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L'enquêteur de l'occulte

L'enquêteur de l'occulte

David Farrant dirige la Société Britannique du Psychique et de l'Occulte. Commentant ses recherches dans le domaine su paranormal, il nous révèle les dessous d'une affaire qui défraya la chronique Outre-Manche et dans laquelle il faut directement impliqué : celle du vampire de Highgate.

David Farrant fit la « une » des journaux lors de son arrestation, dans les années 70, pour avoir « chassé le vampire » au cimetière de Highgate, à Londres. Farrant passa deux années en prison, pendant lesquelles il nourrit une double amertume : sur la façon dont la presse avait « couvert » l'affaire, mais aussi sur le traitement que la police lui réserva. Depuis lors, il a lutté pour faire entendre sa version des faits, aboutissant à la publication de son libre Beyond the Highgate Vampire(« Au-delà du vampire de Highgate »).

Dès l'adolescence, Farrant s'est intéressé à l'occulte. Sa mère était membre de l'Eglise Spiritualiste, et il put ainsi pénétrer très tôt les sphères du paranormal. En 1967, il est l'un des fondateurs de la British Psychic and Occult Society (BPOS) et enquête à ce titre sur de multiples cas, notamment celui du vampire de Highgate qui fera tant pour son malheur...

David Farrant nous a reçu à son domicile londonien.

Avant toute chose, il m'importe de vous préciser ma conception de l'inexpliqué. Au cours de mes enquêtes, j'ai pu me rendre compte qu'il existait trois catégories de phénomènes inexpliqués. La première catégorie regroupe la majorité des événements paranormaux – ce sont les manifestations de « personnages-fantômes ». En second lieu, nous trouvons tout ce qui a trait à l'activité poltergeist : les esprits frappeurs, les déplacements d'objets, etc. sachez que j'hésite beaucoup à parler de la troisième catégorie, car elle concerne des entités qui semblent véritablement posséder une sorte d'intelligence.

 

Bien, procédons par ordre. Quelle est votre définition des « personnages-fantômes » ?

 

Je n'aime pas ces termes de « fantôme » ou de « revenant », parce qu'ils polluent l'esprit des gens avec un folklore de draps blancs et de chaînes. Pourtant il existe bien des personnages fantomatiques – voire des animaux et même des objets – projetant une image très réelle. Ce ne sont pas précisément des images dotées d'intelligence : elles viennent du passé, se reproduisent à certains moments et sous certaines conditions, notamment en fonction des alignements planétaires, des cycles lunaires et surtout des conditions atmosphériques. L'eau semble jouer un rôle très important : en effet, ces phénomènes apparaissent surtout lorsque l'eau est présente dans l'environnement.

 

Pouvez-vous donner un exemple d'affaire où l'eau jouait un tel rôle ?

 

Nous avons enquêté sur un cas de chien fantomatique, apparu à plusieurs reprises dans le comté de Hereford, près du Pays de Galles. Un soir où deux personnes rentraient chez elles en voiture, elles virent soudain un énorme chien noir, dressé au milieu de la route. Le temps d'un violent coup de frein, le chien avait disparu – ce qui est le cas 99 fois sur 100. sur place, nous avons découvert qu'un ruisseau coulait sous la route, précisément à l'endroit où le chien noir avait été vu.

 

Pourquoi l'eau serait-elle si importante ?

 

Je m'efforce de trouver la réponse à cette question... qui est probablement fondamentale. Je pense que l'eau joue le rôle de catalyseur d'une forme d'énergie que la science ne comprend pas encore très bien... Energie qui conduit à la matérialisation d'images psychiques en utilisant l'eau mais aussi la pierre comme moyens de diffusion.

 

Quel est le rôle joué par la pierre ?

 

Les phénomènes fantomatiques surviennent fréquemment dans de vieilles constructions en pierres, dans des abbayes u le long des « leys », ces fameux alignements souvent jalonnés par des pierres. À mon avis, les pierres jouent le rôle d'une batterie naturelle qui, dans certaines conditions, « condenserait » de l'énergie psychique.

 

Qu'en est-il des poltergeists, votre seconde catégorie ?

 

De nombreux événements puisent leur origine dans les nivaux inconscients de l'esprit humain. Ils se produisent souvent lorsque le sujet dort ou est sur le point de s'endormir. C'est au moment où la conscience se met au repos que d'étranges activités peuvent survenir. J'ai étudié, à Brighton, le cas d'une femme confrontée aux problèmes classiques de l'activité poltergeist. Quand elle sortait de chez elle, le soir, il arrivait que sa cuisinière à gaz s'allume toute seule, ou bien encore elle se réveillait la nuit pour entendre le bruit d'une étagère tombant à terre. Elle nous raconta qu'une fois, son neveu avait été poussé dans l'escalier par une force mystérieuse. Bien que je ne le lui ai jamais dit, je suis convaincu que la plupart des phénomènes qu'elle a décrits avaient pour origine son propre psychisme. Ce genre de choses arrive à certains plus qu'à d'autres ; sans doute cela dépend-il de leur degré de sensibilité.

