ambivalence seule capable d’expliquer qu’il puisse être à la fois terrifiant et séducteur. Car ce sont là, on le comprend fort aisément, des apparences inconciliables : comment séduire, tenter l’âme du pécheur si on commence par le terrifier ? Et comment le terrifier si on commence par le séduire ? Le "prince de ce monde" comme Jésus le nomme (Jean 12, 14, 16), ou le "dieu de ce siècle" comme l’appelle saint Paul (2 Corinthiens 4 : 3-4), dispose donc d’un grand nombre de moyens d’action pour gagner à sa cause l’âme des hommes faibles ou luxurieux.
Tour à tour dragon horrible ou jeune fille séduisante, il attaquera l’homme selon des voies multiples, adaptées à chaque cas. C’est pourquoi on le voit apparaître, dans l’immensité des déserts d’Egypte, par exemple, où il va tenter des ascètes comme saint Antoine, sous les traits d’un serpent ou d’un monstre hideux, propre à glacer le sang de tout homme aux nerfs un peu fragiles ou sous ceux d’une très belle femme, propre à enflammer le plus aguerri des ermites. Ces manœuvres échouent pour la plupart mais les Vies des Pères du désert regorgent d’exemples analogues et révèlent déjà, chez le diable, une personnalité bien affirmée. "Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera." (1 Pierre 5.8)
"(...) Satan lui-même se déguise en ange de lumière." (2 Corinthiens 11,14)
Satan, Lucifer, Samaël, Azazel, Bélial, Mastéma, Léviathan, Serpent, Dragon (terrassé par saint Michel et saint Georges), Léonard, tels sont donc quelques-uns des noms et aussi des aspects du Diable. Cette fusion en un seul être, le Diable chrétien, chef de l'Enfer, de personnages autrefois distincts (serpent biblique séducteur d’Eve, astre du matin du nom de Lucifer, adversaire de Yahvé sous le nom de Satan) est sans doute à l’origine de ce pouvoir de métamorphose qu’on lui prête volontiers.


