• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

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À propos de la Lune

À propos de la Lune

 

Calendrier lunaire :

Bien avant l'invention des horloges, les premiers hommes mesuraient le temps qui passe grâce à l'observation des phases de la Lune. Elle est ainsi à l'origine du calendrier le plus archaïque, le calendrier pastoral instituant la semaine de sept jours – car, tous les sept jours, la Lune adopte une forme nouvelle : nouvelle Lune, premier quartier, pleine Lune, dernier quartier – et le mois lunaire, correspondant à un cycle complet de lunaison. L'année comportait ainsi treize mois de 28 jours, à quoi il fallait ajouter un jour supplémentaire pour rattraper les 365 jours du calendrier solaire. Chacune des phases de la Lune était aussi censée avoir une influence sur le monde et le sort des hommes. Dans les cultures les plus anciennes, la vie sociale et religieuse s'accordait avant tout aux formes que dessinait la Lune dans le ciel.

 

Lune croissante, lune décroissante :

Janvier vient de Janus, la masque ambigu aux deux visages de l'Antiquité romaine, qui renvoie aux diverses phases de la Lune. Pour savoir si la Lune est croissante ou décroissante, il suffit d'observer la forme de son croissant : en lui ajoutant une barre verticale imaginaire, on obtient soit un « » (premier quartier), soit un « » (dernier quartier). Un autre moyen consiste à voir dans le croissant de Lune le « » de « croissant ». Mais comme la Lune est menteuse, il faut inverser le sens de ce que l'on voit : le « » dans le ciel signifie que la Lune est décroissante ; le « » inversé signifie au contraire que la Lune est croissante.

Il ne faut pas confondre Lune croissante et décroissante avec Lune montante et descendante. Par analogie avec la courses du Soleil, qui « monte » progressivement dans le ciel entre le solstice d'hiver et le solstice d'été pour « descendre » ensuite, la Lune est réputée « montante » dans l'hémisphère Nord entre le 22 juin et le 21 décembre. La Lune peut donc être à la fois montante et décroissante, et descendante et croissante.

 

Les druidesses de la pleine Lune :

La religion des premiers Celtes était une religion matriarcale et lunaire, confiée à de grandes prêtresses vierges, des druidesses vêtues de toges blanches chargées de faire des offrandes et des sacrifices à la Lune. Ainsi, sur l'île de Sein, au large de la Bretagne, neuf druidesses avaient édifié un sanctuaire à la Lune au Vè siècle de notre ère. Certains de ces sacrifices exigeaient la castration de jeunes hommes, qui faisaient don de leur virilité à la Lune. Plus tard, les druides gaulois remplacèrent les druidesses, mais le souvenir de l'ancien rite de la castration fut conservé à travers la cueillette du gui sacré par les druides, armés d'une faucille en forme de croissant de Lune. En Gaule, la déesse de la Lune avait pour nom Bélisama, la compagne du dieu solaire Bélénos. La déesse était souvent représentée sous la forme de la truie blanche Cerridwen, assimilée par les bardes gaulois à une déesse de l'Orge et de la Fécondité.

 

La Lune rousse :

La Lune rousse est la Lune qui suit la première pleine Lune de l'équinoxe de printemps, c'est-à-dire la lunaison venant après la date de Pâques. Cette Lune a si mauvaise réputation qu'on l'accuse de brûler de ses rayons maudits les pousses et les bourgeons des arbres fruitiers, de dévaster les cultures et de rendre le bétail et les femmes stériles. Elle est par excellence la « Lune sorcière ». Shakespeare évoque le maying, pratique consistant à aller dans les bois un soir de Lune rousse durant le mois de mai pour y glaner des rameaux verts.

