• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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Espoirs

Espoirs

“… Il existe sur cette planète des êtres accomplis, merveilleux, non parce qu’ils ont collectionné les diplômes, mais parce qu’ils sont comme ça, dans leur nature même. Cependant, encore une fois, le cadre dans lequel nous vivons n’encourage pas vraiment à cela. Lorsqu’une nation fonctionne sur la compétitivité, elle n’engage pas l’homme à s’améliorer. Nous naissons tous de la même façon, certains sur de la terre battue et d’autres dans des palais. Mais notre condition humaine est la même. L’un est noir, l’autre blanc, le troisième jaune… c’est tout ce qui nous différencie. Après, ces êtres sont abîmés parce qu’on les fait entrer petit à petit dans la comparaison, dans la compétition. Je crois profondément que nous portons tous en nous un héritage inconscient qui nous a été donné, imposé par nos aïeux. Nos parents nous transmettent l’idéologie, la logique ou le mode d’existence qu’ils ont reçus. Or, je pense qu’on ne doit pas angoisser l’enfant, mais lui dire au contraire : “Voilà l’autre, ce n’est pas ton rival mais ton complément.” Et je ne parle pas du statut des femmes ! Au nom de quoi l’histoire les a-t-elle subordonnées et continue-t-elle à le faire alors que ce sont bien deux énergies, féminine et masculine, qui font que nous existons ? Il s’agit là d’un des plus grands facteurs de déséquilibre que l’humanité doit résoudre…

… Peu à peu, j’ai pris conscience que la vie est un chemin initiatique, du moins l’ai-je prise comme tel. Géographiquement, physiquement, on a l’impression de rester immobile. Mais elle nous fait avancer au plan intérieur, au plan de nos concepts, de nos perceptions. Alors, soit on prend les évènements qui nous arrivent comme des faits ordinaires défilant les uns après les autres selon la loi du hasard, soit on estime qu’ils sont porteurs de signes. Et moi, j’ai eu peut-être la chance de comprendre assez vite que tout ce qui m’arrivait, de bon ou de moins bon, formait un ensemble d’éléments qui présidait à mon évolution. Alors, soit je me place dans une posture plaintive – “Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive cela ?” – , soit je me dis : “Ce qui m’arrive exprime un message que je dois décrypter.”…

… Je rêverais de congrès internationaux qui réuniraient les enfants du monde pour les aider à prendre conscience de leur identité planétaire, et les préparer ainsi à l’estime mutuelle, à la solidarité au sein de la maison commune…

… Dire que certains prétendent imposer la paix avec des chars d’assaut, des avions de guerre, des bombes atomiques ! Quelle aberration. Lorsque, à l’école, les maîtres exaltent l’héroïsme guerrier et qu’on apprend aux enfants le garde-à-vous, le salut militaire, comment voulez-vous y arriver ? On pourrait pourtant s’attaquer aux racines du mal en commençant par apprendre aux élèves à se montrer généreux les uns envers les autres. Demain, à la place de la concurrence, de la compétitivité, des éternelles comparaisons entre le bon et le mauvais, le supérieur et l’inférieur, le dominant et le dominé, il serait possible d’instaurer une pédagogie de la paix où les valeurs seraient mutualisées à l’avantage de tous. Aucun être ne doit être subordonné à un autre. Pas plus la femme que l’enfant…

… Une chose pourtant est claire dans mon esprit : je donne ce que je reçois et ne suis pas la source du bien mais son serviteur. Je crois en l’existence d’un monde positif, en un monde lumineux, en un monde beau que nous ne cessons d’abîmer, de transformer en enfer…

… Je suis comblé d’émerveillement en observant les miracles de la nature, le ciel, cela semble banal, le ciel, et pourtant ça ne l’est pas. Et dans ce domaine, oui, chaque jour je découvre du nouveau, un peu comme s’il s’agissait d’une sorte de voie initiatique illimitée, et cette voie-là n’a pas d’objectif, de destination, ce n’est que du chemin. Malgré cela, je ressens au fond de mon être comme une souffrance en me disant que le monde, la vie, les êtres humains pourraient être autrement. Je porte cela en moi, à la fois l’émerveillement et la déception, beaucoup d’interrogations sans réponse mais aussi d’aspirations. Ce sont les aspirations qui nous maintiennent dans l’action. On aspire toujours à quelque chose.  On pourrait faire mieux, on peut faire mieux…

… Je reste fasciné par ce mot – “harmonie” – et tout ce qu’il suggère. J’ai beaucoup goûté, étant enfant, sous les cieux nocturnes du désert, la clarté lunaire et la voûte céleste avec ses constellations plus éclatantes que nulle part ailleurs. Rien de plus fascinant que le ciel. Le regarder nous mène aux portes de l’univers tout entier et c’est vertigineux. On comprend mieux pourquoi l’immense vacuité nous manque dans ce monde d’effervescence tapageuse, car tout cela est poésie. Il faudra que l’écologie, en plus de ses considérations factuelles qui font appel à des comportements respectueux de la vie, intègre la dimension immatérielle qui s’ouvre sur l’infini, la beauté et le mystère de la vie. J’aimerais que la poésie soit tellement incluse en nous, dans nos comportements, qu’elle aille jusqu’à s’incarner dans ce que nous réalisons quotidiennement…”

 

Extraits de : “Pierre Rabhi semeur d’espoirs” 2013  Olivier le Naire.

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Commentaires 1

lessensciel le jeudi 20 mars 2014 05:47

Pierre Rabhi un sage homme agissant ...semeurs d'espoirs ça lui va si bien ... merci pour ce texte ange qui reflète si bien la profondeur de ce qui m'anime.

Pierre Rabhi un sage homme agissant ...semeurs d'espoirs ça lui va si bien ... merci pour ce texte ange qui reflète si bien la profondeur de ce qui m'anime.
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vendredi 16 novembre 2018

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