La chute de Lucifer, illustration de Gustave Doré pour Le Paradis perdu de John Milton.
Les anges déchus Le livre de l’Apocalypse évoque la lutte des anges rebelles contre les anges fidèles, et leur défaite face à l’archange Michel qui les chasse du ciel.
L’Eglise croit à leur influence mauvaise, et même à des cas de possession contre lesquels elle agit par exorcisme ; mais elle refuse le dualisme manichéen (2 principes égaux du Bien et du Mal) et affirme que, créés bons, les démons sont devenus mauvais par leur faute et que, s’ils peuvent tenter l’homme, ils restent soumis à la toute-puissance de Dieu.
Selon le Pseudo Denys l’Aréopagite, les démons sont des anges révoltés contre Dieu ; ils ont trahi leur nature, mais ne sont mauvais ni par leur origine, ni par leur nature. S’ils étaient naturellement mauvais, ils ne procéderaient pas du Bien, ils ne compteraient pas au rang des êtres, et d’ailleurs comment se seraient-ils séparés des bons anges si leur nature avait été mauvaise de toute éternité ? « La race des démons n’est donc pas mauvaise en tant qu’elle se conforme à sa nature mais bien en tant qu’elle ne s’y conforme pas ».
Honorius d’Autun, probablement moine irlandais auteur de l’Elucidarium (vers 1150) déformé plus tard en Lucidaire, ajoute aux données bibliques des éléments des légendes irlandaises de la Vision de Tungdal (diables hideux et cruels résidant en Enfer). Le Lucidaire inspira la Divine Comédie de Dante.
Au XVe siècle, Denys le Chartreux (Denys Leeuwis ou Van Leeuven, né à Ryckel dans le Limbourg belge, 1402 1471), répand les concepts de la Vision de Tungdal, ajoutant la notion biblique de "tentateur" (le Diable, cherchant à avoir de nombreuses victimes à tourmenter pour l’éternité, s’efforce de les faire tomber en enfer). Du XVe s. date l’expression de "Malin", signifiant "cruel et rusé".
Les démons, au sens chrétien du terme, c’est-à-dire les esprits mauvais composant la suite de Satan, sont tous des anges déchus, qui ont perdu leur habitat céleste, mais dont la nature est identique à celle des anges et qui furent, au même titre qu’eux, créés par Dieu.
Ceci les distingue radicalement des démons manichéens, par exemple, qui sont des créations de l’esprit des Ténèbres et foncièrement distincts des anges ou créatures célestes composant le cortège du dieu bon.
Cette différence est importante car elle implique que le Mal et ses prosélytes et instruments que sont les démons n’est pas pour le dogme chrétien une entité distincte du Bien, mais une perversion, une déchéance de ce dernier.
Pourquoi certains sont-ils devenus des démons et furent-ils chassés du ciel ?
Il existe deux réponses traditionnelles différentes :
- La première, d’origine évangélique, indique que certains anges, sous la conduite de Lucifer, se seraient révoltés lors de la création de l’homme et auraient voulu faire obstacle au plan divin.
- La seconde, d’origine biblique, indique que certains anges, ayant trouvé fort belles les filles des hommes, descendirent sur terre pour s’unir à elles, perdant ainsi leurs privilèges angéliques.
La première de ces traditions figure notamment dans l’Epître aux Ephésiens de Paul. Lucifer s’est révolté contre Dieu au moment où celui-ci créa Adam. L’archange saint Michel le chassa alors du ciel et le précipita dans l’abîme. D’autres anges (un tiers des anges selon la tradition), qui, prirent fait et cause pour Lucifer, furent précipités avec lui et relégués dans cet espace intermédiaire qui sépare la terre du ciel (le Graal aurait été taillé par les anges dans l’émeraude tombée du front de Lucifer pendant sa chute). Toujours présents, volant dans les airs, ils ne cessent de harceler les hommes qui doivent, dit saint Paul, « revêtir l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du diable ». Et il ajoute : « Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter mais contre les Puissances, contre les Principautés, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du Mal qui habitent les espaces célestes. »
L’autre tradition est mentionnée dans la Genèse (6,1-4) en des termes qui déjouent depuis longtemps la sagacité des exégètes et des théologiens : « Alors que les hommes avaient commencé à se multiplier sur la surface du sol et que des filles leur étaient nées, les "elohim" (fils de Dieu) virent que les filles d’homme étaient belles et ils prirent pour femmes celles de leur choix. Le Seigneur dit : « Mon esprit ne dirigera pas toujours l’homme, étant donné ses erreurs ; il n’est que chair et ses jours seront de cent vingt ans. » En ces jours, les "Néphilim" (géants) étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d’homme et eurent d’elles des enfants. Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de renom. »
Hennins suppose que le terme hébreu "Néphilim", traduit ordinairement par "géants", signifie "nécromanciens", de "nephi" (cadavre) ; le plus souvent, en effet, il fallait un cadavre pour évoquer l'âme des morts.
La majorité des versions anciennes de la Bible, incluant la Septante, Théodotion, la Vulgate, les traductions de la Bible Samaritaine, le Targum Onkeloset le Targum Neofiti, interprètent le mot comme signifiant "géants". Symmaque l'Ébionite, au IIe siècle, le traduit par "les violents" et la traduction d'Aquila de Sinope, datant de la même période, signifie, soit "ceux qui sont tombés", soit "ceux qui tombent" (sous-entendu: "sur leurs ennemis"). Le dictionnaire Brown-Driver-Briggs définit les "nephilim" comme étant des "géants". Bon nombre d'interprétations parmi celles suggérées sont basées sur l'hypothèse que le mot est dérivé de la racine hébraïque "n-ph-l", signifiant "tomber". Selon Robert Baker Girdlestone, les "nephilim" seraient plutôt ceux qui "font tomber". Adam Clarke comprend le mot comme un passé : "tombés", "apostats". Ronald Hendel défend également l'idée qu'il s'agit d'une forme passive, "ceux qui sont tombés". 11
Ces géants eurent des descendants fameux : voir Nombres (13, 32-33), Deutéronome (1, 20-21 ; 3, 11 ; 9, 12), 1er livre de Samuel (17, 4-7), IIe livre de Samuel (21, 15-22), Livre de Baruch (3, 26-28). Selon l’Ancien Testament, Goliath mesurait environ 3 mètres, mais les manuscrits de Qumran, antérieurs, indiquent qu’il atteignait près de 2 mètres (ce qui en faisait un être très grand par rapport à la moyenne de l’époque qui était de 1 m 58). La découverte de squelettes de haute stature dans la région de Bashan prouve l’existence des Rephaïm (géants descendants de Rapha). Les Pères de l'Eglise, Jean Chrysostome, Cyrille, Théodoret et Augustin, enseignent que les fils de Dieu sont les pieux descendants de Seth et que les filles des hommes appartiennent à la race perverse de Caïn.
LeLivre d’Enoch(patriarche enlevé vivant au ciel par Yahvé et censé avoir eu communication des mystères de la vie et de la mort), livre apocryphe de l’Ancien Testament, cité par saint Jude, raconte qu’au début de la lutte contre le créateur, le chef des esprits rebelles est Samiaxas (ou Semiazas). Il veut se faire homme pour s'unir aux filles des hommes ; 20 autres anges partagent sa résolution. Finalement, ils sont 200 en tout. Ils descendent sur Ardis, le sommet du mont Hermon. Tous ces anges ont quitté le ciel pour regarder les femmes afin de les choisir. Tous s'assemblent sur la montagne du serment et jurent de devenir des hommes, par amour pour les filles de la terre. Samiaxas et ses anges s'unissent aux femmes et engendrent les géants. Ces géants, issus du commerce des anges et des filles des hommes, sont les premiers anthropophages.
Dans la chute des anges, racontée auLivre d’Enoch, il n'est pas question d'une lutte contre Dieu. Hénoch attribue aux anges faits hommes la découverte de la magie et l'enseignement de la divination. Ils façonnent les joyaux et les pierreries. Les femmes sont initiées aux grands mystères, initiation regardée comme une profanation par les anciens cabalistes. Emus des douleurs de la terre, les quatre anges de l'harmonie demandent à Dieu la fin de ses maux. Dieu trouve le déluge nécessaire ; la famille de Noé mérite seule d'être sauvée. Azazel, le dernier des anges déchus, après s'être révolté contre Samiaxas, s'était élevé au rang de chef des rebelles. Dieu ordonne à Raphaël, l'ange de la vraie science, de jeter Azazel dans une caverne, au désert de Dodoel. Raphaël reçoit ensuite du Seigneur la mission de retourner du côté de la vérité les révélations magiques faites aux hommes par Azazel. Ainsi, d'après Hénoch, pour réparer le mal fait à l'humanité par les enseignements du diable ou de la fausse science, de la magie noire, un ange lui apprit à se servir des connaissances acquises pour arriver à la vraie lumière, à la pure magie. Le génie de la fausse science est enfermé, pour qu'il ne puisse plus nuire aux hommes.

