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Le disque solaire de Nebra - La découverte du millénaire

Le disque solaire de Nebra - La découverte du millénaire

 

Nous allons nous plonger le temps de cet article dans l’âge du bronze et même l’âge de pierre. Je reprends ici un sujet que j’ai déjà évoqué de manière succincte, mais que nous allons voir maintenant de forme détaillée. Le détour en vaut la chandelle, car nous allons voir la plus ancienne représentation céleste du monde, elle date de bien avant les grecs, bien avant les égyptiens et mésopotamiens. Le génie de nos lointains ancêtres nord- et centre-européens retrouve avec cette pièce archéologique la place qui lui revient de droit. 

C’est en 1999, dans la région allemande de Sachsen-Anhalt, que dans une profonde forêt fut découverte une pièce archéologique qui allait révolutionner nos connaissances du monde « barbare » de l’âge du bronze. Cet objet fut trouvé par des amateurs à l’aide de simples détecteurs de métaux. Ces amateurs ignoraient tout de la véritable valeur de leur découverte, et décidèrent de vendre au marché noir cet objet ainsi que deux épées en bronze et autres ustensiles trouvés au même endroit. Après quelques péripéties rocambolesques, c’est en Suisse que l’objet en question put être récupéré et sauvé des mains peu scrupuleuses du marché noir. Il fut remis en 2002 au Landesmuseum de Halle (Sachsen-Anhalt) où il se trouve encore de nos jours. Cet objet est le disque céleste de Nebra, connu en allemand comme « die Himmelsscheibe, disque que les archéologues n’hésitent plus à nommer « der Jahrtausendfund » (la découverte du millénaire) : 

Dès le début, on a voulu remettre en doute l’authenticité du disque, ce qui en fait ne fut pas une mauvaise chose car ainsi il a été possible d’évacuer tous les doutes possibles. Les analyses scientifiques ont démontré que non seulement l’objet est authentique, mais qu’en plus il est autochtone, c’est-à-dire que les éléments qui le composent sont bien originaires d’Europe centrale, et non du Moyen-Orient comme certains avaient voulu le croire au début. Nombreux sont les conformistes qui furent dérangés par cette découverte. Car selon eux « comment serait-il possible que nos ancêtres « barbares » aient pu créer une représentation céleste bien avant les grandes civilisations comme Sumer ou l’Égypte » ? Nombreux sont les livres d’histoire qui devront être revus et corrigés afin de rétablir certaines vérités concernant nos lointains ancêtres soit disant barbares. Même si les académiciens ont décidé que l’histoire devait obligatoirement commencer avec les débuts de l’écriture, il serait fortement injuste de vouloir occulter la richesse des cultures de tradition orale. Le disque de Nébra est une des plus belles preuves de cette richesse culturelle. Par ailleurs, les scientifiques ont pu également constater un autre fait très intéressant : le disque ne fut pas créé en une seule fois, mais en plusieurs étapes. Et c’est précisément l’histoire de ces différentes phases du disque céleste qui sera ici le fil conducteur. Sa première élaboration se situe avant –1600, ceci si l’on s’en tient bien-sûr à la datation des objets qui accompagnaient le disque. D’autres dates possibles sont également avancées qui elles se situent entre –2100 et –1700. Pour mieux comprendre ce disque, il faut emprunter la machine à voyager dans le temps, et se plonger dans les mystères de ces lointains européens de l’âge du bronze, un âge où vivre en harmonie avec Dame Nature n’était pas un choix écologique ou politique, mais bien une nécessité, voir une question de survie . 