 

L'amour et la pleine Lune :

Au Moyen Age, on croyait que le désir sexuel masculin était plus fort à la pleine Lune. Ceci s'explique par le fait que la Lune croissante est censée s'accorder non seulement avec la montée des eaux et des marées, mais également avec l'ensemble des liquides : sève, moelle épinière, sperme. Cette influence de la Lune sur la montée du désir, la rencontre du partenaire et la naissance des enfants se trouve illustrée par de nombreuses croyances populaires issues du folklore. C'est la raison pour laquelle, dans de nombreux pays du monde, la Lune est évoquée par les jeunes filles souhaitant se marier. En Provence, les filles qui peignent leurs cheveux au clair de Lune trouveront facilement un mari.

 

La pleine Lune ou le « Bonhomme dans la Lune » :

Lorsque la Lune est pleine, on peut y voir un visage humain dont les yeux et la bouche sont figurés par les taches et les reliefs qui constellent l'astre nocturne ou bien encore une silhouette trapue et bossue représentant tout le corps. De là sont nées les multiples légendes du « Bonhomme dans la Lune ». On considère la plupart du temps ce bonhomme comme un vaurien qui s'est trouvé transporté à la surface de l'astre à la suite d'une faute suffisamment grave pour lui valoir cet exil. Exposé aux regards de tous, comme au pilori, ce prisonnier lunaire expie son châtiment tout en servant d'avertissement aux pauvres humains qui, le nez levé vers le ciel nocturne, se trouvent ainsi dissuadés de commettre des actes analogues à ceux qui ont conduit le Bonhomme là-haut.

Mais on peut voir mille autres choses dans la Lune, comme le suggère cette comptine enfantine :

J'ai vu dans la Lune

Trois petits lapins,

Qui mangeaient des prunes

En buvant du vin.

 

La nouvelle Lune ou Lune noire :

Le phénomène de « Lune noire » est dû au fait que la Lune se lève et se couche en même temps que le Soleil ; La Lune est alors en conjonction avec l'astre diurne. Dans l'Antiquité, les trois nuits sans Lune étaient redoutées, car en l'absence de la déesse blanche, les plus grands périls pouvaient survenir. Les prêtres faisaient alors des sacrifices aux dieux des Enfers afin d'éviter leur colère.

Les Babyloniens appelaient cette période les « jours du chagrin », au cours desquels ils avaient recours à des jeûnes et des rites expiatoires. L'apparition de la nouvelle Lune servait de point de départ pour fixer le calendrier des assemblées, des sacrifices ou des réunions religieuses. Pour cela, on avait coutume de se réunir sur les hauteurs pour épier dans la nuit la première lueur du disque lunaire. Cette vision devait être constatée par le grand prêtre et officiellement annoncée au son des trompettes. Après l'angoissant intermède des nuits sans Lune, l'apparition de la nouvelle Lune était pour les Anciens un signe de renouveau, de chance et de fécondité.

 

La nouvelle Lune :

Au Moyen Age, les voyageurs s'inclinaient devant la nouvelle Lune qui apparaissait dans la nuit. S'ils s'y refusaient, ils risquaient de graves infortunes. Au début du XVIIè siècle, dans le sud de la Bretagne, on s'agenouillait devant la nouvelle Lune et l'on récitait l'oraison dominicale en son honneur. En Angleterre, on la saluait sept fois, et en Ecosse on lui disait :

« Grand salut à toi, Lune, que tous te saluent ! »

Dans ce même pays, au XVIIIè siècle, la première personne touchée par le premier rayon de la nouvelle Lune devait embrasser trois fois sa main en son honneur ; elle était alors assurée de découvrir un trésor durant la nuit.

Pour bénéficier de la protection de la nouvelle Lune, il est conseillé de cracher dans ses mains et de les passer ensuite sur le visage. Si l'on a sur soi une pièce en argent - métal lunaire -, on n'en manquera pas durant toute la lunaison. Mais si le porte-monnaie est vide, il ne se remplira pas aussi longtemps que la Lune n'aura pas changé.

