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Différentes réactions au deuil : témoignage

Différentes réactions au deuil : témoignage

 

Toute petite fille, j'ai découvert ce qu'était la mort par le biais de mon arrière-grand-père. Je croyais fort en la vie auprès de Dieu, et l'absence m'a parue incroyable à vivre car je ne comprenais pas qu'il ne soit plus là puisqu'il était de toutes façons avec Dieu et que Dieu était toujours avec moi. Quand on est enfant, on a cette faculté à s'adapter à tout et très vite, la tristesse est partie. Peut-être même qu'elle n'aurait jamais existé si les grands tout autour n'avaient pas été si malheureux. Aujourd'hui je vois bien qu'il s'agit de la projection de l'émotionnel.

Au collège, mon grand-père est mort de maladie, cancer. Je l'ai toujours vu malade et c'en était devenu une habitude, « il est comme ça », et la perte fut d'autant plus difficile que je commençais à douter sérieusement de l'existence d'un après. Je ne voyais que la perte brutale, et dans la douleur de la maladie. Un trou dans le cœur à cause de la disparition physique de ceux qu'on aime. La souffrance dans la famille rejaillissait sur la mienne et l'augmentait. Si j'avais connu la facteur exponentiel, j'aurais peut-être compris et fait la part des choses. Il s'agissait d'un processus de miroirs qui se reflétaient l'un dans l'autre en croissant chaque fois davantage. Comme une lumière qui frappe un miroir renvoyant à un autre miroir, etc..., emmagasinant à chaque réverbération la luminosité de même nature et donc croissant. Cela semble une spirale sans fin jusqu'à ce que l'un commence à moins émettre cette lumière de souffrance et l'horizon s'adoucit.

Puis ce fut le tour de mon arrière-grand-mère. Accident, perte de motricité et de la personnalité... décès. Le mélange de culpabilité face à un soulagement que l'on ne peut moralement accepter, et toujours de douleur due à la perte d'un être cher, et à l'écho de la peine des proches. Cette notion de soulagement est vraiment terrible au regard de la société. Penser « enfin, c'est fini » « ma grand-mère pourra se reposer » « mon arrière-grand-mère n'a plus mal » « la vie sera plus facile ». On a honte de soi, on n'ose pas en parler. On a peur d'être jugé, d'être une mauvaise personne. En plus, si Dieu existe, il entend tout et que pense-t-il de moi ? Encore plus pour arrière-grand-mère. Elle doit être malheureuse ou en colère après moi. Si Dieu n'existe pas, elle a bel et bien disparu et là... c'est vraiment horrible. Tout cela augmente le mal-être et la souffrance. Le bonheur fut de profiter de la présence de personnes extérieures, amis, professeurs. Une bouffée d'oxygène pour ne pas oublier que la vie continue...

Puis au lycée, mon grand-père. J'étais plus grande, plus consciente des histoires entre les personnes, en famille. La connaissance relative du relationnel donnait une autre dimension aux moments vécus lors de son départ. Les querelles, les iniquités ; la douleur venait plus des réactions que j'observais tout en serrant la main de mon papa, comme pour le protéger inconsciemment des attaques énergétiques causées par toutes ces pensées et actions négatives. L'arrivée de la colère. Je trouvais plus dur de perdre quelqu'un à ce moment qu'avant. On peut remarquer que la cause est toujours l'autre, mais aussi encore plus le regard que l'on pose sur lui et la situation. En fait la cause c'est le jugement que l'on porte sur les choses.

Comme la vie passait vite (plus de choses à faire, à penser, plus de responsabilités), la peine partit aussi plus vite, ou tout du moins fut mise de côté.

A la mort d'un conseiller au lycée que j'aimais beaucoup, j'ai compris que l'on ne guérissait pas en rangeant le tout dans un tiroir. Le chagrin dans l'église de gens que je ne connaissais même pas m'a renvoyé en pleine figure celui qui dormait en moi, nourri à chaque épreuve et jamais « soigné ».

Bien des années plus tard, à peu près 12 ans, ma grand-mère est morte. Maladie et AVC. Je l'ai accompagnée, pour elle, pour moi, pour soulager mon papa, et parce que je savais désormais qu'il fallait soutenir ceux qu'on aime. Ce que je ne savais pas encore c'est qu'il fallait être épaulé soi-même... et qu'on ne peut porter toutes les misères du monde. Prendre les peines des autres ne fait de bien à personne. Le véritable accompagnement, c'est être là pour l'autre et l'accompagner dans ses propres démarches.

Mon papa l'a suivi à quelques semaines. Suicide. Et toutes les émotions citées précédemment sont arrivées ensemble, formant un bloc de granit. Alors j'ai nié. La négation est un phénomène qui s'installe avec une incroyable facilité. On échafaude les scenarii les plus incroyables, parfois même totalement invraisemblables, mais qu'importe. On s'y raccroche absolument, on est sourd à tout le reste. Ce n'est que lorsque la fameuse culpabilité est réapparue que j'ai accepté la réalité de son absence et ai finalement quitté la maison. J'ai alors redoublé de présence auprès des miens, comme pour effacer ma faute. Et je priais désormais souvent. Je le note car ça m'a vraiment marquée et aidée à ne pas laisser tomber.

La perte qui peut sembler la plus insignifiante mais qui fut révélatrice fut celle de mon chien le printemps suivant. Je fais partie de ces personnes pour qui toute vie est d'égale importance et j'aimais, j'aime mon chien d'un amour immense. J'ai vu ce qu'était la perte pure et simple d'un autre être, sans miroir de la peine de l'autre. Et j'ai compris... que l'on ne pleure jamais que sur soi et ce que l'on a perdu. Que toutes les douleurs et problèmes liés étaient causés par nous et nous seuls et pas par la mort, pas par une fatalité. Et quel soulagement ! Car cela voulait dire que cela n'existait que parce qu'on lui donnait vie. Notre seule volonté. Du coup la culpabilité n'avait plus de raison d'être, les actions de chacun leur appartiennent et à eux seuls, causées par leur propre vision des choses, leur émotionnel. Bien sûr tout ceci n'est pas arrivé en deux minutes...

J'avais tant prié pour que ça s'arrête... j'avais tant prié. Et c'est arrivé.

   L'Angélique, 29-06-2011

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vendredi 16 novembre 2018

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