Il y a environ 4000 ans, la région de Sachsen-Anhalt était habitée par des populations fortement agricoles. Elles avaient acquis au cours des siècles précédents des techniques très précises concernant l’outillage et le travail de la terre. Les villages étaient alors composés de grandes maisons dans lesquelles vivaient les clans ainsi que leurs animaux; chaque maison était habitée par environ une douzaine de membres. C’est dans le cœur de ces grandes maisons où la vie sociale prend une dimension véritablement sacrée, que les membres du clan se sentaient unis. L’intimité n’y était pas de mise, car la seule chose qui importait, était la vie en communauté et surtout l’appartenance au clan. Les liens de sang et de cœur avaient à cette époque une dimension religieuse indestructible. Les durs travaux agricoles et d’élevage requièrent alors la participation du clan dans son entier ; l’union est une condition sine qua non pour la survie et l’évolution des clans. Le village ne connaît ainsi pas de répit.

C’est dans un de ces villages de cette région, au plus profond de l’âge du bronze proto-germanique, que devant une maison brûle un feu très particulier. Ce feu est celui d’un forgeron assisté par un homme dont le regard exprime une connaissance profonde. Ce dernier donne des directives au forgeron pour la création d’un objet sacré et vital : un disque céleste. Mais qui était cet homme dont les connaissances dépassaient de loin la moyenne des membres de son clan ?

Tel que l’explique l’archéologue Harald Meller, cet homme appartenait très certainement à l’élite du clan, à une aristocratie qui avait acquis de profondes connaissances sur leur environnement suite à de longues observations et réflexions. Une tombe découverte dans le même région, à Leubingen, datée de 1942 avant notre ère, montre justement que le défunt possédait toutes les caractéristiques d’un membre de l’élite : des offrandes composées de bijoux en or, des outils de forgeron, et des armes en bronze. Les ustensiles de forgeron dans la tombe démontrent également que ces derniers devaient jouïr d’un statut très spécial dans la communauté de l’âge du bronze, la forge à cette lointaine époque est un acte de création relevant de connaissances occultes et magiques. Ainsi, la société plus ou moins égalitaire du Néolithique, est petit à petit délaissée pour une société de l’âge du bronze s’articulant clairement autour d’un système élitiste et pyramidal. Les premières formes de l’aristocratie voient le jour, mais ces princes ne basent pas leur pouvoir sur la filiation comme ce sera bien plus tard le cas, cette élite tire toute sa force des connaissances acquises. 

Ce disque céleste une fois élaboré, fut ensuite déposé dans un endroit sacré, un lieu représentant le centre du pouvoir, celui dont dépend le clan tout entier. Plongeons-nous dans la magie de l’histoire en imaginant la scène suivante. Dans une de ces longues nuits annonçant l’arrivée toute proche de l’hiver, à la lumière de torches, avancent tous les membres du clan de Nebra vers l’entrée d’un long couloir fait de grandes palissades en bois. Hommes, femmes et enfants, s’arrêtent devant cette entrée mystérieuse entourée de brumes, leurs yeux semblent regarder respectueusement au-delà des palissades, vers le lointain. L’ambiance est solennelle. Éclairs et tonnerres dans le ciel nocturne rappellent à tous que les Dieux ne sont pas bien loins, ils accompagnent les hommes de la Terre du Milieu vers le destin qu’ils se forgent. Il ne fait aucun doute pour ces hommes et femmes que le Dieu du Tonnerre est présent. De son arme telle un concasseur, jaillissent les éclairs qui défendent l’ordre cosmique et divin des choses. Se pourrait-il d’ailleurs qu’à cette époque où les Dieux transmettent à certains hommes les secrets de la forge, le Dieu du Tonnerre ait délaissé la hache de combat indo-européenne pour le marteau des forgerons? Un sujet à approfondir...

