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Le mois d'avril selon Edouard Brasey

Le mois d'avril selon Edouard Brasey

 

Le mois d'avril est associé avant tout au fameux « poisson d'avril », coutume célébrée le premier jour de ce mois, et consistant à rire, à faire des niches et des farces, et à accrocher des effigies de poissons découpées dans du papier pour les accrocher dans le dos des passants sans qu'ils s'en aperçoivent.

Cette pratique truculente renvoie aux mascarades du carnaval, à une date qui marque souvent les derniers jours du carême. Or, le poisson est à la fois un symbole christique – les premiers chrétiens avaient choisi le poisson comme signe de reconnaissance – et un aliment consommé couramment hors du carême. Le fait de le tourner en dérision pour « faire des farces » s'apparente bien à l'« inversion des valeurs » du carnaval, où l'on se moque ouvertement des règles établies, en particulier des règles religieuses. Rire le 1er avril revient à se moquer de l'Eglise et de ses clercs, comme on le faisait au Moyen-Age durant la fête des fous.

Par ailleurs, le poisson est un symbole de vie et de fécondité, en raison de l'abondance de ses œufs et de sa laitance. Le poisson d'avril se transforme alors en messager d'amour, et acquiert un caractère licencieux. Le Dictionnaire de Trevoux (1704) évoque à ce sujet le double sens que l'on donnait déjà alors au « maquereau », poisson pêché durant cette période :

« On appelle "poisson d'avril" un poisson de figure longue et menue dont on fait une pêche fort abondante en cette saison, qu'on nomme autrement "maquereau", et parce qu'on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu'on nomme aussi ces gens-là "poissons d'avril". »
Dans le même ordre d'idée, le terme « morue » a également un double sens, péjoratif à l'égard des dames de petite vertu.

Comme pour la mi-carême, le poisson d'avril permet donc de faire une trêve dans le jeûne (y compris sexuel) du carême, de « scier la Vieille », la Vieille étant également le nom d'un poisson marin appelé aussi « arbre ». En Espagne, la fin du carnaval donnait lieu à l'« enterrement de la sardine », la sardine en question étant non pas celle qui boucha le port de Marseille un 1er avril, mais un os du porc. Cet enterrement de carnaval marquait donc l'adieu à la chair – celle-ci renvoyant aussi bien à la viande qu'aux plaisirs sexuels.

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La tradition des œufs de Pâques

Le matin de Pâques, on a coutume de cacher des œufs en chocolat dans les jardins afin que les enfants s'amusent à les chercher. Dans la tradition orthodoxe, il s'agit de vrais œufs, cuits durs et teints en rouge, que l'on déguste à l'occasion des agapes pascales. Cette tradition est en fait antérieure au christianisme et correspond à une offrande aux fées et aux divinités de la Nature. L’œuf est en effet le symbole même de la vie et du renouveau. Jadis, on les peignait de couleurs vives et l'on y inscrivait ses vœux, avant de les enterrer pour que les fées les trouvent et en exaucent les souhaits.

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Le chapeau épinglé - Renoir

Les chapeaux fleuris et le Prince de la Jeunesse

Une tradition ancienne veut qu'on se coiffe de fleurs et on en orne ses chapeaux. Ainsi, le calendrier des bergères, datant du XVè siècle, dit :

Jeunes fillettes en mon temps
Cueillent les fleurettes aux champs,
Desquelles font chapeaux honnêtes
Qu'elles portent dessus leurs têtes
Quand aux fêtes et danses vont
Pour leurs chapeaux plus gentes sont. 


Les calendriers médiévaux évoquent également le « Prince de la Jeunesse », adolescent au front ceint d'une guirlande de fleurs ou d'un fin bandeau. Il porte à la main des rameaux, des corbeilles d'osier remplies de fleurs ou bien des nids d'oiseaux.

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Les sorcières voleuses de lait

Le mois d'avril est une période favorable pour traire les vaches et baratter le beurre. Mais il faut prendre garde aux fées et aux sorcières qui raffolent de cet aliment dont elles sont dépourvues. En Angleterre, dans le Yorkshire, les sorcières volent le lait des vaches à distance, en trayant le pied d'un tabouret de bois. Madame Widecomb, une sorcière écossaise, avait le pouvoir de se métamorphoser en arbre. Elle allongeait alors ses branches vers les vaches, les enroulaient autour de leurs pis et aspirait ainsi tout le lait. Une autre sorcière possédait un sac magique qui se rendait tout seul jusqu'au pré voisin, où il trayait les vaches avant de rapporter le lait à la sorcière.

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La nuit de Walpurgis : 30 avril

Redoutée en Alsace et dans les pays germaniques, la nuit de Walpurgis est dévolue aux sorcières et aux démons, qui se réunissent à l'occasion de sabbats infernaux où se commettent mille orgies et transgressions, réprouvées aussi bien par l'Eglise que par les mœurs. Cette nuit démoniaque a lieu la veille du 1er mai, correspondant à l'ancienne fête celtique de Beltaine. Son nom est associé à une princesse anglaise du VIIIè siècle, sainte Walburge, qui s'établit comme missionnaire en Allemagne et devint abbesse du couvent de Heidenheim. La croyance veut que la sainte s'adonnât à des pratiques magiques, c'est pourquoi elle est associée à cette veillée de sorcières. Jadis, on allumait des feux en plein air lors de cette sombre nuit afin d'éloigner les esprits mauvais. De nos jours, certains rites païens ont renoué avec la tradition de la nuit de Walpurgis, en y voyant, non plus une pratique maléfique, mais une célébration de la Nature.

Holocauste canadien
Calendrier païen – Avril

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Invité
vendredi 16 novembre 2018

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