L'auteur du livre d’Enoch dit que les âmes hybrides des géants flottent dans l'atmosphère et forment des courants mauvais. « Certains anges virent que les filles des hommes étaient belles et ils s’unirent à elles. Leurs descendants furent ces Néphilim ou géants des premiers temps. Le chef des mauvais anges s’appelait Azazel et il apprit aux hommes à fabriquer des épées et des glaives, des boucliers et des cuirasses pour se protéger la poitrine et il leur montra les métaux et l’art de les travailler, l’art de peindre le tour des yeux à l’antimoine et d’embellir les paupières et l’art de travailler les pierres précieuses... » (Livre d’Enoch). Il semble donc que ces « fils de Dieu » sont des anges qui quittèrent leur habitat céleste et « churent » sur la terre.
Ce sont ces anges déchus que Dieu « a enchaînés dans les ténèbres pour se les réserver en vue du Jugement », dit la seconde Epître de Paul. L’Apocalypse en parle en des termes identiques.
Il existerait pour les démons chrétiens deux habitats distincts : l’air entourant la terre (tout particulièrement la zone d’ombre que projette la terre dans l’espace à l’opposé du soleil) et les ténèbres, c’est-à-dire les abîmes souterrains de la terre. Cette dernière conception devait, en tout cas, devenir plus populaire que la première car c’est elle qui prévalut, en fait, dans les visions ultérieures du monde démoniaque.
Au temps même de Paul les textes évangéliques laissent entendre que le Christ lui-même, pendant les 3 jours de sa mort, descend dans l’Hadès (Paul emploie ce mot grec pour désigner l’enfer) pour y « prêcher aux esprits en prison ».
Ces « esprits en prison » ont donné lieu à bien des commentaires et des interprétations : on les identifie tour à tour avec les anges déchus cités plus haut et enchaînés par Dieu dans les ténèbres, ou avec les esprits des défunts noyés au moment du Déluge, interprétation que donne Paul lui-même.

L'Orphisme

L'orphisme, courant religieux de la Grèce antique, rattaché à Orphée, le maître des incantations et lié au culte de Zagréos (Dionysos), enseigne que les hommes sont nés des cendres des Titans, ces géants fils de la Terre, qui voulurent détrôner Chronos/Saturne et furent foudroyés par Zeus/Jupiter.
L'âme, enfermée dans le corps comme dans une prison, porte le fardeau du crime originel commis par les Titans ; elle ne s'évadera de cette prison, qu’après de nombreux cycles d'existences (transmigrations), lorsqu'elle sera purifiée par les jeûnes, l'ascétisme et l'initiation qui est essentielle pour suivre l'itinéraire spirituel.
L'orphisme donne naissance à une abondante littérature (poèmes orphiques) qui se développe du VIe s. av. J. -C. jusqu'à la fin du paganisme.
Zagréos se confond avec Orphée auquel on donne le nom de "Orpheus Bakkikos" (Orphée bacchant).
Vers le IIIème siècle, Orphée orne des sépultures chrétiennes ; sur une amulette, il est même représenté crucifié, avec au-dessus de lui un croissant de lune et 7 étoiles en forme de cercle. 2