Le clan sort alors doucement de son recueillement pendant que des instruments rituels, les lures, marquent les rythmes du temps qui passe. Deux hommes et une femme se détachent alors du reste du groupe, et avancent lentement dans le couloir de palissades. Sur les bras de l’un d’eux repose le disque céleste, le deuxième porte une torche, et quant à la femme, elle porte les offrandes. Le premier homme est le prince, détenteur de la connaissance qui permet de calculer les saisons, l’évolution cyclique du temps, et par là-même l’époque des semences et récoltes. Le deuxième semble être le forgeron, celui dont les connaissances magiques ont permis la création du disque sacré. La femme, une ancienne du village, est celle qui détient le pouvoir de communiquer avec les Esprits de la forêt et les secrets des anciens. Au bout du long couloir, tous trois s’avancent lentement vers l’entrée d’une grotte où se trouve l’un des altars du clan. Des statues en bois se trouvant au fond de la caverne représentent les ancêtres du clan ainsi que les Dieux et Déesses. La lumière dansante de la torche donne vie aux ombres des statues. Au dessus d’une grande pierre plate, au bout de longues lanières de cuir, pendent les amulettes dont les symboles parlent de la connaissance héritée depuis la nuit des temps. Sur cette grande dalle de pierre, couverte d’un tissu blanc, est déposé le disque céleste, pendant que la femme donne en offrande les fruits du clan. Le disque restera là, gardé par l’homme le plus vigilant du clan ; il est vêtu de blanc et on dit de lui qu’il est capable de dormir moins qu’un oiseau, que ses yeux voient au-delà de l’horizon, et qu’il entend l’herbe croître. Le disque de bronze avec ses représentations célestes en or, ne sera ressorti que pour le prochain solstice d’hiver, la nuit la plus longue de l’année. Mais quels sont donc les secrets que renferme ce disque de Nébra ? Et, qu’en pensent les scientifiques de nos jours qui se sont penchés sur la question ?

Voyons d’abord un peu les caractéristiques du disque céleste de Nébra. Le disque en bronze pèse 2 kg, et son diamètre est de 32 cm. Son alliage de cuivre et d’étain donne des indications sur la provenance des matériaux. Le cuivre vient d’une mine du Mitterberg près de Mühlbach am Hochkönig dans les Alpes orientales. La composition du disque a démontré que celui-ci a été finement travaillé, et que la quantité faible d’étain utilisée, 2,5%, semble être une innovation pour l’époque, tandis que les autres proportions sont typiques pour la région à l’âge du bronze. Les autres objets trouvés avec le disque donnent de pécieuses indications car ils ont pu être datés : l’enterrement des objets a eu lieu vers –1600 ; la production des objets se situe entre –2100 et –1700. Sur le disque se distinguent différentes figures dont l’interprétation fut plutôt aisée: un croissant de lune, une pleine lune ou un soleil, une barque / navire, de nombreux ronds figurant des étoiles, et un groupe d’étoile se trouvant entre le croissant de lune et la pleine lune / soleil qui fut clairement identifié comme étant la constellation des pleïades. En bordure du disque, juste derrière le croissant de lune, se trouve un quart de cercle qui pourrait bien marquer l’horizon. 

La réflexion des scientifiques commence avec l’archéologue Meller qui analysa la position des pléïades à l’âge de bronze par rapport à la ligne d’horizon occidentale. Il put constater de manière précise qu’avant de disparaître, les pleïades au 10 Mars sont encore visibles durant le crépuscule. Cet événement du ciel nocturne est alors accompagné par un croissant de lune tel que l’indique le disque céleste. Le même phénomène se renouvelle de manière opposée le 17 Octobre lorsque les pléïades redeviennent visibles à l’horizon durant l’aube. Ici, le processus est accompagné d’une pleine lune, et encore une fois l’indication se trouve bien reflétée sur le disque de Nébra dans sa première phase (voir photo nº1).

C’est l’astronome de Hamburg-Bergedorf, Ralph Hansen, qui eût l’idée géniale d’observer de plus près le croissant de lune qui se trouve sur le disque. La largeur de ce croissant de lune est la première clé du mystère car cette largeur correspond au 4è jour après la nouvelle lune. Quelle signification pouvait donc bien avoir cette indication pour les anciens de l’ère du bronze ? Après une reconstitution au planétarium de Hamburg reproduisant ainsi le ciel nocturne de cette époque lointaine, Ralph Hansen s’est concentré sur la position de la lune par rapport aux étoiles. Il est apparu qu’un mince croissant de lune se trouvait près de la constellation des pleïades. Si l’on rapporte la position de la lune à la position des pleïades comme indiquée sur le disque, il ressort que 12 jours plus tard avec la pleine lune commençait le printemps. Nous sommes donc en présence d’une indication précieuse permettant de marquer exactement le début du printemps. 