 

Ceci nous amène à votre troisième catégorie, c'est-à-dire les entités douées d'intelligence. Pourquoi hésitez-vous à en parler ?

 

Parce qu'il 'agit d'un domaine mal connu. J'ai été confronté à un trop grand nombre d'affaires où je n'ai pas trouvé d'explication satisfaisante. De plus, ces entités peuvent être malveillantes, notamment quand elles cherchent à communiquer avec une personne précise. Aussi je répugne à parler d'une notion aussi délicate que celle du Mal, même s'il est clairement établi que ces entités peuvent avoir un effet négatif sur les personnes physiques.

 

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

 

L'exemple qui me vient à l'esprit est celui d'une femme qui m'a écrit, en 1992, au sujet d'une force psychique qui la terrifiait. Il lui arrivait de se réveiller, au beau milieu de la nuit, et de se sentir totalement paralysée. Incapable de bouger un muscle, incapable de pousser un cri. Elle ressentait souvent une pression très forte sur sa poitrine, qui dans certains cas pouvait l'immobiliser totalement durant plus d'une minute. Une fois seulement elle avait aperçu la forme d'un homme qui se penchait sur elle. L'état de terreur dans lequel elle était plongée l'empêchait de se rendormir : cette femme développa rapidement des tendances suicidaires.

 

Comment l'avez-vous aidée ?

 

Je lui ai finalement fait parvenir un talisman protecteur qu'elle devait constamment porter autour de son cou. En parallèle, notre association a oeuvré pour sa protection. Au terme d'un an environ, les phénomènes cessèrent et, à ma connaissance, n'ont pas repris depuis. L'affaire illustre cependant jusqu'à quelles extrémités un contact avec des phénomènes psychiques peut emmener une personne comme vous et moi.

 

Qu'entendez-vous par un talisman protecteur ?

 

Il s'agit d'un talisman utilisant des symboles protecteurs, et que nous employons pour contrer – plutôt inverser – une énergie psychique. On peut penser que sa signification est purement symbolique, à l'image de la croix chrétienne utilisée à l'encontre des vampires... Mais comme il se trouve que cela marche dans certains cas, nous utiliserons ce talisman.

 

Quels sont ces « travaux de protection » effectués au sein de votre association ?

 

Dans un premier temps, j'ai demandé à cette femme de m'envoyer un objet intime – comme un collier ou une bague – pour nous aider à établir un lien psychique avec elle. Une fois ce lien créé, nous étions mieux placés pour tenter d'inverser l'énergie de l'entité qui s'en prenait à cette femme.

 

Comment procédez-vous ?

 

Il y a certaines méthodes dont je ne peux pas vous parler. Ce que je peux vous dire, c'est que notre association se réunit pour former un lien psychique et orienter l'énergie créée collectivement vers la personne concernée, un peu à la manière d'un exorcisme. Mais nous n'agissons ainsi que très rarement, uniquement si le problème est très grave, et en l'occurrence cela m'a semblé être le cas.

 

Pourquoi rester si discrets ?

 

Il y a plusieurs sujets sur lesquels nous préférons ne pas communiquer. D'ailleurs, si nous parlions de nos méthodes très ouvertement, les gens ne les comprendraient pas. De plus, nombre de talismans, de symboles et même de mots revêtent un pouvoir qu'il et nécessaire de n'utiliser qu'à bon escient. Je vous rassure, il n'y a rien de très spectaculaire, mais il s'agit néanmoins de techniques élaborées au fil des siècles et transmises de génération en génération. Aussi, conserver une part de secret nous assure qu'un emploi abusif de ces méthodes ne sera pas réalisé par des néophytes.

 

Comme les tablettes, dans les séances de spiritisme ?

 

Précisément. Ces objets jouent un rôle de « porte psychique » ; si les gens s'amusent à ouvrir la porte sans savoir vraiment ce qu'ils font... Eh bien, il est possible que surviennent ce que l'on appelle des cas de possession, et je vous assure que les personnes qui en font l'expérience peuvent le regretter. C'est comme jouer avec l'électricité – il faut savoir où l'on va, sinon on risque une décharge très pénible.

 

L'intitulé de votre groupe associe les mots de « psychique » et d'« occulte ». Quelle différence faites-vous entre ces termes ?

 

Les deux sont très étroitement liés. « Psychique » sous-entend des forces incomprises et « occulte » signifie littéralement quelque chose de caché, d'inconnu. Effectivement, beaucoup de personnes ne saisissent pas la nature des activités de notre groupement et pensent que s'intéresser à l'occulte consiste à faire de la magie noire. Il y a d'ailleurs de fréquentes équivoques dans le domaine du paranormal. La magie noire suggère par exemple de grandes bougies, des femmes nues, des orgies nocturnes... À l'inverse, une magie utilisée de façon bénéfique, pour aider ou guérir autrui, serait « blanche ». Quand nous parlons de magie, nous entendons simplement mettre à notre service uen force existant dans la Nature. Mais cette force n'est ni blanche, ni noire, elle est tout simplement neutre. Tout dépend, en définitive, des intentions de la personne qui l'utilise.