 

La pleine Lune et les lunatiques :

Naguère, on croyait que la folie humaine était causée par une influence néfaste de la Lune. On appelait les victimes ces affections « lunatiques ». Pour Shakespeare, la Lune est

« souveraine maîtresse de la mélancolie ».

Au XVIIè siècle, les Anglais disaient :

« Quand la Lune est pleine, le bon sens diminue ».

La nouvelle Lune comme la pleine Lune sont en effet censées augmenter chez l'être humain la nervosité, l'irritabilité, l'agressivité, la colère, la violence et la folie. Au milieu du XIXè siècle, Désiré Monnier disait à leur propos :

« Leur raison s'altérait d'une manière plus ou moins fâcheuse, suivant les phases de la Lune. L'épileptique et l'insensé étaient des lunatiques ».

Les médecins, de l'Antiquité à la Renaissance, à commencer par Hippocrate, incriminaient déjà la Lune dans la récurrence des crises d'épilepsie, qui accusaient un regain à la pleine ou la nouvelle Lune. En 1842, le Lunacy Act, décret anglais consacré à l'aliénation mentale, définissait officiellement le lunatique comme un être au comportement rationnel la plupart du temps, mais

« affecté de folie dans la période qui suit la pleine Lune ».

 

L'influence des jours de la nouvelle Lune :

The Cotton M.S., un ancien document anonyme du British Museum, décrit l'influence de la Lune au cours des dix premiers jours qui suivent la nouvelle Lune :

  • 1er jour : le meilleur pour toute nouvelle entreprise. Un enfant né ce jour-là connaîtra bonheur et prospérité.
  • 2è jour : favorable aux transactions et aux voyages en mer. Très bon aussi pour semer les graines dans un potager ou labourer les terres.
  • 3è jour : funeste à toute naissance ; provoque une mort prématurée.
  • 4è jour : favorable à la construction d'une maison. Les natifs de ce jour sont promis à une grande carrière politique.
  • 5è jour : excellents auspices pour la conception d'un enfant.
  • 6è jour : favorable à la chasse et à la pêche.
  • 7è jour : idéal pour les rencontres amoureuses.
  • 8è jour : néfaste à qui tombe malade ce jour-là, car il risque de succomber.
  • 9è jour : il faut se garder d'exposer son visage aux rayons de la Lune, au risque d'avoir les traits déformés et de tomber fou.
  • 10è jour : de mauvais augure pour une naissance ; l'enfant sera vagabond et niais.

 

Les enfants de la Lune :

Jadis, on interdisait à toute jeune fille souhaitant préserver sa réputation de se promener seule au clair de Lune, car elle risquait d'être « loarée » ou « lunée », à savoir fécondée par la Lune. Le même danger la menaçait si elle urinait face à la Lune dans son premier ou dans son dernier quartier. Certaines de ces malheureuses donnèrent même naissance à de véritables monstres, les « enfants de la Lune » que l'on appelle « loaret » ou « lunatiques ». Paul Sébille précise :

« Aux environs de Morlaix, celle qui, sortant en pareil car lorsque la Lune brille, a l'imprudence de se découvrir trop, étant tournée vers l'astre, court le risque de concevoir sous son influence et de donner le jour à un être monstrueux. La Lune punit vraisemblablement la violation d'une règle de décence ; car elle est, ainsi qu'on l'a vu, et qu'on le verra plusieurs fois, très facile à irriter. »

En Bretagne, dès qu'une femme se trouve enceinte, il lui est interdit de sortir la nuit pour uriner car sinon, « la Lune se vengera ». Au Cap-Sizun, même les hommes doivent éviter de se trouver dans une posture semblable car si la Lune les voyait, elle leur ferait des grimaces et leurs enfants à venir naîtraient idiots.