Mais la réflexion de l’astronome ne s’arrête pas là. Car c’est un ancien texte en cunéiforme de Babylone qui allait lui donner une autre clé pour résoudre un des mystères du disque de Nébra. Ce texte, en effet, nous permet de comprendre un élément essentiel pour déchiffrer le disque. Il fait référence au problème qu’ont eu toutes les cultures dont le calendrier était basé sur la lune : le décalage entre année lunaire et année solaire. L’anné solaire comporte 365 jours alors que le calendrier lunaire n’en comporte que 354. Le texte babylonien dit donc la chose suivante : durant le mois de printemps, lorsque les pleïades et la lune se rencontrent après 4 jours suivant la nouvelle lune, il faut rajouter au calendrier lunaire un mois supplémentaire. C’est exactement ce que représente le disque de Nébra dans sa 1è phase : les pléïades au 4è jour après la nouvelle lune. 
Grâce à cette précision dans le calendrier lunaire, il fut possible d’indiquer un moment crucial pour nos lointains ancêtres : celui qui annonce le temps des semences. 

Tout ceci piqua au vif la communauté des spécialistes de l’histoire des civilisations, car depuis le disque de Nébra, l’adage « Ex oriente lux » doit être remis totalement en question. L’archéologue Meller dit d’ailleurs à ce propos : « Nous avons dramatiquement sous-estimés les peuples de la préhistoire ! » Le détail qui dérange ceux qui veulent à tout prix faire passer nos ancêtres européens pour des brutes incultes, c’est que1000 ans avant ce texte babylonien, les « barbares » du Nord avaient déjà immortalisé en images sur le disque de Nébra la réponse-clé au problème du calendrier lunaire. Le génie européen est donc une réalité historiquement prouvée, n’en déplaise aux ennemis de l’identité culturelle européenne. Nos ancêtres du Nord construisaient en bois, leurs traditions étaient orales, et certes, cela pose évidemment de gros problèmes aux historiens du XXIè siècle quant à la reconstitution de certains aspects des cultures de la préhistoire européenne. Mais ce n’est pas parce que cette culture leur échappe en partie, que cela voudrait dire qu’elle n’ait pas existé. Depuis trop longtemps, la mauvaise foi de certains historiens atteignait des sommets en tentant de faire passer l’idée que les européens de l’âge du bronze auraient été des êtres culturellement inférieurs. Heureusement que le disque de Nébra est venu remettre les pendules à l’heure en rappelant que nos ancêtres du Nord n’étaient ni inférieurs ni supérieurs, ils étaient tout simplement les porteurs d’une culture riche, profonde, et fascinante, tout comme l’étaient les autres grandes cultures historiques du monde. Transmettre cette notion ne relève pas seulement d’un défi, mais représente certainement de nos jours un véritable combat culturel et identitaire. 

Pour bien comprendre à quel point ces ancêtres de l’Europe Centrale et du Nord possédaient des connaissances très avancées du monde céleste et qu’ils n’ont pas attendu le Moyen-Orient pour les exprimer, il suffit de remonter encore plus loin dans le passé de Nébra, avant l’âge du bronze, au néolithique exactement. Car en effet, à une trentaine de kilomètres de là, se trouve le plus vieux temple solaire d’Europe : celui de Goseck. Daté aux alentours de 4800 avant notre ère, il est largement plus ancien que Stonehenge. Mais contrairement à ce dernier, le temple de Goseck ne fut pas construit en pierre, mais en bois. Les scientifiques ont pu malgré tout reconstituer et reconstruire les contours de ce temple solaire de Goseck. Il s’agit d’un grand cercle en bois constitué de palissades. Trois ouvertures dans ce grand cercle forment des axes. Et grande fut la surprise de constater qu’au solstice d’hiver, et uniquement durant ce jour le plus court de l’année, le soleil se levait exactement par une ouverture pour se coucher de manière aussi précise par une autre ouverture (voir lien à la fin pour le temple de Goseck).. 

