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Le mois de mai selon Edouard Brasey

Le mois de mai selon Edouard Brasey

Beltaine

C'est le mois où l'on dresse les « arbres de mai », réminiscences des rameaux d'or célébrés par les anciens druides. Les « mais » sont ainsi des célébrations de la Nature et du renouveau de la végétation. Ils sont l'équivalent printanier de l'arbre de Noël, le sapin, qui, demeurant vert même en plein hiver, perpétue d'une année à l'autre le cycle des saisons. L'arbre de mai, que l'on retrouve dans l'ensemble des contrées européennes, correspond à un très ancien rituel de fécondité lié au retour du printemps.

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Chez les romains, le mois de mai était voué à Maïa, la déesse des Enfers et de la Fécondité. Les chrétiens ont tout naturellement transformé le « mois de Maïa » en « mois de Marie », mais les croyances païennes ont longtemps persisté, vouant ce mois aux esprits des fleurs, des sources, des eaux et des arbres.

Les Celtes, qui occupaient jadis le sud de la Bavière, ont ainsi institué la coutume du Maibaum, ou « arbre de mai », planté le 1er mai lors de la fête de Beltaine, autour duquel on dansait pour chasser les mauvais esprits.

Malgré l'opposition de l'Eglise, la tradition de l'arbre de mai s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui dans cette région, où villes et villages de Bavière rivalisent pour ériger l'arbre le plus beau et le plus haut. Dépourvus de leur écorce et peints e bandes blanches et bleues, aux couleurs de la Bavière, les troncs en bois de bouleau ou de pin sont décorés de figurines représentant les différents corps de métiers et sont couronnés de branches de sapin. Une fois l'arbre de mai planté sur la place principale du village, les Bavarois font le fête et boivent le Maiwein, « vin de mai », composé à partir de vin blanc dans lequel a macéré une plante sylvestre, l'aspérule odorante.

 

Mois de mai, mois des Fées

« En mai, les fées ont fort à faire. »
Gabriel d'Herbillier, La Teinture des physiciens et des sophistes

Dans l'ancien calendrier celtique et druidique, le 1er mai correspond à la fête de Beltaine, inaugurant le début de la « saison claire », ou « saison chaude », qui prendra fin au 1er novembre, avec la fête de Samain, début de la « saison sombre », ou « saison froide ». Beltaine, formé des deux mots irlandais « Bel » et « Taine », qui signifient « Lumière » et « Feu », est placée sous l'égide du dieu de la Lumière, appelé « Bélen » ou « Bélénos » chez les Gaulois, et « Lug » en Irlande. Il s'agit d'une fête joyeuse liée au renouveau de la Nature, au retour de la chaleur et aux rituels de fécondité. Cette fête est également associée à la magie amoureuse et sexuelle.

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La veille de cette fête – correspondant à la nuit de Walpurgis en Alsace et dans les pays germaniques –, il était de tradition de se promener en forêt afin de faire une Maïkur, une « cure de mai », mettant à profit les énergies naturelles pour se ressourcer. Comme durant la nuit de la Saint-Jean, on portait des brandons enflammés à bout de bras, tout en courant dans les champs afin de réveiller la fertilité de la Nature. Les couples se formaient dans la nuit complice, et les ébats auxquels ils se livraient étaient souvent féconds et récompensés par les fées qui, neuf mois plus tard, se penchaient sur les berceaux des enfants pour leur accorder dons et grâces à profusion. Durant cette même nuit de mai, des sabbats se tenaient au sein des obscures forêts ou au sommet des montagnes sacrées, réunissant sorcières et sorciers autour de leur maître Satan, à moins qu'il ne s'agisse plutôt de quelque dieu cornu de la fécondité, Pan, Lug ou Belenos.

Le jour de Beltaine, il est conseillé de faire des offrandes de fruits et de lait aux fées et au Petit Peuple, afin de se concilier leurs faveurs. Ces présents sont déposés dans les champs ou dans les bois, et les généreux donateurs seront bientôt récompensés par de riches et abondantes récoltes. Ces offrandes sont faites par de jeunes vierges vêtues de blanc, considérées comme des messagères du printemps. Cette pratique païenne, remontant à l'Antiquité, a été christianisée au XVIIIè siècle par l'habitude d'appeler le mois de mai le « mois de Marie », en référence à la Vierge. C'est la raison pour laquelle – virginité oblige – les mariages ont longtemps été interdits ce mois-là. Toute union célébrée – et surtout consommée – durant le mois de mai était réputée néfaste. En revanche, on se faisait la cour, quitte à attendre la venue de l'été pour déclarer sa flamme.

 

Le langage des mais

Du XIIIè siècle jusqu'au milieu du XXè siècle, on avait coutume dans certaines régions d'« esmayer », pratique consistant à accrocher, la nuit du 1er mai, des branches et des rameaux aux portes des jeunes filles pour leur transmettre un message. Chaque variété végétale avait un sens précis, plus ou moins bienveillant :

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Le charme : « Vous êtes charmante. »

L'aubépine : « Je vous estime. »

Le cerisier : « Vous êtes volage. » (car cet arbre attire les merles)

Le houx : « Vous êtes repoussante. »

Le saule : « Vous pleurez trop souvent. »

L'ormeau : « Vous n'êtes qu'une vieille peau. »

Le sapin : « Vous êtes une catin. »

 

La fête du Feuillu

Au Moyen-Age, on pratiquait les premiers jours de mai la « fête du Feuillu », ou « fête du Moussu ». Un garçon couvert de feuilles ou de mousse prenait la tête d'un cortège et se rendait de maison en maison pour demander des fruits ou des offrandes. Les jeunes hommes devaient également porter sur eux une feuille ou un rameau vert. Ceux qui oubliaient cet usage recevaient une cruche d'eau au visage, accompagnée de la formule : « je te prends sans vert ! »

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Les saints de glace et les rogations

Les « saints de glace » sont Mamer, Servais et Pancrace, fêtés les 11, 12 et 13 mai. Durant ces trois jours, les « chevaliers du froid », ou « gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons », selon l'expression de Rabelais, viennent donner un coup de froid à la végétation printanière et compromettre sa floraison. Déjà connue dans l'Antiquité romaine, cette période redoutée des jardiniers était marquée par des fêtes religieuses telles que les Vinalia, le 23 avril, ou les Robigalia, le 25 avril, au cours desquelles des rites protecteurs étaient effectués pour la sauvegarde des vignes et des champs de blés.

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Les rogations, rituel chrétien, se tiennent durant les trois jours précédant l'Ascension et furent instituées au Vè siècle par Saint Mamert. Cette fête traditionnelle dont l'origine remonte au Moyen-Agen est destinée à assurer la fertilité des récoltes. Elle prend la forme d'une procession populaire accompagnant un dragon d'osier couvert de fleurs, de guirlandes et de rubans colorés, la gueule largement ouverte et la queue fouettant l'air autour de lui, à la grande joie des villageois qui lui jettent au passage du pain et des fruits.

 

L'amour courtois et la musique

Au Moyen-Age, les douces soirées su mois de mai étaient favorables aux idylles et aux cours d'amour. Les amoureux se promenaient dans les jardins en se tenant par la main, accompagnés par des musiciens jouant du luth, de la flûte, de la musette ou du tambourin. Parfois, un bouffon distrayait la compagnie avec ses facéties ou ses chansons grivoises. Pendant ce temps, les gens d'Eglise s'en prenaient dans leurs sermons au « fous d'amour » qui se ridiculisaient en donnant des aubades à leur dame.

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mardi 20 novembre 2018

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