La kabbale

La kabbaleaccorde une grande importance aux anges et à leurs légions, lesquels sont souvent sollicités dans les opérations de magie.
Les innombrables démons mentionnés dans la Kabbale, ont des origines diverses mais certains d’entre eux, ont été engendrés par Adam et Eve dans des circonstances singulières : ces derniers auraient eu des relations nocturnes avec des succubes et des incubes. Succubes et incubes Les succubes (du latin subcubare : coucher sous) sont des démons femelles venant tenter et séduire les hommes (notamment les moines) pendant leur sommeil pour s’unir à eux et les incubes (du latin "incubare" : coucher dans) des démons mâles agissant de même avec les femmes.
L'homme médiéval pensait que le diable avait le pouvoir, sous sa forme incube, de prélever le sperme d'un homme endormi, puis qu'il en fécondait une femme, toujours pendant son sommeil. 14
Selon le Traité de démonologie de 1575, l'incube peut faire un enfant à une vierge sans la déflorer, par le biais d'un sexe fin et double, qui lui permet de s'introduire dans les deux « vases » de ses victimes. On peut identifier les succubes à leur vagin « glacial ».
Les succubes peuvent se glisser dans le corps d'une femme décédée, et, sous ses traits, se livrer à une nuit d'orgie avant d'abandonner le cadavre aux côtés du partenaire endormi d'épuisement.
Le démon incube n'ayant pas de semence, il se transforme en démon succube pour voler celle de jouvenceaux naïfs. Redevenu incube, il peut mettre des mortelles enceintes.
Les enfants nés de ces étreintes sont maigres, malgré les nourrices qu'ils épuisent, pleurent quand on les cajole, et rient du malheur des autres. Preuve de leur caractère démoniaque, ils ne survivent pas au-delà de sept ans, l'âge de raison.
De doctes théologiens considèrent néanmoins comme enfants d'incubes : Caïn, Alexandre le Grand, Merlin l'enchanteur, les Huns, Luther et l'Antéchrist.
Clément d’Alexandrie, Cyprien et Augustin croient aux succubes et incubes, et avec eux l'Eglise jusqu’au XVIIe siècle.
La kabbale fournit des chiffres extrêmement précis quant aux relations d'Adam avec Lilith, la reine des succubes.
D’après la Bible, Adam, après son départ d’Eden, engendre d’abord Abel et Caïn.
Au bout de 138 ans il engendre Seth « à son image ». La Kabbale avance que pendant ces 138 ans, Adam engendre des êtres qui ne sont pas à son image, étant les fruits de ses relations nocturnes avec Lilith, autrement dit des démons.
Pour certains exégètes, Adam a pour première femme Lilith qui, obéissant à Satan, refuse de se soumettre à lui, l’abandonne et s’en va occuper la région de l’air. Eve est leur fille puisque elle est « tirée d’Adam » et « chair de sa chair ».
Les spéculations rabbiniques quant au nombre exact des démons appartiennent à l’arithmologie sacrée.
Chaque être humain est entouré de vingt mille démons disposés comme suit : 10 000 à sa gauche, 10 000 à sa droite. Lilith, à elle seule, possède 180 000 suivantes. Tous ces démons ne proviennent évidemment pas des rapports nocturnes d’Adam et d’Eve. Certains sont nés, dit la Kabbale, à partir des mues successives des vipères ; ce qui explique leur anatomie entièrement ou partiellement reptilienne. Bien entendu, ils sont impondérables, se déplacent librement à travers l’espace et peuvent, à l’occasion, s’incarner dans les formes ou les personnifications les plus hétéroclites. Ils peuvent devenir maladies. Ils gouvernent les nombres pairs. « Ne buvez donc jamais, conseille sérieusement la Kabbale, deux ou quatre coupes de vin, mais trois ou cinq, sinon vous donnerez prise aux démons de l’ivresse ».
La démonologie kabbalistique évolue vite vers les formes les plus dégradées de sorcellerie et alimente tous les textes, toutes les « formules », tous les « secrets » des sorciers et tenants du Sabbat. Il est vrai que ces démons n’ont pas tous un pouvoir ni une apparence terrifiants et que certains exercent même une séduction indiscutable, une sorte de fascination morbide sur les esprits faibles ou portés au surnaturel.

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L’Enfer C’est un lieu généralement situé dans le monde souterrain et destiné aux âmes des morts qui errent dans les ténèbres, selon les Grecs, ou aux damnés qui y sont suppliciés, selon la plupart des croyances chrétiennes qui y voient les flammes éternelles.
Dans les mythes nordiques et germaniques, l'enfer est au contraire un domaine souterrain de glaces éternelles.
Pour le Bardo Thôdol tibétain, l'enfer est un immense territoire, appelé "Sangsara", dans lequel se perdent et souffrent de désirs inassouvis ceux qui errent d'incarnation en incarnation, d'illusion en illusion, et s'enracinent toujours plus dans la matière terrestre. Après un temps indéfini ils se réincarnent et recommencent un cycle d'expériences, c'est-à-dire de réincarnations. L'enfer "Sangsara" est en réalité le cycle des naissances, morts et réincarnations, qui se poursuit tant que l'entité alourdit son « karma » sans parvenir à se libérer.
Dans l'Ancien Testament, le "shéol" (lieu des morts) désigne la condition spirituelle où se trouvent, après la mort, toutes les âmes : abîme obscur (l'Hadès des Septante, de « a » privatif et de la racine « id » : voir), où l'humanité « gît dans les ténèbres et l'ombre de la mort » (Luc 1,79). Peu à peu, cet aspect tragique de la mort se révèle comme une dimension permanente de l'existence humaine séparée de sa source divine. Certes, les textes plus récents différencient dans le shéol plusieurs états, le « sein d'Abraham » pour les justes et la « géhenne de feu » faite de supplices éternels pour les impies (du nom d'un ravin maudit près de Jérusalem, où les cadavres, rongés de vers, étaient brûlés (Isaïe 66,24). Pourtant tous restent dans une situation de « vie morte » (Grégoire de Nysse) et les prophètes implorent une résurrection qui restaurerait les personnes dans l'unité indivisible du corps et de l'âme.
L’islam a conservé cette notion de l'enfer, territoire dans lequel les damnés subissent les pires souffrances physiques auxquelles échappent cependant les musulmans pécheurs qui purgent leurs fautes dans le purgatoire avant de pouvoir entrer dans le paradis. "[...] l’esprit tentateur a plusieurs degrés : serpent tortueux, Satan, ange exterminateur, esprit tentateur. Il a aussi sept noms ! Satan, impur, ennemi, pierre qui fait trébucher, incirconcis, méchant, rusé. Ces sept noms correspondent aux sept palais du côté impur. Il y a également sept compartiments dans l’enfer, lieu de châtiment des coupables : puits, précipice, abîme, fosse bourbeuse, schéol, ombre de mort, terre inférieure. Nous avons déjà dit que, de même que le côté saint, le côté impur a ses sept palais. L’Écriture dit. : « Qui est l’homme qui pourra vivre sans voir la mort ? Qui retirera son âme de la puissance de l’enfer ? » Certes, tout homme qui vit en ce monde voit la mort à l’heure où il doit aller rendre compte de sa vie. Mais l’Écriture parle des sept palais du démon qui constituent les sept compartiments de l’enfer où les âmes des coupables reçoivent leur châtiment durant douze mois. Heureux le sort des justes qui évitent l’accointance avec le démon en ce monde pour éviter l’enfer dans l’autre monde !" (Traité des Palais de Zohar II – folio 261b-268a)