Trois millénaires plus tard, le « prince de Nébra » - car il faut bien lui donner un nom – détenteur des grands secrets du disque céleste dans sa première phase, à un moment donné de sa vie, a très certainement dû être confronté à un problème de 1er ordre : celui de transmettre ou non les secrets du disque. Cette transmission de la connaissance était-elle sans risque ou serait-elle sujette à des changements ? Les craintes du prince sont fondées, car les scientifiques ont pu déterminer que le disque a été remodelé tel qu’on peut le voir sur la photo nº2.

Cette 2è phase du disque céleste prouve que quelque chose a dû se passer au cours de son histoire. Ainsi s’ouvre la porte à de nouvelles questions qui engendrent à leur tour bien des hypothèses :
- le « prince de Nébra » fut-il trahis par son propre clan ? Le pouvoir au sein d’une communauté fondé sur la connaissance des secrets du disque, ne laissa certainement pas indifférents les autres membres du clan. Se pourrait-il alors qu’un véritable conflit de pouvoir ait ébranlé la sereinité du clan ?
- le « prince de Nébra » et son clan furent-ils victimes d’un autre clan désireux de conquérir pouvoir et richesses ? Une famine aurait-elle pu être la cause de ce désir de conquête ? Les secrets du disque permettraient alors à cet autre clan de devenir maître des pouvoirs qui régissent le cosmos et ainsi prédire le temps des semences. 
Ces deux premières hypothèses pour expliquer le passage à la 2è phase du disque, sont fondées sur un conflit, un acte violent donc. Mais il semblerait que cette conquête violente du disque ne puisse pas être retenue car de sérieux doutes viennent troubler cette possibilité. À Salzmünde près de Halle, dans la région de Nébra, fut trouvé un immense site archéologique de l’âge du bronze dont la datation englobe l’époque du disque céleste. Les nombreux squelettes qui y furent trouvés ont permis une analyse approfondie sur le mode de vie de cette période. Les conclusions de l’anthropologue Sandra Pichler furent que les gens de cette époque n’étaient pas soumis aux violences des conflits que connaîtra l’âge du fer. Les clans de l’époque de Nébra sont donc articulés autour d’une société agricole vivant dans la prospérité et la paix. C’est une société où chacun contribue par son travail au bien-être du clan tout entier. 
Par contre, ces mêmes analyses ont permis la découverte d’un fait intéressant qui pourrait expliquer d’une autre manière le passage à la 2è phase du disque. En effet, la vie avec les animaux d’élevage ont fait apparaître de nouvelles maladies. Cette promiscuité et les maladies qu’elle a causées sont certainement à l’origine d’un taux de mortalité soudain et massif qu’ont pu constaté les archéologues de la région. Se pourrait-il alors que le clan de Nébra soit également vicitime de ces nombreux décets dûs à ces nouvelles maladies ? Et se pourrait-il que le « prince de Nébra » meure sans pouvoir transmettre correctement les secrets du disque ? Comme le décrit l’archéologue Harald Meller, une seule chose est sûre : le disque de Nébra fut modifié par une personne intelligente, qui elle aussi devait appartenir à une certaine élite, car la 2è phase du disque prouve que l’on n’a point cherché à effacer les secrets de la phase précédente, mais que l’on a plutôt cherché à compléter ces connaissances. Nous sommes donc en présence d’une phase évolutive du disque basée sur l’héritage antérieur, et non sur une récupération destructive. Plus tard, ce phénomène destructeur sera d’ailleurs bien connu des chrétiens qui s’acharneront durant des siècles à détruire les connaissances de l’antiquité païenne. Heureusement ce ne fut pas le cas avec le disque céleste. Cette transition évolutive du disque se distingue par le rajout de deux arcs sur chaque extrême de l’objet. Ces arcs marquent selon toute vraisemblance l’horizon occidental et l’horizon oriental. Le rajout des arcs fut à l’origine de la disparition ou du déplacement de certaines étoiles du disque. Ces arcs furent en tous cas la clé pour déchiffrer un autre secret du disque céleste. Les extrémités des arcs forment en effet un angle à 82 degrés. Si l’on rajoute aux axes obtenus avec ces angles à 82 degrés une autre croix marquant les 4 points cardinaux, il en résulte que les extrémités des arcs désignent l’aube et le crépuscule au moment des solstices d’été et d’hiver. Voir photo sur la gauche.