 

On vous critique pour usage de « magie » ?

 

Non. On m'a critiqué sur le vampire de Highgate, mais toute l'affaire est un tissu d'élucubrations médiatico-judiciaires.

 

Que s'est-il vraiment passé à Highgate ?

 

Au cours des années 70, on a commencé à parler d'une « entité » hantant le cimetière. Notre association s'est penchée sur l'affaire. Nous avons tenté d'établir un contact avec cette prétendue entité, que nous sentions réelle. Un jour que nous nous trouvions dans le cimetière, la police est arrivée sur les lieux ; je fus arrêté sous le prétexte d'être un « chasseur de vampire ». J'ai été relaxé mais les événements se sont ensuite précipités car l'affaire fit du bruit : des milliers de curieux sont alors venus au cimetière... provoquant des dégâts et faisant parfois du vandalisme. Cela devenait n'importe quoi. Puis, en 1974, un architecte regagnant sa voiture après avoir visité le cimetière trouva un authentique squelette assis à la place du conducteur. L'homme n'apprécia pas la surprise et porta plainte. Pour la police, j'étais le bouc émissaire idéal. Lors d'une perquisition à mon appartement, les policiers trouvèrent des photos de nos rites Wicca. Ils prétendirent que j'avais avoué utiliser le squelette pour des séances de magie noire, que quelqu'un m'avait surpris pendant son transport et que je m'en étais débarrassé dans la première voiture venue. Au tribunal, j'ai pu prouver que ce n'était que pure affabulation. Acquitté sur le principal chef d'accusation, j'ai malgré tout été tenu pour responsable des dommages causés au cimetière. Verdict : deux ans de prison.

 

Qu'est-il advenu de l'entité de Highgate ?

 

J'ai décidé de ne jamais retourner à Highgate. Mais il est possible que l'énergie s'y trouve encore puisqu'il n'y a jamais eu de véritable exorcisme du lieu. Or, quand une énergie psychique est reliée à un point quelconque de la Terre, elle y demeure tant qu'elle n'a pas trouvé le moyen de se diffuser.

 

Étudiez-vous toujours ce genre d'affaires ?

 

Oui. Il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur le sujet, à l'image d'un immense iceberg dont on a découvert la partie émergée. La plupart des gens ne savent même pas que l'iceberg existe. Moi, au moins, j'ai fait les premiers pas.

« Le fait de croire n'intervient pas dans mes recherches, c'est même quelque chose de dangereux. Mieux vaut comprendre : si l'on comprend quelque chose, il n'est nul besoin d'y croire. »

 

b2ap3_thumbnail_jrktgwhm.jpgComplément d'enquête

La religion Wicca
 
Au cours des années 1970, David Farrant devint un initié de Wicca, une religion polythéiste qui se dit essentiellement liée à la conscience humaine et à l'adoration de la Nature.
 
« Il y a deux divinités » explique Farrant. « Les pouvoirs de la Nature sont symbolisés par une divinité féminine, la déesse mère, et une divinité mâle représentée par le Soleil. Pour moi, ces dieux sont surtout symboliques : le véritable message porte sur la célébration de la vie et de la fertilité. »
 
En dépit de ce credo rassurant, les adeptes de Wicca ont mauvaise presse : on a associé leur culte à des pratiques de magie noire et de sorcellerie. « Nous n'avons aucun lien avec la magie noire ou le satanisme » se défend David Farrant. « Il est vrai que Wicca, comme toute religion, comporte une certaine mise en scène dans ses rites, mais cela n'a rien d'occulte. Les notions toutes chrétiennes du péché et du Mal sont étrangères à notre foi. »
 

b2ap3_thumbnail_benz---A024B.jpgPoint de vue

Y avait-il un vampire au cimetière de Highgate ?
 
Quelqu'un d'autre que David Farrant a cherché à percer le mystère de vampire de Highgate : Sean Manchester, actuellement évêque de la Old Catholic Church. Si David Farrant soutient que l'« entité » de Highgate n'était pas un vampire suceur de sang, Sean Manchester prétend lui avoir été directement confronté au vampire, dans le cimetière, en 1973, et avoir réussi à l'éliminer au terme d'une lutte. « En frappant de toutes mes forces, j'enfonçai le pieu dans le cœur de la créature » explique Manchester dans son livre The Highgate Vampire. « Elle poussa un rugissement terrible, comme surgi des entrailles de l'enfer... Sous nos yeux, l'enveloppe corporelle de la chose implosa et prit rapidement une couleur d'un brun répugnant... »
 
 
Article paru dans le magazine Facteur X n°7 (1997).
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vendredi 16 novembre 2018

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