Charon

Dans la mythologie grecque, Charon, le nocher des Enfers, fils de l’Érèbe et de la Nuit, sous les traits d’un vieillard sinistre, fait traverser, dans sa barque, les marais de l’Achéron aux âmes des défunts qui ont reçu une sépulture. En paiement, il prend la pièce de monnaie placée dans la bouche des cadavres. Il lui est interdit de faire passer des vivants (il sera enchaîné pendant toute une année pour avoir laissé Héraclès descendre aux Enfers).
Les Étrusques l’appellent "Charun" et lui attribuent l’aspect d’un génie ailé, armé d’un maillet.
Charon est considéré comme une personnification de la Mort et des Enfers.
Il survit en "Charos" ou "Charontas", l’ange de la Mort du folklore grec moderne.

Cerbère

Cerbère, chien monstrueux auquel Hésiode donne 54 têtes (chiffre doublé par Horace) est chargé de protéger l'entrée et la sortie du domaine de Proserpine et Pluton dans la mythologie gréco-romaine.
En général, on le représente avec trois gueules menaçantes, le dos couvert de serpents venimeux se terminant par une queue de dragon. Orphée parvint néanmoins à le charmer par ses chants ; Enée le calma en lui offrant du gâteau que la Sybille avait drogué et Héraclès parvint à le ramener pour un temps à Trézène.
Les démonologues de la Renaissance font de Cerbère un démon que l'on conjure au cours d'exorcismes.
A propos de la possession d'une femme en 1565, Belleforest écrit : « Légion et Astaroth, colonels sataniques, étant sortis, restaient les grands capitaines Cerbère et Belzébuth à quitter la place et lesquels tenaient encore bon contre les adjurations. » Il décrit Cerbère comme un démon pernicieux, présent sur Terre, mer et air.
Gardien des enfers, il fait la fête aux âmes damnées entrant aux Enfers et menace celles qui tentent d'en sortir. Marquis infernal, il commande 19 légions et se montre sous la forme d'un corbeau à la voix rauque. Il donne l'éloquence, l'amabilité et enseigne les beaux-arts. Eurynome Eurynome (Eurynomos), Prince de la mort régnant aux Enfers, Grand-Croix de l'ordre de la Mouche, présente un aspect particulièrement horrible : il possède un corps rempli de plaies couvert en partie d'une peau de renard et a de grandes dents de loup. Il prend le contrôle de certaines personnes qu'il fait sortir la nuit pour qu'ils tuent. Il rend verts les yeux de ses victimes.
Pausanias le décrit comme un diable qui mange les charognes des morts et ne leur laisse que les os. Il est de couleur noir tirant vers le bleu, comme les grosses mouches de boucherie, et montre les dents, assis sur un siège paré et couvert d'une peau de vautour. Il représente la mort désignée par le vautour chez les Egyptiens.

Le chef de l’enfer.
A travers les textes des Pères de l’Eglise, l’enfer chrétien apparaît pauvre à côté des spéculations fantastiques déjà évoquées.
Son chef, Satan-Lucifer-le Diable, est d’apparence anthropomorphe et seule une tradition populaire mais peu canonique, le représentera sous forme de monstre reptilien.