À ce stade, il faut préciser également un autre élément de grande importance : ces angles à 82 degrés sont un phénomène propre au site même de Nébra. Si l’on cherche à adapter ces angles au système des solstices, on ne peut que le vérifier dans la région centrale de l’Allemagne actuelle. Donc, tout comme les autres secrets du disque, ces nouveaux calculs astronomiques prouvent que les changements apportés ne sont pas le fruit d’une importation exotique, mais bien le résultat d’une connaissance autochtone. Le nouveau propriétaire du disque, ce nouveau « prince de Nébra », savait donc très bien ce qu’il faisait lorsqu’il rajouta les deux arcs pour désigner les horizons. 

Tel que nous l’avons déjà décrit auparavant, l’âge du bronze proto-germanique fut une longue période paisible, baignée par un climat doux et agréable pour ces latitudes nordiques. L’agriculture et l’élevage sont alors prospères, la pêche et la chasse constituent des compléments très appréciés. La région de Nébra quant à elle, possède la particularité de se trouver en plus à la jonction de plusieurs routes commerciales Nord-Sud et Est-Ouest. Les commerçants transportaient principalement l’ambre du Nord de l’Europe, des matières premières des Balkans et des Alpes, ainsi que des bijoux du Sud européen. Le long de ces routes commerciales, il était commun de devoir payer un tribut de passage aux clan. C’était une coutume qui remontait à la nuit des temps. Il en allait certainement de même avec le clan de Nébra qui devait également recevoir des droits de passage. Ceci devait bien-sûr augmenter la richesse et le bien-être du clan qui vivait ainsi en ces temps reculés dans une certaine opulance. Une société qui subvient à ses nécessités est une société où l’art et la réflexion peuvent se développer sans retenue. Et ce fut le cas pour une bonne partie de l’âge de bronze européen. Le disque de Nébra montre bien cette richesse car il concentre sur lui les aspects multiples de cette culture où science et connaissance sont intimement liées à la religiosité polythéiste. Dans ce contexte, il semble évident que le clan de Nébra devait donc jouir d’une certaine notoriété. 

L’Europe proto-germanique et proto-celte de l’âge du bronze ne se compose pas de grandes nations et encore moins d’empires. « Nation et empire » sont des notions inconnues. La loi du clan et des ancêtres est celle qui prédomine. La société s’articule autour de très nombreux peuples eux-mêmes divisés en clans. L’union de plusieurs clans ou peuples, permettant à chacun de vivre en paix, était souvent pactée par des mariages entre les élites des clans. Les spécialistes s’accordent à penser que des rassemblements où se réunissaient les chefs de clan devaient avoir régulièrement lieu, on pourrait y voir des Althings avant l’heure. Et comme dans toutes les sociétés basées sur le système des clans, les pactes devaient se conclure par des mariages diplomatiques. Princes et princesses s’unissent ainsi pour la paix et la prospérité de tous. Là aussi le clan de Nébra n’a pas dû échapper à cette coutume de l’époque. Se pourrait-il qu’une telle union avec une princesse du Nord, peut-être de l’actuel Danemark, soit à l’origine de la 3è phase du disque de Nébra ? Se pourrait-il qu’elle ait apporté avec elle une nouvelle religiosité païenne venue du grand Nord ? Mais avant de répondre à ces suppositions, voyons d’abord quelle est cette 3è phase du disque céleste (voir photo nº3).