 

La Lune morte :

La nuit, à la lumière de la Lune, tous les chats sont gris, les chiens deviennent des loups, les objets familiers changent de nature et l'obscur des forêts paraît hanté de mille présences démoniaques. C'est pourquoi la Lune a très tôt été associée à la magie et au fantastique, à l'illusion et à la confusion, au monde de l'invisible et à la peur qu'il suscite chez les humains. Le Soleil est rassurant et concret. La Lune fascine et inquiète, et instaure dans le monde une atmosphère oppressante d'irréalité et d'inquiétude. Elle est le Soleil pâle et menteur qui convient aux forces noires, qui peuvent alors déchaîner leurs pouvoirs maléfiques sans encourir les foudres du Soleil vengeur.

Lorsqu'elle disparaît trois jours par mois – à cause de sa conjonction avec le Soleil – la Lune semble bouder pour aller se cacher de l'autre côté du monde, abandonnant les hommes aux ténèbres des nuits sans Lune. On l'appelle alors « Lune morte », ou « Lune silencieuse ». Mais invariablement, la Lune revient, symbolisant le passage de la mort à la vie. Le cycle mystérieux de ses métamorphoses peut alors recommencer.

 

La pleine Lune et les vampires :

Pour le démonologue Collin de Plancy, la Lune a le pouvoir de ranimer les vampires de leur tombe :

« Lorsqu'un de ces spectres était frappé d'une balle ou d'un coup de lance, on pensait qu'il pouvait mourir une seconde fois, mais qu'exposé aux rayons de la Lune il reprenait ses forces et pouvait sucer de nouveau les vivants. »

Il ajoute qu'en Orient les lamies et les goules

« déterrent les morts dans les cimetières et font leurs festins au clair de Lune ».

En Roumanie, les vampires ont pour nom « vercolacs ». On les reconaît à leur visage pâle et sec. En Valachie, les paysans affirment que les femmes doivent s'abstenir de filer la laine les soirs de plaine Lune, car l'âme des vercolacs utiliserait ce fil pour monter vers la Lune et la dévorer – ce qui provoque le phénomène des éclipses. Lorsque la Lune est rouge ou cuivrée, c'est que le sang tombé des lèvres d'un vercolac s'est déversé sur le disque lunaire tout entier. Lorsqu'un homme est possédé par l'âme d'un vercolac, il se sent pris d'une envie irrésistible de dormir. L'âme du vercolac met à profit ce sommeil surnaturel pour s'envoler vers la Lune.

 

L'arcane de la Lune dans le Tarot :

Dans son interprétation du Tarot des Imagiers du Moyen Age, l'occultiste Oswald Wirth donne l'interprétation suivante de l'arcane de la Lune :

« Luminaire de la nuit, à l'instar des étoiles, éclaires-tu notre chemin dans l'obscurité ou guides-tu nos rêves ? Avec ton visage de femme brillante, tu sembles nous parler de notre côté féminin, riche de son imagination et de son pouvoir fécondant. La mare, quand à elle, nous renverrait plutôt à notre côté obscur et ténébreux, avec son cortège de peurs et d'angoisses. Heureusement, l'écrevisse nous rassure en nous montrant la possibilité de se dépouiller et de renaître. Pour y parvenir, nous devrons cependant suivre le chemin qui passe entre les deux tours gardées par deux chiens. Que de dualité, de doutes et de difficultés ! Le chemin ne semble pas avoir de fin et les chiens sont menaçants. Mais toute renaissance ne demande-t-elle pas une mort symbolique ? N'oublions pas que tu es éclairée par le Soleil et qu'après la nuit vient le jour et sa lumière. N'oublions pas non plus que tes différentes phases vont nous aider à franchir les étapes nécessaires à notre transformation. Alors, avec toi, Lune, demeurons réceptifs. Ainsi, patiemment et prudemment nous continuerons notre route en utilisant ton énergie créatrice. »

 

Textes extraits de l'Agenda Merveilleux 2010, Edouard Brasey

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Invité
mercredi 21 novembre 2018

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