Les Tourments Infernaux

L’enfer chrétien, tel qu’on l’a imaginé, a toutes les apparences des enfers grec, latin, iranien et judaïque. Poix brûlante, goudron, pétrole, gaz délétère, chaudière en perpétuelle ébullition, grilles à rôtir où les damnés cuisent sur un feu de braises ardentes : il utilise tout l’arsenal des tortures dites orientales.
On peut y ajouter d’ailleurs, comme dans le Tartare grec ou l’Hadès latin, des tourments plus raffinés ou plus particuliers : herses à piquants se refermant sur les malheureux, épieux où ils s’empalent, fouets maniés avec rage par des démons infatigables, sabres ou épées qui les fendent en deux, aiguillons qui les percent à tout moment... Représenté dans les églises, l'enfer est l'opposé symétrique des délices réservés aux saints et aux martyrs ; les flammes et les démons persécutent des personnages dont les bouches se tordent de douleur.
L'Apocalypse de Pierre (apocryphe du IIe siècle) est le premier ouvrage chrétien qui décrit les punitions et les tortures des pécheurs dans l'enfer : ceux-ci sont dévorés par des oiseaux ou suspendus par la langue à des flammes ou encore attachés à des roues de fer tournoyantes, etc.
Deux siècles plus tard, l'Apocalypse de Paul (apocryphe du IV e siècle) reprend et développe abondamment ces motifs. Le texte évoque d'énormes vers à deux têtes, longs de trois pieds, qui rongent les entrailles des condamnés, des roues brûlantes qui font mille tours par jour, des rasoirs chauffés à blanc, un gouffre pestilentiel dans lequel pourrissent ceux qui n'ont reçu le baptême, etc. L'Apocalypse de Paul fut traduite dans toutes les langues d’Europe et pendant un millier d'années sa version latine jouit d'une immense vogue dans les milieux populaires.
En réalité, ce n’est pas juste après sa mort que le sort de l’âme chrétienne se jouera mais à l’instant crucial où, se levant de terre, les morts paraîtront devant le Christ en gloire dans la fanfare des trompettes angéliques, pour connaître la sentence et l’heure suprême du Jugement dernier.
Si Dieu a délivré Jésus des affres de l'Hadès (Actes 2,24), c'est d'abord en l'y plongeant, mais sans jamais l'abandonner (2,31). Le Christ brise les portes infernales, annonce à tous les morts la délivrance (I Pierre 3,19), contraint l'Enfer à rendre ses prisonniers (Hébreux 2,14 ; Apocalypse 1,18 et 20,13 ; Matthieu 27,52). Etant « descendu dans les régions inférieures de la terre » (Ephésiens 4,9), symbole traditionnel d'un état de pesanteur et de déréliction, il peut enfin « remplir toutes choses » de sa lumière (Ep 4,9 et Philippiens 2,10). La Rédemption constitue, pour l'humanité, la libération de l'Enfer. L'Eglise est le lieu sacramentel et l'instrument de cette victoire (Matt. 16,18). Ouvertement, au retour glorieux du Christ, Dieu sera « tout en tous ». C'est la restauration et la plénitude universelles (Actes 2,21). Toutefois, l'homme, répondant à l'amour par l'amour, doit accueillir volontairement cette plénitude pour la ressentir comme joie. Or, selon un adage patristique, « Dieu peut tout, sauf contraindre l'homme à l'aimer ». Ainsi s'ouvre la possibilité de la « seconde mort » (Ap 21,8) : « L'amour divin agit de deux manières différentes : il devient souffrance chez les uns et joie chez les autres. » (Isaac le Syrien, Homélies spirituelles 11,1). 1
Dans l’expression "Jésus est descendu aux enfers", le symbole (Credo) confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable "qui a la puissance de la mort" (Hébreux 2,14). Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.
En Orient, Origène fait de l'« apocatastase » la certitude du salut universel : tous, même les démons, seront restaurés dans leur plénitude originelle après s'être purifiés dans les « éons » infernaux et avoir compris que seul Dieu, et non le mal, peut rassasier leur soif d'infini. Condamné comme doctrine par le concile de Constantinople en 553, l'origénisme est assumé comme spiritualité.
Tendue vers la Parousie, l'Église prie pour tous les morts, il ne peut y avoir d'enfer définitif avant le Jugement dernier (c'était déjà la conception des Pères subapostoliques : Irénée de Lyon et Hippolyte).
Quant au salut universel, il devient l'espérance et la prière des plus grands saints. Isaac le Syrien prie "même pour les démons".
Pour Ambroise de Milan « le même homme est à la fois sauvé et condamné ».
Mais, dans l'oubli de la descente aux enfers, la scolastique élabore une conception judiciaire de l'enfer : tout homme qui meurt en état de péché mortel descend immédiatement en enfer pour subir la privation éternelle de Dieu (le "dam") et un supplice approprié au péché (le "sens").
La Réforme veut retrouver la grâce souveraine de Dieu, qui triomphe du concept humain de justice, mais l'objective tragiquement dans la doctrine de la double prédestination ; jusqu'à ce qu'au XXe siècle le grand théologien réformé Karl Barth affirme que seul le Christ est doublement prédestiné, à mourir et à ressusciter, pour le salut de tous : version nouvelle de l'« apocatastase », mais qui fait peu de place à la liberté humaine.
En Europe occidentale, au XIXe siècle, c'est la pensée républicaine socialiste qui réclame, avec Hugo, "La fin de Satan". Dans cette ligne, Péguy et Papini raniment la vieille aspiration au salut universel.
Aujourd'hui, dans la plupart des confessions chrétiennes, l'accent est mis sur l'intériorité de l'enfer et la liberté tragique de chacun, le salut étant l'humble attention à « la joie de l'amour du Christ : qu'est-ce que la géhenne, devant la grâce de sa Résurrection ? » (Isaac le Syrien, Traités escétiques, 60e traité).

Le Purgatoire

De nombreux témoignages écrits montrent que parmi les premiers chrétiens, certains ont cru, sinon en l'existence d'un lieu, du moins d'un état où le pécheur devait expier ses péchés avant d'atteindre le paradis. Comme l'a montré l'historien Jacques Le Goff, le concept du purgatoire comme lieu spécifique (déjà reconnue par l’islam, ndlr) est en effet beaucoup plus tardif, et n'est entériné dans la doctrine qu'avec le deuxième concile de Lyon (1274) 18.
L'Église formule la doctrine concernant l'existence du purgatoire aux conciles de Florence (8e session, 1439) et de Trente (25e session, 4 décembre 1563) qui affirme l'existence du purgatoire en tant que "Sainte doctrine".
Le 3 août 1476, la bulle Salvater noster de Sixte IV octroie, moyennant finances, une indulgence plénière aux pauvres âmes du purgatoire.