Un rajout caractérise cette 3è phase, une courbe que les spécialistes ont identifié comme étant une barque, une barque solaire pour être précis, thème religieux très répandu à l’âge du bronze dans le Sud de la Scandinavie. Cette barque solaire, contrairement aux représentations antérieures du disque, ne semble remplir aucune fonction pratique quant à l’observation et au calcul des cycles célestes. Elle serait selon Harald Meller tout simplement la marque de l’apparition d’une nouvelle religion au cours de l’âge de bronze. Mais cette nouvelle tradition païenne ne vient pas effacer l’antérieure, elle vient au contraire la compléter. Tout indiquerait que la croyance était centrée sur la divinité du soleil et des cycles saisonniers qui lui sont liés. La barque solaire représentait symboliquement le voyage du soleil sur un navire en or pour traverser l’infra-monde des ténèbres, celui de la mort. Chaque matin le soleil renait pour donner jour à une nouvelle ascension vers son zénith, ceci afin d’accomplir un nouveau cycle de la vie. Naissance-mort-renaissance, l’astre-roi montre ainsi la voie aux hommes de l’éternel retour des cycles naturels. Les mystères du temps qui passe s’enracinent dans ce principe sacré des cycles. Selon cette mystique de la religion solaire, la vie elle-même est un hymne au principe des cycles naturels. La roue solaire, que l’on retrouve très largement répandu dans l’âge du bronze nordique, est la manifestation symbolique des cycles solaires. Les nombreuses roches gravées du Sud de la Scandinavie où l’on reconnaît des roues solaires accompagnées de navires témoignent du fort enracinement de cette religiosité liée au culte solaire.

Dans plusieurs tombes du même secteur géographique, il a été retrouvé des offrandes faites au défunt, des offrandes d’une nature assez particulière. Il s’agit de petits navires en or qui accompagnaient symboliquement le défunt. On retrouve là aussi le thème de la barque solaire qui permet au défunt de traverser le monde des morts pour renaître vers une autre vie. Tout comme le soleil qui renaît chaque année après les nuits sacrées du solstice d’hiver, le défunt vogue à travers les ténèbres vers l’aube d’une nouvelle dimension cyclique. Ce thème se retrouve non seulement dans le Nord européen, mais également dans la lointaine Égypte où le Pharaon empruntait après sa mort une barque solaire pour le mener vers son destin d’immortel. 

Le Sud de la Scandinavie étant géographiquement proche, il est fort probable que le clan de Nébra ait reçu l’influence de cette région, et non de la très lointaine Égypte. Cette conception cyclique de la vie liée à la symbolique de la barque solaire, marqua profondément les religions polythéistes de l’ancienne Europe, elle s’opposera d’ailleurs bien plus tard avec véhémence à la vision linéaire des monothéistes. La christianisation de l’Europe ne se fera d’ailleurs qu’au prix de nombreuses récupérations en intégrant dans son calendrier catholique d’anciennes fêtes païennes liées au culte des cycles solaires. 

Pour en revenir au clan de Nébra, toujours selon les dires de l’archéologue Harald Meller, responsable en chef de l’institut d’archéologie de Sachsen-Anhalt, on peut très bien s’imaginer que l’introduction de cette mystique de la barque solaire ait été apportée dans la région de Nébra suite à un mariage avec une princesse d’un clan du Nord. On peut rajouter à cette remarque que des femmes introduisant une nouvelle religion dans la famille et dans le clan, n’est pas un phénomène inconnu dans l’histoire ; c’est un fait fortement documenté durant toute l’histoire européenne. 

À ce stade de l’histoire du disque il faut insister sur le fait que la barque solaire vient compléter les traditions existantes.Ce fait va apparament changer avec la 4è phase du disque. Cette ultime phase du disque céleste est marquée par deux faits majeurs :
- l’un des arcs de cercle marquant l’horizon est enlevé, ce qui a pour conséquence de détruire l’aspect fonctionnel que le disque avait reçu lors de sa 2è phase ; il n’est donc plus l’objet sacré permettant les observations de la voûte céleste
- des trous sont réalisés sur tout le pourtour du disque, très certainement pour le fixer sur un support comme un étendard ; le disque n’est donc plus occulté, il est ainsi montré à tous.
Cette ultime phase du disque ouvre encore une fois la porte à bon nombre d’hypothèses possibles. Le disque est-il devenu le trophée d’une identité religieuse que l’on ne comprend plus, représente-t-il à présent l’expression d’une connaissance perdue au cours des générations ? C’est en tous cas l’hypothèse qui semble la plus probable, car les aléas de l’histoire font hélas que souvent l’être humain perd au gré des générations la connaissance et la sagesse des anciens. Ça ne serait ni la première ni la dernière fois qu’un tel phénomène se produit. 
Pour cette 4è et ultime phase du disque céleste de Nébra, voir photo nº4.

Lorsque les archéologues décidèrent de reconstituer in situ la position exacte dans laquelle furent découverts le disque et les autres objets, ils constatèrent un fait étrange. Le disque avait en fait reçu les honneurs posthumes d’un défunt. En effet, comme il était d’usage à l’époque de Nébra, le défunt recevait des offrandes pour son voyage post-mortem, et ces offrandes se faisaient souvent en double. C’est exactement ce que les archéologues purent constater pour le disque. Posé verticalement, avec très certainement la barque solaire en bas, le disque céleste avait reçu en offrande deux épées et deux haches. Il est clair qu’un rituel avait dû accompagner l’enterrement du disque. Il fut ainsi consacré une dernière fois aux Dieux. Mais pourquoi ce dernier prince de Nébra aurait-il sacrifié aux Dieux le disque céleste ? Encore une fois ce sont les archéologues qui vont nous donner certains indices permettant d’apporter une réponse plausible à la question. À l’époque où fut enterré le disque, on voit apparaître les prémices d’un changement climatique, les hivers deviennent plus rudes, les récoltes ne sont plus ce qu’elles étaient, les premiers symptômes de famines font leur apparition. C’est aussi un temps qui voit une construction accrue des premières places fortifiées, ce qui laisse supposer que les temps étaient devenus instables et violents. Ceci se voit confirmé par une production des armes qui augmente très fortement. Dans ce climat de nécessité et de guerres, il est fort possible que le dernier prince du disque céleste ait décidé dans un geste désespéré et solennel, de donner celui-ci en offrande aux Dieux dans l’espoir que les puissances divines redeviennent plus clémentes avec le clan. Si leur requête fut entendue nul ne le sait, car le disque restera enterré là, muet, des millénaires durant. L’histoire de cette partie de l’Europe allait tourner une page importante du grand livre de son destin. La roue tourne, et ainsi s’accomplissent les cycles. Le souvenir du disque rappelle celui d’un âge d’or perdu, une époque rude, certes, mais une époque de paix et de prospérité, une ère malheureusement révolue pour le clan de Nébra. 

Il faudra attendre 3600 ans plus tard pour que le disque céleste de Nébra soit déterré et ressorti des brumes d’un passé que l’on aurait pu croire englouti à jamais. Les énigmes du disque céleste de Nébra ouvrent ainsi les portes d’un monde oublié et lointain, celui de nos ancêtres pas vraiment « barbares » de l’âge du bronze. C’est un univers qui envoûte et nous invite sur les chemins perdus de nos racines du Nord afin de boire à une des sources de notre identité. Et c’est pourquoi nous pouvons affirmer à ce stade que le disque céleste possède un véritable pouvoir magique, ne serait-ce que par le fait qu’il nous ait permis ce voyage dans le temps, un voyage permettant d’entrevoir une des pages les plus méconnues de notre histoire. 

Hathuwolf Harson  

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samedi 17 novembre 2018

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