17

Le dieu du Mal des gnostiques et des manichéens

Les gnostiques expliquent l'origine de l'univers matériel par la chute de l’esprit dans la matière. A partir du Dieu originel inconnaissable, une série de divinités inférieures fut générée par émanation. La dernière de ces divinités, "Sophia" (Sagesse), conçut le désir de connaître l'Être suprême inconnaissable. Ce désir illégitime donna le jour à un dieu mauvais et difforme, le démiurge, qui créa l'univers. Les étincelles divines qui habitent l'humanité tombèrent dans cet univers. Le Dieu suprême envoya un émissaire (Christ-Jésus) révéler aux parcelles divines leur vraie nature et les aider à retrouver leur unité perdue pour qu’elles pussent s’extraire du monde corrupteur. Les gnostiques assimilaient le dieu du Mal au Dieu de l'Ancien Testament qu'ils interprétaient comme le récit des efforts de ce dieu pour maintenir l'humanité dans l'ignorance et le monde matériel et pour punir leurs tentatives d'appropriation de la connaissance. C'est ainsi qu'ils comprenaient l'expulsion d'Adam et Eve hors du paradis, le Déluge et la destruction de Sodome et Gomorrhe. - La doctrine fondamentale du manichéisme est la division dualiste de l'Univers, divisé en royaumes du Bien et du Mal : le royaume de Lumière (esprit) où règne Dieu, et le royaume des Ténèbres (matière) où règne Satan. À l'origine, les deux royaumes étaient complètement séparés, mais à la suite d'une catastrophe, le royaume des Ténèbres envahit le royaume de Lumière ; ils se mélangèrent et entamèrent une lutte perpétuelle. Les démons de Mani, dont le nom générique iranien est "deva" comme en sanscrit, s'appellent aussi "génies, esprits, hmurthas, liliths, faux dieux, archontes, vampires, hobolds, diables et satans"... À la fin des temps, tous les morceaux de Lumière divine devraient être rachetés, le Monde matériel détruit et Lumière et Ténèbres à nouveau séparées pour l'éternité.

Les démons de l’islamVoir.

 

Citations

Les femmes sont des démons qui nous font entrer en enfer par la porte du paradis. (Cyprien de Carthage + 258) Job, cher à Dieu et d’après son propre témoignage, immaculé et simple, écoute de quoi il soupçonne le diable : «Sa force est dans les reins et sa puissance dans le nombril.» (Jb 40, 11) C’est une manière honnête de désigner par des euphémismes les parties génitales de l’homme et de la femme. (Jérôme de Stridon + 420, Lettre XXII à Eustochium 11) Il faut éviter les affaires trop compliquées. Il y a toujours du démon dans les complications (Laurent Justinien +1455, Perles de sagesse)

Les hommes recouvrent leur diable du bel ange qu’ils peuvent trouver. (Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre 1492-1549)

Derrière la croix se tient le diable. (Cervantès, Don Quichotte I VI, 1605)

Où il y a église à Dieu, le diable bâtit une chapelle. (Robert Burton. The Anatomy of Melancholy [1621])

Ne disons pas du mal du diable : c'est peut-être l'homme d'affaires du bon Dieu. (Fontenelle 1657-1757)

Platon avait imaginé les démons pour former une échelle par laquelle, de créature plus parfaite en créature plus parfaite, on montât enfin jusqu'à Dieu. (Denis Diderot 1713-1784, Opinions des anciens philosophes)

Il est plus facile à l'imagination de se composer un enfer avec la douleur qu'un paradis avec le plaisir. (Rivarol 1753-1801, Discours sur l'homme intellectuel et moral)

Mieux vaudrait encore un enfer intelligent qu'un paradis bête. (Victor Hugo 1802-1885, Quatre-vingt-treize)

[.] la plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ! (Le Spleen de Paris, Petits Poèmes en prose, 1862, Charles Baudelaire) Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi. (Friedrich Wilhelm Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886)

Le démon ne peut rien sur la volonté, très peu sur l'intelligence, et tout sur l'imagination. (Huysmans, L'Oblat, 1903)

Je voudrais que l'intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu. (Jean Cocteau, Lettre à Jacques Maritain, 1926)

La musique est le domaine des démons. C'est l'art chrétien au mode négatif. (Thomas Mann 1875-1955, L'Allemagne et les Allemands)

Il y a un démon qui a nom confiance. (Montherlant, Don Juan, IV, 1, 1956)

Le Dieu vaincu devient le diable de la religion qui suit (Pierre Dominique 1889-1973, L'inquisition)

L'enfer existe vraiment, le Paradis n'est pas automatique (Benoît XVI, 10/02/2008)

Il y a certains prêtres lorsqu’ils lisent ce passage de l’Évangile (Luc 11,15-26, ndlr), celui-ci mais également d’autres passages, disent : "Mais Jésus a guéri une personne d’une maladie mentale". Ils ne lisent pas ceci, n’est-ce pas ? C’est vrai qu’en ce temps-là nous pouvions confondre une épilepsie avec le fait d’être possédé par le démon ; mais il est également vrai qu’il y avait un démon ! Et nous n’avons pas le droit de minimiser la chose, comme pour dire "Tous ceux-ci n’étaient pas possédés par le démon, c’étaient des malades mentaux". Non ! La présence du démon figure dans la première page de la Bible et la Bible finit avec la présence du démon, avec la victoire de Dieu sur le démon [.] L’Évangile d’aujourd’hui commence par le démon chassé et finit avec le démon qui revient ! Saint-Pierre le disait : "Il est comme un lion féroce qui rôde autour de nous." (François, pape, 11/10/2013)
Nous sommes tous tentés car la loi de la vie spirituelle, notre vie chrétienne est une lutte : une lutte. Parce que le principe de ce monde -le diable- ne veut pas de notre sainteté, il ne veut pas que nous suivions le Christ. Peut-être que quelqu’un d’entre vous peut dire : « Mais, Père, comme vous êtes antique : vous parlez du diable au XXI siècle ! Mais, voyez que le diable existe ! Le diable existe. Même au XXI siècle ! Et nous ne devons pas être naïfs, n’est-ce pas ? Nous devons apprendre dans l’Évangile comment lutter contre lui. (François, pape, 11 avril 2014, Radio Vatican)
Mais à cette génération, et tant d’autres, on a fait croire que le diable est un mythe, une image, une idée, l’idée du mal. Mais le diable existe et nous devons lutter contre lui. C’est ce que dit Saint Paul, ce n’est pas moi qui le dis ! La Parole de Dieu le dit. Mais pourtant nous n’en sommes pas vraiment convaincus [.] Le diable est un menteur, c’est le père des menteurs, le père du mensonge [.] nous avons besoin de ce bouclier de la foi, parce que le diable ne nous lance pas des fleurs mais bien des flèches enflammées pour nous tuer. (François, pape, messe du 30 octobre 2014)

Même le diable a son droit chemin.

Lutter contre le diable avec les armes du diable c’est quand même servir le diable.

Quand vous apercevez un ange, demandez-vous toujours s’il ne s’agit pas d’un démon revêtu d’un habit de lumière. Méfiez-vous de ceux qui vous promettent le paradis : beaucoup s’apprêtent à vous conduire en enfer. Le démon se tapit dans l'ombre du saint. Le dragon te fait croire que tu le maîtrises alors que c'est lui qui te chevauche. (Jean-Paul Coudeyrette, Autocitations)

Voir dossiers : Les anges. Invocation des Anges. Les Anges dans les catéchismes. Antéchrist et Apocalypse. Sorcellerie. Exorcisme.

 

Notes

1 Vocabulaire de théologie biblique, Ed. du Cerf. 1977
2 Silences et non-dits de l'Histoire Antique. Emmanuelle Grün. Yvelin édition.2008
3 Mélanges géographiques et historiques, Tome I, Les Mines de l'Orient, 1819
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Lamia_(mythologie)
5http://www.andora.fr/magie-noire/demons
6http://www.democraticunderground.com/?com=view_post&forum=1218&pid=39948
7http://membres.multimania.fr/trident/jdr/eleckase/les_demons/les_demons_dans_eleckase.htm
8 "Au cours des fêtes appelées Thargélies qui se célébraient en mai en l'honneur d'Apollon, le dieu purificateur par excellence, deux pharmakoï, parés l'un d'un collier de figues blanches, l'autre d'un collier de figues noires, étaient escortés à travers la ville ; on les frappait à coups de branches de figuier et de tiges d'oignons marins, et on les expulsait hors de la cité pour écarter avec eux les souillures dont on les supposait chargés.
Sur l'île de Leucade, on pratiquait, à époque archaïque, l'ordalie du katapontismos : on précipitait dans les flots une victime humaine selon un rite de rédemption collective. La victime du "Saut de Leucade" avait des plumes attachées au corps, ce qui pourrait laisser supposer un déguisement animal. Ce rite est décrit par le géographe grec Strabon en ces termes : "Il avait été d'usage à Leucade, que chaque année, le jour de la fête d'Apollon, on précipitât du haut du cap Leucate, à titre de victime expiatoire, quelque malheureux poursuivi pour un crime capital. On avait soin de lui empenner tout le corps et de l'attacher à des volatiles vivants".
Jane Ellen Harrison écrit que, lors des Mystères d'Éleusis, "chaque homme prend avec lui son pharmakos, un jeune cochon, dans les rites de purification à Éleusis en Grèce antique".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pharmakos
9 http://fr.wikipedia.org/wiki/Babalon
10 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ars_Goetia http://fr.wikipedia.org/wiki/Lemegetonhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Pseudomonarchia_daemonum
11http://fr.wikipedia.org/wiki/Nephilim
12http://fr.wikipedia.org/wiki/Sama%C3%ABl
13http://www.dark-refuge.com/demons/demons-importants.php
14 Ernest Martin, Histoire des monstres, p.64.
15Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890
16Encyclopaedia Universalis 2008.
17http://www.vigi-sectes.org/catholicisme/purgatoire.html
18https://fr.wikipedia.org/wiki/Purgatoire
19Prolegomena to the Study of Greek Religion, Princeton University Press, 1903
20Dictionnaire des Mythologies. Myriam Philibert. Actualité de l’Histoire. 1997 Sources La rédaction remercie le Padre Juan Ucete Y Pelto et le Père Jean Eloy Dutucat pour leur précieuse et aimable collaboration.

Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

 source: http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/demons.htm#Pluton
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vendredi 16 novembre 2018

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